Société
Antibiotiques: l’usage aléatoire, un danger pour la santé
16/10/2025 - 11:29
Khaoula Benhaddou
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur la résistance aux antibiotiques ou l’antibiorésistance qui s’impose aujourd’hui comme l’une des menaces sanitaires les plus graves. Dans son dernier communiqué, l’OMS alerte sur la consommation anarchique d’antibiotiques, souvent sans prescription médicale, un phénomène en hausse dans de nombreux pays, dont le Maroc.
Les antibiotiques ont révolutionné la médecine moderne, sauvant des millions de vies. Mais leur usage abusif ou inapproprié a conduit à l’émergence de bactéries devenues insensibles aux traitements.
Selon les données de l’OMS, entre 2018 et 2023, plus de 40 % des combinaisons "pathogène-antibiotique" surveillées ont montré une hausse de la résistance, estimée entre 5 et 15 % par an. L’organisation classe désormais la résistance aux antimicrobiens parmi les dix principales menaces pour la santé publique mondiale.
Si rien n’est fait, cette situation pourrait provoquer jusqu’à 10 millions de décès par an d’ici 2050.
Un usage aléatoire lourd de conséquences
Prendre un antibiotique sans diagnostic médical précis, interrompre un traitement avant la fin prescrite, ou utiliser des restes d’anciennes ordonnances : autant de pratiques courantes mais dangereuses.
Le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en système de santé, met en garde: "La prise d'antibiotiques sans prescription ni diagnostic précis représente un risque majeur pour la santé de la personne, de son entourage et de la société. Lorsqu’on se soigne seul, on consomme ces médicaments de manière aléatoire, ce qui favorise l’antibiorésistance. La prochaine infection sera plus grave, car la bactérie sera devenue résistante, et elle pourra se transmettre à la famille ou à l’entourage".
Ces comportements entraînent la sélection de bactéries résistantes, transformant des infections bénignes en maladies graves et difficiles à traiter.
Automédication : un réflexe dangereux
L’automédication, facilitée par l’accès libre à certains médicaments, aggrave davantage le phénomène. Elle peut masquer les symptômes d’une maladie sérieuse, retarder le diagnostic ou provoquer des effets secondaires et interactions médicamenteuses.
Le Dr Hamdi indique: "En prenant un antibiotique sans avis médical, on peut camoufler une maladie grave. Par exemple, une méningite ou une typhoïde peut être prise pour une simple fièvre, retardant la prise en charge et augmentant le risque de complications et de transmission."
Selon l’OMS, une infection bactérienne sur six dans le monde est aujourd’hui résistante aux antibiotiques. Or, beaucoup de maladies pour lesquelles les patients consomment ces médicaments — comme la grippe, le rhume ou la COVID-19 — sont virales, donc insensibles aux antibiotiques.
Le spécialiste rappelle "80 % des angines chez l’adulte et 70 % chez l’enfant sont d’origine virale. Elles ne nécessitent pas d’antibiotiques. Pourtant, beaucoup en prennent, souvent sans respecter la dose ni la durée du traitement, ce qui alimente encore l’antibiorésistance"
Un défi mondial, une responsabilité partagée
Face à ce danger croissant, l’OMS appelle à une mobilisation collective: patients, pharmaciens et professionnels de santé doivent adopter un comportement responsable.
Les antibiotiques ne doivent être pris que sur prescription médicale, et le traitement doit être suivi jusqu’à la dernière dose, même si les symptômes disparaissent.
Le Dr Hamdi insiste: "La première précaution, c’est de consulter un médecin avant toute prise de médicament. Le respect des règles d’hygiène reste aussi essentiel : prévenir les infections, c’est éviter d’avoir besoin d’antibiotiques. L’antibiorésistance représente aussi un coût économique énorme. Et le pire, c’est qu’on manque de nouvelles molécules: la recherche d’un nouvel antibiotique est longue et complexe".
Et de conclure: "Il faut stopper cette escalade d’usages aléatoires. La sensibilisation ne doit pas seulement viser le grand public, mais aussi les professionnels de santé, car certaines prescriptions inadaptées contribuent elles aussi à la résistance".
La prescription inadaptées et la vente libre des antibiotiques dans les pharmacies rendent la tâche plus difficile. Entre citoyens responsables et médecins vigilants, c'est toute une chaîne qui doit se mettre en place pour que les infections d'hier ne redeviennent mortelles demain.
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