Société
Affaire "du sexe pour de bonnes notes"... Toute l'histoire
19/12/2021 - 22:08
Youness Oubaali | Imane Benichou
Les recherches menées par la Brigade nationale de la police judiciaire de Casablanca, dans l'affaire du "sexe pour de bonnes notes" qui a secoué la faculté des Sciences juridiques de l'Université Hassan I de Settat, ont conclu à des délits de "traite des êtres humains" et de "chantage sexuel en échange de meilleures notes d’examens".
Les enquêteurs ont entendu 12 étudiantes et 13 autres étudiants et fonctionnaires qui ont réussi le concours d'accès à l'un des Masters de la faculté des Sciences juridiques de l'Université Hassan I de Settat, ainsi que cinq professeurs impliqués dans cette affaire. 23 feuilles d'examen falsifiées ont été saisies, selon une source judiciaire.
Les suspects ont alors été confrontés à 46 conversations sexuelles avec des étudiantes via l'application "WhatsApp", qui comprenait des photos et des vidéos "indécentes". Une expertise a ensuite été effectuée sur les téléphones des professeurs, étudiants et témoins, et le contenu des enregistrements audio a été retranscrit.
Début des faits
Toute l'affaire a commencé en février dernier, lorsque la BNPJ a reçu des informations de la Direction générale de la sûreté nationale selon lesquelles des professeurs de la Faculté des sciences juridiques, sociales et économiques de Settat seraient impliqués dans du chantage sexuel envers des étudiantes, en échange de bonnes notes aux examens, a révélé notre source.
En septembre dernier, un professeur et chef d’un département à ladite faculté a déposé une plainte contre X, dans laquelle il affirmait que son téléphone avait été piraté et des SMS ont été envoyés à une étudiante, faisant l’objet de diffamation. Après avoir effectué une analyse détaillée des photos divulguées, il s'est avéré que le professeur a été impliqué dans ces conversations avec des étudiantes, en échange de bonnes notes.
L'étudiante, qui a été entendue par la police, a déclaré qu'il la supervisait en matière de Droit administratif, et qu’il a profité de son statut pour assouvir ses désirs sexuels. Elle a également affirmé qu'elle avait cédé à ses avances pour ne pas affecter son parcours universitaire et pour obtenir des notes élevées. Et de poursuivre que ledit professeur lui a assuré qu'il pouvait intervenir auprès d'autres professeurs et qu'il lui demandait d'avoir des relations sexuelles avec elle, sa sœur et leur mère, qui ont également été entendues.
Une autre étudiante, confrontée au contenu d'une conversation avec le même professeur, a confirmé qu'elle donnait suite à ses mots, mais sans avoir de relations sexuelles ni profiter des points. Elle a par ailleurs décidé de le poursuivre devant la justice. Une troisième étudiante n'a pas nié avoir bénéficié de bonnes notes dans de nombreuses matières, grâce au chef de département.
Au cours de l’enquête, 22 notes falsifiées d'étudiants et étudiantes ont été identifiées et 23 feuilles sont restées inconnues, après une expertise d'écriture manuscrite menée par le Laboratoire national de la police technique et scientifique. Quatre étudiants ont alors été entendus et ont tous confirmé que le professeur avait changé leurs notes après interventions et supplices.
Tous ces faits ont constitué, pour la police, des preuves suffisantes de l’implication du professeur dans cette affaire. Son allégation selon laquelle son téléphone avait été piraté s’est donc révélée fausse, lui qui avait passé plus de 1.000 appels avec les étudiantes concernées par l’affaire.
L’enquête est toujours en cours pour déterminer l'identité d'une autre étudiante, après que la police a reçu 49 captures de messages texte entre elle et un professeur.
Un scénario qui s'est répété
Une autre étudiante a été interrogée par la police à propos d'une vidéo contenant 12 clips à caractère sexuel qu'elle avait filmés secrètement, à l'intérieur d'un des appartements où un autre professeur universitaire la rencontrait. Ce dernier lui a retiré sa carte d’étudiant lors des examens de septembre dernier, l’a accusé de tricherie et a rédigé un rapport, a-t-elle souligné, ajoutant qu’une semaine après, il lui a demandé de la rencontrer dans un appartement à Berrechid. L’étudiante a ensuite affirmé qu’elle a eu des rapports sexuels avec lui, plus d'une fois, à Berrechid et à Casablanca. Le fait qui n’a pas été nié par le professeur, soulignant que c'était de son plein gré et qu'il ne l’avait jamais menacé.
Le même scénario s'est produit entre d'autres étudiantes et deux autres professeurs universitaires, a révélé notre source judiciaire. Les étudiantes ont alors déclaré, au cours de leur audition, que ces professeurs ont retiré leurs cartes d’étudiant pendant les examens, et qu’elles ont ensuite subi des pressions et des chantages pour avoir des relations sexuelles en échange de bonnes notes et du retrait des rapports de tricherie.
Une inspection universitaire
L'affaire a incité le ministère de l'Enseignement supérieur à envoyer une commission d'inspection à l'Université. Les relevés de notes et les recherches des étudiantes concernées et d'autres étudiantes encadrées par le chef du département avec qui l'histoire a commencé, ont alors été examinés.
Le rapport de la commission d’inspection a révélé, qu’après une longue réunion avec la présidence de l'université, le doyen, les professeurs concernés et certains employés de l'université, le doyen de la faculté a déclaré que les points étaient "dans les normes" et qu’il n'avait reçu aucune plainte de n'importe quelle étudiante. Et d’estimer que les professeurs accusés "font bien leur travail". Quant au professeur, chef de département, il a lié l'affaire à des "comptes électoraux", notant qu'il était candidat à la présidence d'une commune.
La réunion a conclu qu'il y a un défaut dans la gestion de la recherche universitaire, une faille dans le contrôle des listes des étudiants inscrits à la faculté et la mainmise des professeurs sur la gestion, notamment le professeur concerné, qui a supervisé 100 recherches. Une générosité dans l'attribution des points a été également soulignée, précisant que les notes des étudiantes concernées par l’affaire sont élevées par rapport aux notes de leurs condisciples.
La commission a recommandé de suspendre les fonctions du professeur universitaire à titre de chef de département et de coordonnateur du Master jusqu'à ce que les résultats des enquêtes soient dévoilés, et de suspendre le doyen de sa tâche de gestion du département des affaires estudiantines tel que décidé par le ministre.
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