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Au château de Versailles, une pièce créée avec l'IA "à la manière de Molière"
02/05/2026 - 09:59
AFP
"L'Astrologue ou Les faux présages", une pièce écrite "à la manière de Molière" et en vieux français avec l'aide de l'intelligence artificielle (IA), est présentée mardi et mercredi à l'Opéra royal du Château de Versailles, après trois années de gestation.
Cette farce en trois actes est née de la rencontre entre la Sorbonne et Obvious, un collectif de trois artistes friands de nouvelles technologies, raconte à l'AFP Pierre-Marie Chauvin, maître de conférences à l'université parisienne. Leur idée: écrire une pièce que le dramaturge français, emporté en 1673 par une maladie pulmonaire, aurait pu créer.
"Fidélité au processus créatif" de celui né Jean-Baptiste Poquelin et "rigueur", en "guidant l'IA de la manière la plus fine et la plus sourcée, documentée", ont été au coeur du protocole de création, raconte M. Chauvin.
Pour cela, les concepteurs du projet ont essentiellement travaillé avec l'outil d'IA générative Le Chat de la start-up française Mistral, champion européen du secteur. Ils l'ont ainsi entraîné sur le corpus d'oeuvres de Molière, des dialogues ou des traités de philosophie.
Le texte généré a été réexaminé lors d'ateliers d'écriture avec Coraline Renaux, doctorante en littérature, et Mickaël Bouffard, metteur en scène et directeur du Théâtre Molière Sorbonne (TMS), une troupe fondée en 2017 pour faire revivre les techniques théâtrales et scéniques du XVIIe siècle, composée d'étudiants et d'ex-étudiants.
Il a ensuite été soumis à des comités de lecture pour vérifier par exemple sa syntaxe et sa cohérence. "Pour la création de la pièce, il y a eu au moins 20.000 allers-retours entre les algorithmes et l'équipe de création", souligne Gauthier Vernier, d'Obvious. "Et des milliers d'itérations" pour la quinzaine de costumes, eux aussi imaginés avec l'aide de l'IA, ajoute Hugo Caselles-Dupré, d'Obvious également.
Le thème de l'astrologie s'est imposé assez vite, Molière s'intéressant, selon les spécialistes, à "la dénonciation de la crédulité humaine", fait valoir Mickaël Bouffard.
Intrigue "molièresque"
Il en résulte une pièce "à l'intrigue très 'moliéresque'", s'amuse ce natif du Québec: "l'histoire d'un père, sous l'emprise de son astrologue personnel, Pseudoramus", qui entend, conformément à une prédiction des astres, marier sa fille à un homme âgé dont elle ne veut pas. La soubrette Dorine trouvera un stratagème pour déjouer ce plan.
"C'est la première oeuvre théâtrale créée avec l'IA", assure M. Bouffard. Pour ce projet, "l'IA nous donne des super pouvoirs que nous n'avons pas: une mémoire universelle et une rapidité de rédaction".
Pour les costumes et les décors, cette technologie a été entraînée à l'aide de croquis d'Henri de Gissey (1621-1673), dessinateur pour les pièces de Molière. Côté musique - la pièce est ponctuée d'intermèdes musicaux -, des musicologues ont nourri les modèles de partitions.
La production scénique fait la part belle aux savoir-faire artisanaux, avec perruques impressionnantes, sublimes costumes cousus main et décors réalisés selon les techniques de l'époque.
Le projet a coûté "un million d'euros", apportés par de "grands mécènes nord-américains" et "quelques mécènes français", selon M. Chauvin.
Neuf comédiens, deux danseuses et quatre musiciens donnent désormais vie à la pièce. Si l'intrigue et les dialogues sont vraisemblables, la structure de la pièce peut apparaître déséquilibrée, le fameux Pseudoramus arrivant tardivement sur scène, selon une journaliste de l'AFP qui a pu assister à des répétitions.
En outre, la diction en vieux français et la déclamation du texte comme au XVIIe siècle peuvent aussi bien impressionner que perturber une oreille peu rompue à l'exercice.
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