Société
Obésité: l’OMS publie ses premières directives sur l’usage des analogues du GLP-1
04/12/2025 - 16:22
Khaoula Benhaddou
Face à une épidémie mondiale d’obésité qui touche désormais plus d’un milliard de personnes, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publie, pour la première fois, des lignes directrices consacrées à l’utilisation des analogues du GLP-1, une classe de médicaments qui révolutionne la prise en charge de l’obésité.
Cette annonce intervient alors que le Maroc vient d’autoriser la mise sur le marché du Sémaglutide, notamment sous le nom Ozempic, pour le diabète, tandis que sa version spécifiquement dédiée au traitement de l’obésité devrait arriver dans le Royaume dans les prochains mois.
L’obésité a causé 3,7 millions de décès dans le monde en 2024 et pourrait doubler d’ici 2030 si aucune action forte n’est engagée. Elle constitue un facteur de risque majeur pour les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et certains cancers, tout en aggravant les conséquences des infections.
Au-delà du coût humain, la charge économique est vertigineuse: d’ici 2030, l’obésité devrait peser 3000 milliards de dollars à l’échelle mondiale.
Ce que recommandent les nouvelles directives de l’OMS
Les lignes directrices introduisent deux recommandations majeures — toutes deux qualifiées de "conditionnelles" en raison de données encore limitées sur le long terme.
1. L’utilisation des analogues du GLP-1 chez l’adulte atteint d’obésité, sauf chez les femmes enceintes, dans le cadre d’un traitement au long cours. L’efficacité sur la perte de poids et l’amélioration des marqueurs métaboliques est reconnue, mais les incertitudes persistent; "la recommandation est conditionnelle en raison de données limitées sur leur efficacité et leur innocuité à long terme, leur maintien et leur arrêt, leurs coûts actuels, la préparation insuffisante des systèmes de santé et les conséquences potentielles sur l’équité", précise l’OMS.
2. L’association systématique d’interventions comportementales intensives, incluant alimentation saine, activité physique et suivi spécialisé, afin d’améliorer les résultats obtenus avec ces médicaments. "Ceci repose sur des données qui apportent peu de certitude sur le fait que ces interventions pourraient améliorer les résultats du traitement", explique l’OMS.
Le Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, souligne dans ce sens que "L’obésité est un défi important pour la santé mondiale, que l’OMS s’engage à relever en soutenant les pays et les populations du monde entier pour la maîtriser, de manière efficace et équitable. Nos nouvelles lignes directrices reconnaissent que l’obésité est une maladie chronique qui justifie une prise en charge complète à vie".
Et de poursuivre "Les analogues du GLP-1 ne permettront pas à eux seuls de venir à bout de cette crise sanitaire mondiale, mais ils peuvent aider des millions de personnes à surmonter l’obésité et à en atténuer les effets néfastes".
Une stratégie globale plutôt qu’un traitement isolé
L’OMS a établi ces lignes directrices pour répondre aux demandes de ses États Membres qui cherchent à régler les problèmes posés par l’obésité. Les lignes directrices ont été élaborées à l’issue d’une analyse approfondie des données disponibles et de la consultation d’un large éventail de parties prenantes, y compris des personnes ayant une expérience concrète. Elles sont un élément essentiel du plan d’accélération de l’OMS pour mettre fin à l’obésité et seront régulièrement mises à jour, à mesure que de nouvelles données seront disponibles.
Au cours de l’année 2026, l’OMS collaborera étroitement avec les parties prenantes concernées pour favoriser la mise au point d’un cadre transparent et équitable de définition des priorités, afin que les personnes qui en ont le plus de besoins bénéficient en premier des analogues du GLP-1.
L’OMS insiste sur une approche multisectorielle articulée autour de trois piliers notamment en créant des environnements favorables à la santé grâce à des politiques publiques fortes, en protégeant les populations à risque via un dépistage précoce et des interventions ciblées. L’OMS appelle également à assurer l’accès à des soins centrés sur la personne tout au long de la vie.
Malgré l’augmentation de la production mondiale, moins de 10% des personnes qui en auront besoin pourraient accéder aux analogues du GLP-1 d’ici 2030, prévient l’OMS, appelant à des mesures comme la tarification différenciée, les achats groupés ou les licences volontaires.
Vigilance face aux contrefaçons
La forte demande mondiale a favorisé la circulation de produits falsifiés ou de qualité inférieure, avertit l’OMS. L’organisation appelle à renforcer la régulation, la surveillance et la formation des patients, afin de garantir la sécurité d’utilisation. "Pour garantir la qualité, il faut réglementer la distribution de ces médicaments et leur prescription par des professionnelles et professionnels de santé qualifiés, assurer une surveillance rigoureuse, former les patientes et les patients et garantir une coopération mondiale pour protéger la santé publique", souligne l’OMS.
Quid du Maroc?
Le Maroc a autorisé, il y a quelques jours, la mise sur le marché du Sémaglutide, notamment sous la marque Ozempic, pour le traitement du diabète de type 2. "L’Ozempic sera disponible dans les pharmacies dans les jours à venir. Le prix devrait se situer autour de 1.000 dirhams par mois. Ce médicament ne sera pas remboursé par la CNOPS, l’AMO ni la CNSS. Certaines assurances privées pourraient éventuellement le couvrir", a expliqué à SNRTnews Dr Jamal Belkhadir, président de la Ligue Marocaine de Lutte contre le Diabète.
La version indiquée spécifiquement pour l’obésité devrait être disponible au Maroc dans les prochains mois comme l’a confirmé à SNRTnews Dr Belkhadir; "le Sémaglutide approuvé pour traiter l’obésité arrivera au Maroc en 2026".
Cette décision s’inscrit dans un contexte national où la prévalence du surpoids et de l’obésité ne cesse d’augmenter, notamment chez les adultes et les jeunes. L’arrivée de ce traitement ouvre une nouvelle perspective thérapeutique, mais pose également des enjeux de régulation, de coût et d’équité d’accès, des questions également soulevées par l’OMS.
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