Economie
Banque mondiale: L'emploi des femmes, un levier stratégique du nouveau partenariat de dix ans avec le Maroc
13/07/2026 - 19:34
Khaoula Benhaddou
Créer davantage d'emplois, accélérer la croissance et bâtir une économie plus inclusive : tels sont les objectifs du nouveau Cadre de partenariat 2026-2035 conclu entre le Groupe de la Banque mondiale et le Maroc.
Au cœur de cette stratégie figure un enjeu jugé déterminant pour l'avenir économique du Royaume : l'inclusion économique des femmes.
Le Groupe de la Banque mondiale a annoncé ce lundi 13 juillet le lancement d'un nouveau Cadre de partenariat-pays (Country Partnership Framework - CPF) couvrant la période 2026-2035. Aligné sur le Nouveau modèle de développement, ce partenariat de dix ans vise à accompagner le Maroc dans sa transition vers une économie davantage portée par le secteur privé, plus compétitive, résiliente et créatrice d'emplois.
Au-delà des financements, ce nouveau cadre repose sur une conviction forte : le Royaume ne pourra accélérer durablement sa croissance sans une participation accrue des femmes à la vie économique. Une annexe entière du CPF est ainsi consacrée à l'inclusion économique des femmes, que la Banque mondiale considère comme l'un des principaux leviers de création de richesse, de productivité et de réduction des inégalités.
Un potentiel économique largement inexploité
Malgré les progrès enregistrés dans l'éducation et la santé, le Maroc continue d'afficher l'un des plus faibles taux d'activité féminine au monde. Selon la Banque mondiale, seules 19 % des Marocaines en âge de travailler participent au marché de l'emploi, contre près de 70 % des hommes, alors même que les femmes représentent une part croissante des diplômés de l'enseignement supérieur. L'institution relève également que le chômage touche davantage les femmes, notamment les diplômées, illustrant un décalage persistant entre le niveau de qualification et les opportunités offertes sur le marché du travail.
Pour la Banque mondiale, cette sous-utilisation du capital humain féminin constitue un manque à gagner considérable pour l'économie marocaine et freine les ambitions de croissance du Royaume.
Mariage, maternité et normes sociales: des freins persistants
L'annexe met en évidence une combinaison de facteurs économiques, institutionnels et sociaux qui expliquent la faible participation des femmes au marché du travail. Le manque de structures de garde d'enfants, les difficultés de mobilité, l'accès limité au financement, au foncier et aux actifs productifs demeurent des obstacles majeurs. À cela s'ajoutent les normes sociales qui continuent d'influencer les choix des ménages, des employeurs et les trajectoires professionnelles des femmes.
Le mariage et la maternité restent notamment des tournants déterminants dans la carrière de nombreuses Marocaines. Les responsabilités liées aux enfants et aux tâches domestiques reposent encore largement sur les femmes, rendant plus difficile leur maintien dans l'emploi ou leur retour sur le marché du travail. La Banque mondiale souligne ainsi que la progression du niveau d'instruction féminin ne s'est pas traduite par une hausse équivalente de leur participation économique, preuve que les obstacles dépassent largement la seule question de la qualification.
Les femmes au cœur du partenariat Maroc-Banque mondiale
Le nouveau Cadre de partenariat fait de la création d'emplois son objectif transversal, avec une attention particulière portée aux jeunes et aux femmes.
Le partenariat repose sur trois axes stratégiques. Le premier vise à renforcer la compétitivité des entreprises en améliorant l'environnement des affaires, la concurrence et l'accès au financement, notamment pour les PME. Le deuxième entend favoriser des territoires plus inclusifs et mieux connectés afin de réduire les disparités régionales. Enfin, le troisième axe porte sur le renforcement du capital humain à travers les réformes de l'éducation, de la santé et de la protection sociale.
Dans ce cadre, la Banque mondiale prévoit d'accompagner le Maroc dans le développement des services de garde d'enfants, l'amélioration de la mobilité, le renforcement de l'accès des femmes au financement, le soutien à l'entrepreneuriat féminin et l'intégration de la dimension du genre dans les politiques publiques.
Une ambition partagée
Dans un communiqué publié à l'occasion du lancement du CPF, la ministre de l'Économie et des Finances, Nadia Fettah, a qualifié ce nouveau partenariat d'« étape décisive » pour le Royaume. Elle a souligné que « la création d'emplois pour nos jeunes, pour nos femmes, dans nos villes et dans nos territoires ruraux est au cœur de cette ambition partagée », estimant que ce partenariat permettra d'aligner financements publics et privés, expertise et réformes autour d'une vision commune pour l'avenir du Maroc.
Le vice-président de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan, Ousmane Dione, a rappelé que l'institution accompagne le Maroc depuis plus de soixante-cinq ans. Selon lui, ce partenariat de dix ans traduit la volonté de dépasser les cycles classiques de projets afin d'investir dans une transformation structurelle durable.
De son côté, Ethiopis Tafara, vice-président d'IFC pour l'Afrique, a affirmé que l'économie marocaine figure parmi les plus dynamiques du continent et que ce partenariat renforcera la mobilisation des capitaux privés au profit des entreprises créatrices d'emplois. La MIGA entend, quant à elle, utiliser ses mécanismes de garantie pour réduire les risques liés aux investissements privés et soutenir une croissance davantage portée par le secteur privé.
Des résultats attendus d'ici 2035
Le nouveau Cadre de partenariat prévoit un suivi fondé sur des indicateurs concrets : nombre d'emplois créés, investissements privés mobilisés, amélioration de l'accès aux soins et à une éducation de qualité, extension de la protection sociale et renforcement de la résilience face aux changements climatiques.
Pour la Banque mondiale, l'augmentation de la participation des femmes au marché du travail n'est plus uniquement une question d'équité. Elle constitue désormais une condition essentielle pour permettre au Maroc d'accélérer sa croissance, d'améliorer sa productivité et de réussir la transformation économique prévue par le Nouveau modèle de développement.
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