Société
Dr Fatima Zahra Mouzouni: on ne meurt pas du diabète mais de ses complications
14/11/2024 - 09:58
Khaoula Benhaddou
Le Maroc célèbre, à l’instar des autres pays du monde, la journée mondiale du diabète chaque 14 novembre. Une occasion pour sensibiliser sur cette maladie qui représente un problème de santé publique qui atteint des proportions inquiétantes et rappeler l’importance du dépistage précoce et de la prise en charge efficace.
Au Maroc, 2,7 millions de personnes âgées de plus de 18 ans sont diabétiques soit une prévalence de 10,6%. Ce chiffre alarmant qui date de la dernière enquête Stepwise réalisée au Maroc en 2018 a certainement dû augmenter depuis.
Toujours selon la même étude, 10,4% des personnes sont pré-diabétiques et 50% méconnaissaient qu’ils étaient diabétiques.
Types de diabète
Le diabète est une maladie qui doit être surveillée de près. Si le type 1 se manifeste par des symptômes, le type 2 reste imprévisible comme l’explique Dr Fatima Zahra Mouzouni, chef de service des maladies métaboliques et endocriniennes au ministère de la Santé et de la protection sociale. "Il y a le diabète de type 1 qui se manifeste par plusieurs symptômes comme la soif intense, le besoin fréquent d'uriner, une perte de poids inexpliquée, le besoin excessif de manger …Ce type de diabète est fréquent chez l'enfant et chez le jeune adulte de moins de 30 ans. Par contre, le diabète de type 2, c'est le diabète le plus répandu puisqu’il représente 90% des cas".
Silencieux, le diabète de type 2 se développe et passe inaperçu avant de se manifester violemment "Une personne peut vivre 5 ans, 6 ans voire une dizaine d'années sans qu'elle sache qu'elle est diabétique. Et c'est après, soit de manière fortuite, soit lors d'un dépistage, soit lors d'un malaise qu’elle découvre qu'elle est diabétique. Et c'est ça le problème avec le diabète de type 2, c'est que quand on diagnostique qu'on est diabétique, on se retrouve avec certaines complications" précise la spécialiste
Conscient de l’importance du dépistage, le ministère de la Santé et de la protection sociale réalise régulièrement des dépistages dans tous les établissements de soins de santé primaires chez les personnes à haut risque. Ce dépistage représente une solution efficace pour arrêter une augmentation exponentielle du diabète "ce dépistage est réalisé chez les personnes à haut risque notamment les personnes hypertendues, les personnes en surpoids, les personnes avec une dyslipidémie, ou qui ont des antécédents familiaux, la femme enceinte qui a fait un diabète gestationnelle ou encore la femme qui a l'habitude d'avoir des enfants avec des poids supérieurs à 4 kg. Une fois le bilan réalisé et le résultat confirmé, le professionnel de santé entamera la prise en charge d'abord par un traitement médicamenteux et un accompagnement personnalisé".
Une campagne nationale sur le thème du bien être
Comme chaque année, le ministère de la santé et de la protection sociale œuvre pour le renforcement de la communication sur le diabète en menant des campagnes de sensibilisation au niveau national "nous saisissons cette occasion pour mobiliser encore plus les professionnels de santé, la société civile, tous nos partenaires, les décideurs qui nous accompagnent pour inverser ce fléau. il y a la campagne de communication digitale que le ministère de la Santé organise en général au niveau de tous les sites qui relèvent du ministère de la Santé et il y a également le dépistage d'un million de personnes à haut risque au niveau de tous les établissements de soins de santé primaires" explique Dr Fatima Zahra Mouzouni avant d’ajouter "Toutes les régions ont reçu les dispositifs médicaux qui vont être mis à la disposition des centres de santé pour faire bénéficier des personnes à haut risque du dépistage d’une manière gratuite. En cas de confirmation de diabète, le médecin va donner des médicaments, de l’'insuline et des antidiabétiques gratuitement également. Il y a également le suivi métabolique qui consiste à vérifier et à contrôler la glycémie mais aussi l'hémoglobine glyquée. Ce sont des prestations qui sont à la disposition de la population au niveau des centres de santé selon la disponibilité du matériel médicotechnique au niveau du centre de santé".
"Le diabète est une maladie qui va nous accompagner toute la vie, mais il faut la contrôler avant qu'elle nous contrôle"
Le diabète est une maladie contraignante pour le patient mais également pour sa famille. Pour cela, les spécialistes insistent sur l’adoption d’une bonne hygiène de vie "certes la recherche scientifique avance et il y a toujours des nouveautés concernant le traitement, mais la gestion du diabète ne se fait pas uniquement avec l'insuline, ou les antidiabétiques, c'est aussi et surtout une hygiène de vie, qu'il faut suivre avec une alimentation saine et équilibrée. On ne parle pas de régime ni de restrictions. il faut une hygiène alimentaire qui peut nous apporter tout ce dont notre corps a besoin, sans tomber dans l'excès .Il y a aussi l'activité physique qui doit être de manière régulière mais aussi adaptée à la santé de la personne" explique la spécialiste.
Et d'ajouter "le thème de la campagne de sensibilisation cette année, c'est le bien-être. C’est pour veiller à ce que la personne diabétique et sa famille aient un bien-être pour pouvoir vivre avec cette maladie qui ne guérit pas. C'est une maladie qui va nous accompagner toute la vie, mais il faut la contrôler avant qu'elle nous contrôle".
Quid de la prévention ?
Pour prévenir le diabète, les spécialistes sont unanimes. Adopter une bonne hygiène de vie, réduire la consommation de la nourriture dénaturée et pratiquer une activité physique régulière "le diabète constitue une préoccupation au niveau de notre pays où le nombre de nouveaux cas est en augmentation exponentielle, surtout pour le diabète de type 2. Cette augmentation est due en premier lieu au chamboulement de notre mode de vie. notre alimentation s'est occidentalisée. Elle est plus riche en sucre et en acides gras saturés" alerte la spécialiste.
"Nous ne bougeons plus, nos enfants ne bougent plus, puisqu’ils passent la majorité du temps devant leurs écrans à grignoter, ce qui conduit à l'augmentation de l'obésité et du surpoids dans notre pays. Et c’est justement les premiers facteurs de risque du diabète de type 2. Donc, tant qu'on adopte ce mode de vie malsain, nous verrons une augmentation de l'obésité et par la suite, nous verrons encore une augmentation encore beaucoup plus importante du diabète de notre pays" conclut Dr Mouzouni qui tient à préciser que "ce n'est pas le diabète qui tue, ce n'est pas le diabète qui complique la vie. Ce sont ses complications dégénératives. Le diabète touche énormément d'organes vitaux et cela constitue un problème, d'abord de santé, économique, social, pour le patient lui-même, pour sa petite famille, pour la société et pour le système de santé".
A bon entendeur!
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