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Le "Número Ocho" Ounahi, l'étendard d'une formation marocaine qui s'impose
07/07/2026 - 09:14
Amine Oubaha
Alors que plusieurs observateurs continuent d'attribuer la réussite de la sélection marocaine en Coupe du monde principalement aux joueurs issus de la diaspora, le huitième de finale face au Canada est venu rappeler une autre réalité: celle d'une formation locale qui produit, elle aussi, des talents capables de faire basculer les plus grands rendez-vous.
Une chose est sûre: en équipe nationale, il n'y a qu'une seule identité, celle du Maroc. Qu'ils soient nés au Royaume ou à l'étranger, tous portent le même maillot avec la même fierté. On a vu un Ismael Saibari, né en Espagne, inscrire trois buts en ce Mondial, un Brahim Diaz, né en Espagne, délivrer trois passes décisives, ou encore un Issa Diop, né en France, marquer face aux Pays-Bas. Tous écrivent l'histoire sous les couleurs nationales et se battent pour honorer le drapeau rouge et vert.
Face au Canada, les Lions de l'Atlas ont cependant pu compter sur un Azzedine Ounahi des grands soirs. Auteur d'un doublé, le milieu marocain a propulsé le Maroc vers les quarts de finale, où il retrouvera la France.
Le "Número Ocho", comme l'avait surnommé Luis Enrique après le mémorable Maroc-Espagne du Mondial 2022, n'a pas manqué le rendez-vous. Il était temps pour lui de surgir et de porter sur ses épaules une équipe tout entière vers un nouveau chapitre de son histoire. Le lauréat de l'Académie Mohammed VI a laissé, une nouvelle fois, son empreinte sur cette qualification et pourrait bien récidiver face aux Bleus.
Grand artisan de la qualification marocaine, Azzedine Ounahi a ouvert le score d'une frappe précise à l'entrée de la surface avant de s'offrir un doublé en fin de rencontre, en concluant une contre-attaque parfaitement menée par Brahim Diaz. Une prestation de haut niveau qui lui a valu le titre d'homme du match et a confirmé son importance au sein des Lions de l'Atlas.
Ounahi, symbole d'une formation qui porte ses fruits
Pour Nasser Larguet, ancien directeur technique national de la FRMF et ancien directeur de l'Académie Mohammed VI de football, le parcours d'Azzedine Ounahi est avant tout l'aboutissement d'un travail de longue haleine. "Azzedine, nous l'avons détecté tout jeune, entre dix et douze ans, à Casablanca. Je garde le souvenir précis de ce jeune joueur longiligne, un peu frêle, mais avec cette intelligence de jeu et cette élégance dans le déplacement qui ne trompent pas l'œil d'un formateur. Le voir aujourd'hui à ce niveau, auteur de deux buts dans un match couperet de Coupe du monde, c'est évidemment une immense fierté. Il avait déjà gagné les louanges de grands entraîneurs comme Luis Enrique lors du mémorable Espagne-Maroc au Qatar", a-t-il souligné dans une déclaration accordée à SNRTnews.
Et de poursuivre: "À l'Académie Mohammed VI, notre conviction a toujours été la même: éduquer d'abord, instruire ensuite, le football enfin. Sur près de 15.000 joueurs observés, une soixantaine seulement sont retenus à chaque promotion, avec un double objectif de réussite éducative, scolaire, sportive et de conversion professionnelle. Azzedine est l'un des visages de cette exigence."
Au-delà de sa performance face au Canada, Azzedine Ounahi est, selon Nasser Larguet, l'illustration parfaite de ce que peut produire la formation marocaine lorsqu'elle est pensée sur le long terme: "Ce qu'il incarne, c'est donc moins un tournant qu'une preuve vivante: un enfant formé sur le sol marocain peut atteindre le sommet mondial. Et cela vaut aussi pour Aguerd, Tagnaouti, En-Nesyri, Mendyl, Targhaline, Zabiri, Essadek, Saadane, Rahimi, El Kaabi, Belammari ou Bounou. La formation locale n'a plus à demander sa place: elle l'a prise."
Formation locale et diaspora: une complémentarité plus qu'une opposition
La performance d'Ounahi avec les Lions de l'Atlas relance également le débat autour de la place de la formation locale face aux joueurs issus de la diaspora. Pour Nasser Larguet, il s'agit pourtant d'un faux débat.
"Je voudrais d'abord évacuer une fausse opposition. Nos joueurs issus de la diaspora sont pleinement marocains et évoluent aujourd'hui au plus haut niveau. Mais nos joueurs formés localement le sont tout autant. La vraie différence entre les deux n'est pas une différence de talent ni de valeur. C'est le niveau des compétitions dans lesquelles ils évoluent au quotidien. Un joueur qui s'entraîne et joue chaque semaine contre l'élite européenne franchit des paliers plus vite. Ce n'est pas une question de sang, mais de références."
Pour Nasser Larguet, le parcours d'Ounahi est la preuve qu'un jeune parti des terrains marocains peut se faire une place parmi les meilleurs au monde: "C'est là que le parcours d'Azzedine prend tout son sens. Il envoie un message limpide à chaque enfant qui tape dans un ballon à Casablanca, à Kénitra ou à Marrakech : rien n'est impossible. Le travail crée les conditions pour saisir l'opportunité. Ce garçon, parti de nos terrains, a fini par éclore sur la plus grande scène du football."
Et de conclure: "Il n'y a donc pas d'opposition à construire entre locaux et diaspora, mais un cap à tenir: se doter de références de haut niveau et permettre à la fois à nos clubs et à nos joueurs de relever le curseur. C'est exactement ce que fait l'Académie Mohammed VI de football, un bel exemple de ce que produit un projet ambitieux et patient. Le développement du football national passera par là : élever le niveau chez nous, pour que rester au pays ne soit jamais un plafond, mais un tremplin."
Jeudi 9 juillet, un nouveau défi attend les Lions de l'Atlas. Opposés à la France en quarts de finale, les Lions de l'Atlas tenteront de poursuivre leur aventure mondiale face à l'un des favoris du tournoi. Dans ce rendez-vous qui s'annonce décisif, tous les regards seront une nouvelle fois tournés vers Azzedine Ounahi.
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