Société
Violence dans les stades au Maroc: causes et recommandations
20/12/2024 - 11:10
Morad Karakhi | Mohammed Fizazi
Une étude approfondie menée par le Centre d’Études des Droits de l’Homme et de la Démocratie, en collaboration avec le Centre de Genève pour la Gouvernance du Secteur de la Sécurité, met en lumière l’ampleur de la violence dans les stades marocains et propose des solutions concrètes pour y faire face.
Présentée à Rabat le 19 décembre 2024, cette étude repose sur des données couvrant la période 2019-2023. Elle révèle que 686 mineurs ont été poursuivis pour des actes liés au hooliganisme durant cette période, dont 113 placés en détention provisoire, soit environ un tiers des adultes concernés par des infractions similaires. Ces jeunes, pour la plupart âgés de 10 à 20 ans, célibataires et issus de milieux socio-économiques modestes, figurent parmi les principaux acteurs des violences.
L’étude établit également un lien fort entre les comportements violents et le niveau d’éducation. Les supporters ayant un faible niveau scolaire, principalement primaire ou secondaire, ou étant analphabètes, sont les plus impliqués. Les données montrent par ailleurs une corrélation importante entre la consommation de drogues et l’incidence de la violence dans les stades. Les formes de violence varient, allant de comportements agressifs sans violence physique, qui représentent plus de 50 % des cas, à des actes de vandalisme (21 %), des affrontements entre supporters (15 %), des agressions contre les forces de l’ordre (9 %) et des intrusions sur le terrain (4 %). Ces chiffres illustrent la diversité des situations problématiques et mettent en lumière les différents défis auxquels les autorités doivent faire face.
Parmi les causes structurelles identifiées figurent la mauvaise gestion des clubs et le manque d’infrastructures sportives adaptées. Ces lacunes, associées aux tensions sociales provoquées par le chômage et l’absence d’activités de loisirs accessibles, transforment souvent les matchs de football en exutoires où s’expriment les frustrations sociales. Les décisions arbitrales, perçues comme injustes, figurent également parmi les déclencheurs de ces comportements violents, exacerbant les tensions sur et en dehors du terrain.
Face à ces constats, l’étude recommande une approche globale pour contenir et prévenir la violence dans les stades. Elle insiste sur la nécessité de mener des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes et de leurs familles, en impliquant les clubs sportifs, les associations et les médias. L’objectif est de promouvoir des valeurs de respect, de tolérance et de fair-play, tout en instaurant une culture sportive non violente. Cette sensibilisation doit également passer par l’éducation sportive dans les écoles et la mise en place d’infrastructures sportives locales, en particulier dans les quartiers défavorisés.
L’amélioration des infrastructures sportives est jugée essentielle pour transformer les stades en espaces accueillants et sûrs. Ces lieux doivent être adaptés à tous les publics, notamment les familles, les femmes et les enfants. L’étude recommande la modernisation des stades pour inclure des équipements modernes, des accès simplifiés et des dispositifs de sécurité renforcés. Ces améliorations doivent permettre de garantir la sécurité des spectateurs tout en facilitant l’intervention des forces de l’ordre lorsque cela est nécessaire.
Sur le plan législatif, l’étude souligne l’importance de renforcer le cadre juridique national. Elle appelle à l’adhésion du Maroc à la Convention européenne n°218, qui promeut une approche intégrée en matière de sécurité et de gestion des foules lors des événements sportifs. Elle propose également d’évaluer et de réviser régulièrement les dispositifs juridiques en vigueur pour s’assurer qu’ils respectent les standards internationaux. Par ailleurs, les associations de supporters devraient être davantage impliquées dans la gestion des comportements violents. Ces groupes, lorsqu’ils sont bien structurés, peuvent jouer un rôle clé dans la prévention des violences en devenant des partenaires actifs des autorités et des clubs.
L’étude met aussi l’accent sur la nécessité de renforcer les capacités des forces de l’ordre. Elle préconise une formation continue des agents de sécurité publique et privée, basée sur des approches modernes et des retours d’expérience tirés d’événements internationaux comme la Coupe du Monde 2022 au Qatar ou les Jeux Olympiques 2024 à Paris. Les forces de l’ordre doivent adopter des méthodes basées sur l’analyse des risques et le déploiement proportionné des ressources, garantissant ainsi des interventions ciblées et adaptées aux contextes spécifiques.
Dans le cadre de la co-organisation de la Coupe du Monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, le Maroc est confronté à un défi majeur en matière de gestion de la sécurité. Cette compétition internationale représente une opportunité unique pour le pays de démontrer son expertise en matière de gouvernance sécuritaire tout en respectant les droits humains. Pour cela, une coordination efficace entre les acteurs publics, privés et civils sera essentielle afin de transformer les stades en espaces de respect, de dialogue et d’unité. En dépassant les approches répressives et en adoptant une stratégie intégrée, le Maroc pourrait non seulement réduire les violences dans les stades, mais aussi renforcer son rayonnement sportif et culturel sur la scène internationale.
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