Société
Éducation inclusive: l'Observatoire marocain alerte sur un recul alarmant de la scolarisation des enfants en situation de handicap
07/07/2026 - 12:13
Malak Zougagh
À l'approche du terme de la feuille de route 2022-2026, l'Observatoire marocain de l'éducation inclusive dresse un bilan critique de la mise en œuvre du programme $n^{\circ}13$ dédié à la scolarisation des enfants en situation de handicap. Dans un communiqué parvenu à SNRTnews, l'ONG pointe du doigt un écart majeur entre les ambitions affichées et la réalité du terrain.
Le constat de l'Observatoire marocain de l'éducation inclusive est sans appel : le droit à l'éducation des personnes en situation de handicap souffre de dysfonctionnements structurels profonds. Alors que le déploiement du programme n° 13 de la feuille de route sectorielle touche à sa fin, l'évaluation de l'ONG met en lumière une gouvernance défaillante, un manque de convergence avec la loi-cadre 51.17 et des indicateurs de performance globalement en deçà des objectifs fixés.
Une chute préoccupante des effectifs scolaires
Le signal d'alarme le plus strident porte sur l'accès à l'école. Selon les données officielles croisées par l'Observatoire, issues du ministère de l'Éducation nationale, de la Chambre des conseillers (2024) et du Conseil supérieur de l'éducation (2019),, le nombre d'élèves en situation de handicap est en net recul. Il est passé de près de 95 000 en 2019 à environ 72.000 pour l'année scolaire 2025-2026, soit une baisse inquiétante de près de 24 %. Un chiffre qui illustre l'impact limité des politiques publiques actuelles en matière d'élargissement de l'accès à l'enseignement.
L'Observatoire marocain de l'éducation inclusive conteste vigoureusement le maintien de l'arrêté ministériel n° 47.19 réglementant l'éducation inclusive. Le communiqué dénonce spécifiquement l'article 11, qui restreint l'accès à l'école, et l'article 12, qui conditionne la scolarisation de l'enfant à la prise en charge financière d'un auxiliaire de vie scolaire (AVS) par la famille. Cette disposition est qualifiée de barrière majeure à l'équité, faisant fi des recommandations successives du CNDH (2022) et du Parlement en faveur d'une harmonisation avec les conventions internationales.
Un bilan logistique et pédagogique fragile
Sur le plan logistique et pédagogique, le bilan s'avère tout aussi fragile. Le déficit d'accompagnement reste marqué puisque les classes de ressources pour le soutien et la réadaptation (CRSR) ne couvrent que 22 % des établissements primaires, et un tiers d'entre elles fonctionnent sans personnel spécialisé. De plus, le système public souffre toujours de l'absence d'un modèle d'intégration adapté aux enfants présentant des handicaps sensoriels, tant auditifs que visuels.
Cette exclusion sensorielle s'ajoute à un problème d'accessibilité généralisé, plus des deux tiers des écoles publiques manquant d'aménagements adéquats, notamment au niveau des blocs sanitaires. En conséquence, le rendement interne s'avère particulièrement faible avec moins de 2000 candidats en situation de handicap qui se présentent annuellement aux examens du baccalauréat depuis cinq ans.
L'ONG pointe également la faible implication du secteur privé dans cet effort de service public. Elle met en relief des défaillances managériales notables, citant le manque d'efficacité du comité de suivi du programme n° 13. De plus, la composition des commissions régionales chargées d'examiner les dossiers de scolarisation est critiquée pour l'absence systématique des enseignants et des inspecteurs, privant les décisions d'une expertise pédagogique essentielle. L'Observatoire regrette aussi le retard de publication du décret d'application de la loi-cadre 51.17 (article 13), censé imposer un quota d'accueil d'enfants en situation de handicap ou de précarité dans les écoles privées.
Enfin, l'organisation de la société civile regrette que le modèle phare des « Écoles pionnières » fasse l'impasse sur la diversité fonctionnelle. En omettant la dimension inclusive dans ses référentiels, ce programme déploie des méthodes pédagogiques unifiées, comme l'enseignement explicite ou le soutien intensif, peu adaptées aux élèves souffrant de troubles de l'apprentissage ou de handicaps mentaux. Pour l'Observatoire, la qualité de l'école publique ne pourra se mesurer qu'à sa capacité à garantir une réelle égalité des chances par des aménagements raisonnables.
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