Sport
Badou Zaki décrypte à SNRTnews l’ère Regragui et les enjeux de la CAN 2025
19/12/2025 - 11:14
Amine Oubaha
À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations Maroc 2025, prévu le dimanche 21 décembre au Complexe Moulay Abdellah de Rabat avec un alléchant Maroc–Comores, Badou Zaki livre à SNRTnews une lecture lucide et expérimentée de cette édition très attendue.
Ancien gardien emblématique des Lions de l’Atlas et sélectionneur finaliste de la CAN 2004, Badou ZAKI croise le regard du témoin, du technicien et de l’homme de terrain pour décrypter les enjeux sportifs, les attentes populaires et les pièges d’une compétition toujours imprévisible.
"Aucune comparaison possible": 1988, la Côte d’Ivoire et le Maroc 2025
D’emblée, Badou Zaki balaie toute tentative de comparaison entre les précédentes expériences continentales et la CAN qui se jouera au Maroc. "Il n’y a pas de place pour la comparaison entre 1988, la CAN de la Côte d’Ivoire, et cette CAN au Maroc", a-t-il expliqué dans une interview accordée à SNRTnews.
Pour l’ancienne star du football marocain, le contexte est radicalement différent. En Côte d’Ivoire, malgré une équipe nationale supérieure sur le plan technique, les Lions de l’Atlas avaient souffert des conditions climatiques et d’une série de détails défavorables: occasions manquées, penalty raté, et ce facteur intangible qu’est la chance.
Aujourd’hui, tout a changé. Le Maroc accueille la CAN dans des conditions optimales: infrastructures de classe mondiale, stades modernes, organisation maîtrisée. Zaki souligne un indicateur fort : l’engouement populaire. "Si le Complexe Moulay Abdellah avait une capacité de 100.000 places, il afficherait complet. Tous les billets des matchs de l’équipe nationale sont épuisés", a-t-il indiqué.
Victoires critiquées, efficacité oubliée
Malgré une série impressionnante de 19 victoires consécutives, l’équipe nationale continue de susciter des critiques sur le contenu de jeu. Une situation que Zaki observe avec recul : "Les gens oublient un détail très important: cette équipe sait comment gagner".
Pour lui, l’efficacité défensive est un marqueur fort du travail de Walid Regragui, notamment lors des éliminatoires de la Coupe du monde, où les Lions de l’Atlas ont encaissé très peu de buts.
Mais Zaki prévient: "rien n’est jamais acquis en football". "Les matchs à élimination directe peuvent basculer sur des détails: arbitrage, erreurs individuelles, blessures, suspensions ou simple malchance". Si ces détails penchent du bon côté, estime-t-il, "le Maroc a toutes les cartes en main pour aller au bout".
Gagner avec la manière ou gagner tout court ?
À la question récurrente du “beau jeu”, Badou Zaki répond sans détour. Pour lui, le football de haut niveau est d’abord une affaire de résultats. "Dans le football, le résultat reste l’objectif principal. La victoire change tout".
Il illustre son propos par l’exemple de la Coupe arabe, où le Maroc s’est imposé avec réalisme face à l’Arabie Saoudite, pourtant dominante dans le jeu et la possession. "Ils avaient 60 % de possession, mais sans efficacité. Nous n’avons même pas vu notre gardien". Et d’ajouter: "certaines rencontres doivent être gagnées, peu importe la manière".
Retour sur la CAN 2004 : quand la critique précédait l’exploit
Le discours de Badou Zaki trouve un écho particulier lorsqu’il replonge dans les coulisses de la CAN 2004, organisée en Tunisie. Une campagne historique qui reste à ce jour dans la mémoire de tous les Marocains.
Lors des éliminatoires de cette CAN mémoranble, les Lions de l’Atlas signent un parcours exceptionnel : 5 victoires en 6 matchs, 10 buts marqués, aucun encaissé. Pourtant, les critiques persistent, notamment à cause des résultats mitigés en matchs amicaux, où Zaki assumait ses choix expérimentaux. "En amical, je prenais des risques. Le résultat ne m’importait pas", raconte-t-il.
Placés dans un groupe relevé avec le Nigeria et l’Afrique du Sud, bourreaux récents du Maroc, les Lions de l’Atlas avancent presque dans l’ombre médiatique. Jusqu’à atteindre la finale, dépassant largement l’objectif contractuel fixé par la FRMF, qui était la demi-finale.
"Mon époque ressemble beaucoup à celle de Walid Regragui: critiqué, mais avec des résultats positifs". Et de s’interroger franchement sur certaines remises en question: "Je ne comprends pas pourquoi certains demandent son départ. N’importe quel entraîneur rêverait de ces résultats".
Walid Regragui, du joueur charismatique au sélectionneur affirmé
Le portrait que dresse Badou Zaki de Walid Regragui est à la fois humain et technique. Il se souvient du joueur qu’il a dirigé: charismatique, souriant, polyvalent, doté d’une vraie culture tactique. "Il était humble, responsable et créatif".
Des qualités qui, selon lui, expliquent naturellement son évolution vers le poste de sélectionneur national : "Ce sont ces qualités humaines et professionnelles qui ont façonné son statut actuel".
Maroc–Comores : attention au piège de l’entame
Concernant le match d’ouverture face aux Comores, Zaki appelle à la vigilance sans céder à la pression. "Les Comores voudront mettre la pression, mais nos joueurs vivent avec la pression, que ce soit en club ou en sélection."
Il estime que la phase de groupes offrira une certaine marge de manœuvre, mais que les véritables difficultés commenceront dès le deuxième tour. "Lors du deuxième tour, tu peux perdre même en faisant un grand match".
L’éventuelle absence de Achraf Hakimi, joueur sacré Ballon d’Or africain 2025 serait certes un coup dur, mais pas un scénario insurmontable. Regragui dispose d’alternatives capables de combler cette absence.
Une CAN historique, un peuple assoiffé… et un appel à l’unité
Pour Badou Zaki, la CAN Maroc 2025 est tout simplement exceptionnelle : nombre d’équipes, diversité des stades, qualité des infrastructures, camps de base, terrains d’entraînement. "C’est une première en Afrique. Le Maroc a franchi un cap. Tous les Marocains sont assoiffés de cette CAN, mais attention : dans le football, ce sont les petits détails qui font la différence".
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