Société
Addictions: une piste inattendue venue des traitements du diabète
07/03/2026 - 20:15
Khaoula Benhaddou
Initialement conçus pour traiter le diabète de type 2 et l’obésité, certains médicaments de nouvelle génération pourraient également jouer un rôle dans la lutte contre les addictions.
Une étude publiée jeudi 5 mars dans la revue médicale "The British Journal of Medecine" révèle en effet que les agonistes des récepteurs du GLP-1, une classe de traitements incluant notamment le sémaglutide commercialisé sous le nom du Wegovy ou l’Ozempic, qui a fait son entrée au Maroc, seraient associés à une réduction significative du risque de troubles liés à l’usage de substances.
Les chercheurs ont analysé les données de santé de plus de 600.000 vétérans américains atteints de diabète de type 2 afin d’examiner l’impact potentiel de ces traitements sur différents types d’addictions. L’objectif était double: déterminer si l’initiation d’un traitement par agonistes du GLP-1 était associée à une réduction du risque de développer un trouble lié à l’usage de substances chez des personnes n’en ayant jamais souffert, et évaluer si ces médicaments pouvaient également diminuer les complications chez des patients déjà dépendants.
Les substances étudiées incluaient notamment l’alcool, le cannabis, la cocaïne, la nicotine et les opioïdes, ainsi que d’autres drogues pouvant entraîner une dépendance.
Des résultats prometteurs
Les résultats suggèrent qu’un traitement par agonistes des récepteurs du GLP-1 est associé à une diminution du risque de développer plusieurs troubles liés à l’usage de substances. Chez les patients déjà concernés par une addiction, ces médicaments semblent également réduire certains événements cliniques négatifs associés à ces troubles.
Dans le détail, les patients sous GLP-1 présentaient un risque réduit de développer plusieurs addictions, notamment à l’alcool (-18%), au cannabis (-14%), à la cocaïne (-20%), à la nicotine (-20%) et aux opioïdes (-25%).
Ce n’est pas tout, chez les personnes déjà dépendantes, ces médicaments étaient également associés à une diminution de certains événements graves, comme les hospitalisations, les overdoses ou encore les décès liés aux substances addictives
Ces observations ouvrent la voie à une nouvelle piste thérapeutique potentielle. Les chercheurs estiment que les mécanismes biologiques des agonistes du GLP-1 — qui agissent notamment sur les circuits cérébraux liés à l’appétit et à la récompense — pourraient également influencer les comportements addictifs.
Un champ de recherche encore émergent
Toutefois, les auteurs appellent à la prudence. L’étude reste observationnelle, ce qui signifie qu’elle établit une corrélation mais ne permet pas encore de prouver un lien de causalité direct. Des essais cliniques seront nécessaires pour confirmer si ces médicaments pourraient devenir, à terme, un traitement contre certaines addictions.
Des médicaments déjà très populaires
Ces traitements connaissent déjà un succès mondial, notamment pour la gestion du poids. Le sémaglutide, principe actif de plusieurs médicaments, imite l’action d’une hormone naturelle qui régule la glycémie et la sensation de satiété, permettant ainsi de réduire l’appétit et de favoriser la perte de poids.
Ces dernières années, des médicaments comme Ozempic ou Wegovy se sont imposés dans la prise en charge du diabète et de l’obésité, suscitant un intérêt croissant du grand public et de la communauté médicale.
Si les conclusions de cette étude se confirment, elles pourraient élargir considérablement le champ d’application de ces traitements déjà populaires dans la prise en charge du diabète et de l’obésité, en ouvrant de nouvelles perspectives dans la lutte contre les dépendances.
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