Société
Etude: la résistance mortelle aux antibiotiques
22/09/2024 - 20:24
Khaoula Benhaddou
On ne le dira jamais assez, la consommation excessive des antibiotiques est une menace pour la santé. Cela vient d’être à nouveau confirmé par une étude mondiale publiée dans la revue scientifique The Lancet. Selon cette étude, entre 1990 et 2021 plus d’un million de personnes dans le monde sont mortes chaque année à cause de la résistance aux antibiotiques, et plus de 39 millions pourraient mourir d’infections résistantes aux antibiotiques au cours des 25 prochaines années. Voici les détails
Les antibiotiques, ce n’est pas automatique! Cette phrase qui peut paraitre anodine révèle un sérieux problème de santé mondiale.
Depuis quelques années, l’utilisation des antibiotiques pour traiter des maladies dites "banales" a augmenté d’une manière fulgurante surtout dans les pays où les antibiotiques sont délivrés sans ordonnance.
Cette utilisation excessive de ces médicaments crée une résistance aux antibiotiques. Un phénomène qui représente selon l’OMS l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement.
A ce propos, la revue scientifique de The Lancet a publié récemment une étude scientifique considérée comme la plus vaste jamais menée dans le monde.
Cette étude, qui concerne plus de 200 pays, a été réalisée par des chercheurs formant le projet Global Research on Antibiotic Resistance (GRAM). Ces derniers se sont penchés sur 22 agents pathogènes, 84 combinaisons entre pathogènes et traitements, 11 syndromes infectieux chez des personnes, de tous âges, via les données de plus de 520 millions de personnes.
Les décès dus à la résistance aux antibiotiques devraient être les plus élevés en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, notamment en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, où un total de 11,8 millions de décès directement dus à cette résistance sont prévus entre 2025 et 2050.
Les décès causés par la résistance aux antibiotiques vont s’accroitre
A en croire cette étude, plus de 39 millions pourraient mourir d’infections résistantes aux antibiotiques au cours des 25 prochaines années. D'ici la moitié de ce siècle, l'antibiorésistance risque de jouer plus largement un rôle dans 8,22 millions de décès chaque année, soit une hausse de 74,5% comparé à 2021.
Selon les chercheurs, entre 1990 et 2021, plus d’un million de personnes sont décédés des suites d’infections résistantes aux antibiotiques, chaque année, dans le monde.
Les tendances durant la même période montrent que parmi les personnes âgées de 70 ans et plus, les décès causés par la résistance aux antibiotiques ont augmenté de plus de 80%. Par contre, les décès dus à la résistance aux antibiotiques chez les enfants de moins de cinq ans ont diminué de plus de 50 %.
Cette baisse est expliquée, selon les scientifiques, par l’amélioration de la vaccination et l’hygiène; "La baisse des décès dus à la septicémie et à la résistance aux antibiotiques chez les jeunes enfants au cours des trois dernières décennies est une réussite incroyable. Cependant, ces résultats montrent que si les infections sont devenues moins courantes chez les jeunes enfants, elles sont devenues plus difficiles à traiter lorsqu’elles surviennent", a déclaré l’auteur Kevin Ikuta, professeur affilié à l’Institute of Health Metrics (IHME), Université de Washington, États-Unis, l’un des collaborateurs du projet GRAM.
Qu’est-ce qu’une résistance aux antibiotiques?
Selon les spécialistes, la résistance aux antibiotiques se produit lorsque les médicaments conçus pour traiter les infections bactériennes sont utilisés d’une manière excessive. La résistance se produit lorsque les bactéries évoluent en réponse à l’utilisation de ces médicaments. Elles peuvent alors provoquer des infections plus difficiles à traiter.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, "Pour un nombre croissant d’infections, comme la pneumonie, la tuberculose, la septicémie et la gonorrhée et les maladies d'origine alimentaire, le traitement devient plus difficile, voire impossible parfois, du fait de la perte d’efficacité des antibiotiques".
Quid du Maroc?
Le Maroc n’est pas à l’abri de ce phénomène qui s’est accentué durant la pandémie du Covid-19. Des personnes atteintes de formes légères de la maladie ont pris ces traitements sans consulter un médecin au risque d’exacerber la résistance antimicrobienne.
Conscient de cela; le ministère de la Santé et de la Protection sociale mettait souvent en garde les citoyens contre l’usage des médicaments sans prescription médicale.
En 2019, une enquête a précisé que l’usage des antibiotiques sans prescription médicale est une pratique courante chez les Marocains.
Cette consommation est dominée par la pénicilline. Mieux encore, qu’en milieu hospitalier, plus de 54% des patients ont reçu au moins un antibiotique.
Dans la même année, le ministère de la Santé a mis en place une stratégie nationale de lutte contre la résistance aux antimicrobiens, et ce pour assurer la prévention contre les maladies contagieuses, garantir l’efficacité des soins/traitements, et limiter ainsi le taux de morbi-mortalité, et ce, par l’utilisation des médicaments efficaces, sûrs et garantis.
Plusieurs mesures ont été prises dans ce sens, notamment la mise en place d’un système national de surveillance de la résistance aux antimicrobiens à travers la création d'une Unité de Coordination Nationale pour la Surveillance de la Résistance aux Antimicrobiens au niveau de la Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies (UNC-SRAM) et la mise en place d'un Comité Technique de la Surveillance de la Résistance aux Antimicrobiens (CT-SRAM).
Ces mesures s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre du Plan santé 2025, et l’opérationnalisation du partenariat entre le Ministère de la Santé et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) relatif au renforcement des mesures de lutte contre la résistance aux antimicrobiens afin d’atteindre les objectifs du développement durable à l'horizon 2030.
Que faire?
Pour éviter un tiers des décès dus à la résistance aux antibiotiques, les chercheurs ont appelé à une une meilleure prévention des infections, un accès facilité à des soins et à un système de santé efficace.
Toujours selon la même étude, une amélioration du traitement des infections et de l'accès aux antibiotiques pourrait ainsi éviter 92 millions de morts dans le monde de 2025 à 2050, notamment en Asie du sud et en Afrique subsaharienne.
Au niveau national, le ministère de la Santé précise que chacun peut contribuer à cet effort en prenant plusieurs mesures:
- Prévenir les infections en se lavant régulièrement les mains, en suivant les règles d’une bonne hygiène alimentaire, en évitant les contacts étroits avec des personnes malades et en veillant à être à jour dans les vaccinations;
- Ne prendre des antibiotiques que s’ils ont été prescrits par un professionnel de la santé dûment qualifié;
- Toujours suivre jusqu’au bout le traitement prescrit;
- Ne jamais utiliser des antibiotiques restants d’une prescription précédente;
- Ne jamais partager des antibiotiques avec d’autres personne
- Le ministère appelle les professionnels à ne prescrire et délivrer des antibiotiques que lorsqu’ils sont réellement nécessaires et prescrire et délivrer le bon antibiotique, à la dose convenable, pour une durée appropriée.
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