Société
80 millions de femmes pourraient souffrir d'infertilité d'ici 2036
22/07/2026 - 22:10
Khaoula Benhaddou
L'infertilité chez les femmes en âge maternel avancé connaît une progression rapide à l'échelle mondiale. C'est le principal constat d'une étude publiée dans The Lancet Obstetrics, Gynaecology, & Women's Health, qui estime que le nombre de femmes âgées de 35 à 49 ans confrontées à des difficultés de conception pourrait atteindre près de 80 millions d'ici 2036, contre 53,6 millions en 2023.
Menée par une équipe de chercheurs chinois dirigée par Yuanyuan Du, cette étude s'appuie sur les données du Global Burden of Disease (GBD) 2023, qui analyse l'évolution des maladies dans 204 pays et territoires entre 1990 et 2023. Les chercheurs se sont intéressés aux femmes âgées de 35 à 49 ans, une période de la vie où le vieillissement reproductif entraîne une baisse progressive de la fertilité.
Une hausse de près de 50 % en treize ans
Les projections sont préoccupantes. Selon les auteurs, le nombre de cas d'infertilité dans cette tranche d'âge devrait augmenter d'environ 50 % entre 2023 et 2036. La progression la plus importante est attendue chez les femmes âgées de 35 à 39 ans, un groupe de plus en plus nombreux à envisager une grossesse.
Pour les chercheurs, l'infertilité liée à l'âge avancé est désormais "un problème majeur de santé publique", appelé à s'intensifier sous l'effet du vieillissement de la population et des évolutions démographiques.
Le vieillissement reproductif au cœur du phénomène
L'étude rappelle que la principale explication est d'ordre biologique. Avec l'âge, la réserve ovarienne diminue et la qualité des ovocytes se dégrade progressivement, réduisant les chances de conception.
Cette évolution s'accompagne également d'une augmentation du risque de fausse couche ainsi que d'une baisse des taux de réussite des techniques de procréation médicalement assistée (PMA), notamment la fécondation in vitro (FIV).
"À mesure que le vieillissement de la population et les transitions socio-économiques s'accélèrent, le nombre de femmes exposées au risque d'infertilité lié à l'âge avancé augmente, renforçant la portée de ce problème de santé publique", soulignent les auteurs.
Le report de la maternité accentue le phénomène
Au-delà des facteurs biologiques, les chercheurs mettent en avant les profondes mutations sociales observées dans de nombreux pays. Les femmes poursuivent des études plus longues, privilégient leur carrière professionnelle ou attendent une plus grande stabilité économique avant d'avoir un enfant, repoussant ainsi leur première grossesse après 35 ans, voire après 40 ans.
Dans le même temps, une meilleure connaissance des troubles de la fertilité conduit davantage de couples à consulter des spécialistes. Toutefois, dans de nombreux pays, les examens et les traitements restent coûteux ou difficiles d'accès, si bien que la demande progresse plus rapidement que l'offre de soins.
Les pays développés particulièrement concernés
L'étude montre que la progression de l'infertilité est la plus marquée dans les pays à hauts revenus, où le recul de l'âge de la maternité est plus fréquent et où les femmes ont davantage recours aux bilans de fertilité et aux traitements spécialisés.
Les écarts entre les pays à faibles revenus et les pays développés tendent à se réduire, mais le poids de cette problématique se concentre désormais davantage dans les économies les plus avancées.
Les chercheurs indiquent également que l'Asie est aujourd'hui la région où les besoins en soins de fertilité sont les plus importants, tandis que l'Australasie présente les niveaux les plus faibles.
Une problématique qui concerne aussi les hommes
Les auteurs rappellent enfin que l'infertilité ne touche pas uniquement les femmes. Selon les estimations internationales, une personne sur six sera confrontée à des problèmes de fertilité au cours de sa vie, tandis que 8 à 12 % des couples en âge de procréer rencontreront des difficultés à concevoir.
Des recommandations pour anticiper les besoins
Face à cette hausse attendue des cas d'infertilité, les chercheurs plaident pour un renforcement des politiques de santé reproductive. Ils recommandent d'améliorer l'accessibilité des services de fertilité, de mieux intégrer ces soins dans les systèmes de santé et de développer des solutions numériques, notamment via les outils de santé mobile, afin de répondre à une demande qui devrait continuer à croître au cours des prochaines années.
Pour les auteurs, ces mesures sont indispensables afin d'anticiper les conséquences du vieillissement reproductif et de garantir un meilleur accès à la prise en charge des troubles de la fertilité dans le monde.
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