IA
Le Maroc face à la révolution de l’intelligence artificielle : entre ambitions numériques et défis pour l’emploi
21/05/2026 - 00:35
Khaoula Benhaddou
L’intelligence artificielle transforme en profondeur l’économie mondiale et redéfinit progressivement les marchés du travail. Engagé depuis plusieurs années dans une dynamique de transition numérique, le Maroc se retrouve aujourd’hui au cœur de cette mutation technologique. Entre perspectives de croissance, modernisation des infrastructures et changement du monde du travail, le pays se trouve aujourd’hui à un tournant stratégique.
C’est le constat dressé par un rapport publié en mai 2026 par la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale (ESCWA) et l’Organisation internationale du Travail (OIT), intitulé "L’intelligence artificielle et l’avenir de l’emploi pour la région arabe". Le document présente le Maroc comme l’un des pays arabes les plus engagés dans la transformation numérique, tout en alertant sur les défis majeurs que cette évolution fait peser sur l’emploi et les compétences.
Des secteurs déjà transformés par l’IA
Au Maroc, plusieurs secteurs ont déjà intégré des solutions fondées sur l’intelligence artificielle. Banques, télécommunications, industrie automobile, centres de relation client ou encore santé utilisent désormais l’automatisation, l’analyse prédictive et les technologies de traitement des données afin d’améliorer leur productivité et leurs services.
Cette dynamique s’accompagne d’un important développement des infrastructures numériques. Le rapport souligne notamment la forte croissance du marché marocain des data centers. Aux côtés de l’Irak, de la Jordanie et du Liban, le Maroc devrait enregistrer une progression annuelle supérieure à 6 % de ses capacités de stockage et de traitement des données entre 2025 et 2030.
Un enjeu stratégique, puisque ces infrastructures constituent le socle indispensable au développement des technologies d’intelligence artificielle. Grâce à sa position géographique entre l’Europe et l’Afrique, le Maroc cherche ainsi à se positionner comme une future plateforme technologique régionale.
Création d'un laboratoire consacré au dévelopemment d'une IA nouvelle génération
Le rapport met également en lumière les ambitions marocaines en matière de recherche scientifique appliquée à l’IA. Parmi les initiatives citées figure la création d’un laboratoire consacré au développement d’une intelligence artificielle de nouvelle génération dédiée à la chimie et aux sciences des matériaux.
Pour rappel, en octobre 2025, l’Université Mohammed VI Polytechnique et Syensqo ont signé un accord visant à créer un laboratoire conjoint d’intelligence artificielle sur le campus de Benguerir.
Installé au sein du centre de recherche AI-Accelerated Research Center (AI-ARC), ce laboratoire servira de plateforme de collaboration entre chercheurs et ingénieurs afin de développer des solutions innovantes appliquées à la chimie et à la science des matériaux. L’objectif est de rapprocher la recherche scientifique des besoins industriels et environnementaux, en misant sur une utilisation responsable de l’intelligence artificielle.
Au-delà de la recherche, ce partenariat prévoit également des programmes de formation, des stages et des initiatives destinées à accompagner les étudiants et les professionnels dans l’acquisition des compétences nécessaires aux industries de demain.
À travers ce projet, le Maroc ambitionne de dépasser le simple rôle d’utilisateur de technologies étrangères pour devenir un acteur régional de l’innovation.
Transport, logistique : l’IA gagne du terrain
L’intelligence artificielle commence aussi à s’imposer dans des secteurs stratégiques comme le transport et la logistique. Le rapport évoque notamment l’intégration de systèmes intelligents dans les réseaux intermodaux afin d’optimiser les flux de marchandises et de passagers entre les ports, les routes, le rail et les infrastructures aériennes.
Ces technologies pourraient contribuer à améliorer la compétitivité logistique du Royaume et à renforcer son rôle de hub régional entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient.
Un marché du travail sous pression
Mais derrière les promesses de modernisation émergent également de fortes inquiétudes. Le rapport ESCWA–OIT met en garde contre les conséquences de l’automatisation sur le marché de l’emploi dans la région arabe, y compris au Maroc.
Les métiers administratifs, les tâches répétitives ainsi qu’une partie des fonctions commerciales et de services figurent parmi les plus exposés aux transformations liées à l’IA. À l’inverse, de nouveaux métiers apparaissent dans les domaines de la cybersécurité, de la data science, du développement d’algorithmes ou encore de la maintenance des systèmes intelligents.
Les auteurs du rapport insistent sur l’urgence de renforcer les systèmes de formation afin d’éviter une fracture croissante entre travailleurs qualifiés et populations vulnérables.
Le document souligne également les risques d’aggravation des inégalités sociales et de genre. Les femmes, souvent présentes dans les métiers administratifs et de services, pourraient être particulièrement exposées à l’automatisation. Les travailleurs âgés risquent eux aussi d’être fragilisés s’ils ne bénéficient pas de dispositifs de reconversion adaptés.
À l’inverse, les jeunes générations apparaissent comme les mieux placées pour tirer parti de cette transition, à condition que le système éducatif évolue suffisamment vite pour répondre aux nouveaux besoins du marché.
Le défi central des compétences
Pour les auteurs du rapport, le principal enjeu réside désormais dans la préparation des compétences de demain. Il ne s’agit plus seulement de former davantage d’ingénieurs ou de développeurs, mais de diffuser une véritable culture numérique à l’ensemble de la société.
Le rapport identifie trois priorités majeures : développer les compétences avancées dans des domaines comme le machine learning et la cybersécurité, améliorer l’alphabétisation numérique des travailleurs et mettre en place une gouvernance éthique de l’intelligence artificielle.
Enfin, le document dessine trois scénarios possibles pour la région arabe à l’horizon 2035 : une transition technologique rapide et maîtrisée, une transformation mal accompagnée susceptible d’accentuer les inégalités, ou encore une évolution plus progressive et inclusive.
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