Société
Après le baccalauréat: comment l’intelligence artificielle redessine la carte des formations et du marché de l’emploi?
18/05/2026 - 12:02
Halima Aamir
À l’approche des examens du baccalauréat, le débat revient au sein des milieux éducatifs autour des choix d’orientation et des filières capables d’assurer un avenir professionnel stable aux élèves, dans un contexte marqué par les mutations accélérées imposées par l’intelligence artificielle sur le marché du travail.
Alors que de nouveaux métiers émergent, d’autres professions, autrefois considérées parmi les plus recherchées, commencent progressivement à perdre du terrain.
Plusieurs pays s’orientent désormais vers des formations liées à la programmation, à la data science, à la cybersécurité ou encore au développement d’applications, l’intelligence artificielle s’imposant aujourd’hui comme l’un des principaux secteurs appelés à restructurer l’économie de demain. Cette évolution soulève des interrogations quant à la capacité du système de formation marocain à suivre le rythme des transformations numériques mondiales.
L’orientation scolaire face au défi des métiers du futur
Dans ce contexte, le conseiller en orientation scolaire à la direction provinciale du ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports à Hay Hassani, Hassan Ahnech, estime que l’intelligence artificielle offre aujourd’hui plusieurs outils importants, tout en posant de nombreuses problématiques liées à la reconfiguration du paysage professionnel, notamment avec le risque de disparition de certains métiers dans les années à venir.
Dans une déclaration à SNRTnews, il explique que l’un des principaux défis réside dans l’absence, au Maroc, d’un système prospectif précis permettant d’identifier de manière méthodique les métiers susceptibles de décliner ou de disparaître au cours des cinq prochaines années.
Contrairement à plusieurs pays qui s’appuient sur des études périodiques pour analyser les évolutions du marché du travail et les intégrer directement aux politiques d’orientation et de formation, le Maroc ne dispose pas encore d’un tel dispositif structuré.
Selon lui, l’orientation scolaire est aujourd’hui appelée à accompagner les métiers d’avenir, en particulier ceux dont les contours deviennent de plus en plus visibles. Certaines filières traditionnelles n’offrent plus les mêmes perspectives qu’auparavant. Il cite notamment la profession comptable, qui, selon lui, ne devrait plus être envisagée selon les schémas classiques, dans la mesure où l’intelligence artificielle est désormais capable d’automatiser une partie importante des tâches comptables avec précision.
Des métiers menacés, d’autres plus résilients
En parallèle, Hassan Ahnech souligne que certaines professions continueront d’exister malgré l’intégration des outils d’intelligence artificielle, notamment celles reposant sur une forte intervention humaine. Il prend l’exemple de la médecine, où les technologies peuvent contribuer au diagnostic et à l’analyse des données, tandis que le médecin demeure responsable de la décision thérapeutique et du suivi du patient.
Il indique également que certains métiers liés à l’organisation d’événements, à la planification, à la coordination ou encore à la formation et à la transmission des compétences pourraient connaître un recul important ou de profondes transformations sous l’effet du recours croissant aux solutions intelligentes.
À l’inverse, certaines professions continueront, selon lui, à dépendre fortement du facteur humain, notamment en raison de leur dimension créative, relationnelle ou décisionnelle dans des contextes complexes.
Réformer les formations et rapprocher l’apprentissage du marché de l’emploi
Le conseiller estime par ailleurs que les acteurs de la formation professionnelle ont pris conscience de ces mutations qui redessinent progressivement la carte des métiers du futur. Cette prise de conscience commence à se refléter dans plusieurs nouveaux projets de formation, notamment au sein des Cités des métiers et des compétences, qui adoptent une approche davantage orientée vers l’adéquation entre les apprentissages et les besoins réels du marché du travail, au-delà des métiers traditionnels.
Selon lui, cette évolution s’inscrit dans une nouvelle logique de formation fondée sur “l’apprentissage par l’action”, plutôt que sur un enseignement purement théorique. L’objectif est de préparer des profils disposant de compétences directement mobilisables dans un marché du travail en mutation rapide, sous l’effet des transformations technologiques et de l’intelligence artificielle.
Dans le même temps, plusieurs universités et grandes écoles marocaines ont commencé à intégrer des cursus liés à l’intelligence artificielle, aux sciences des données et à la transformation numérique, en réponse à une demande croissante aussi bien de la part des étudiants que des entreprises à la recherche de compétences capables d’accompagner la révolution digitale.
L’intelligence artificielle ne remplace pas l’humain
De son côté, le directeur de l’École nationale de l’intelligence artificielle, Jaafar Khaled, estime que l’intelligence artificielle ne signifie pas nécessairement la disparition des métiers ou le remplacement de l’humain, contrairement à certaines idées largement répandues. Selon lui, elle participe plutôt à la transformation et à l’évolution des fonctions professionnelles, tout en renforçant les compétences dont le Maroc a besoin.
Dans une déclaration à SNRTnews, il explique que les établissements de formation ne travaillent pas à la suppression des métiers, mais à leur adaptation aux mutations numériques qui touchent le marché du travail. Il cite notamment le domaine de l’irrigation, où le Maroc souffrait auparavant d’un manque d’ingénieurs spécialisés, avant que les outils numériques et les technologies d’intelligence artificielle ne contribuent à améliorer les mécanismes de gestion du secteur.
Il ajoute que l’objectif de ces formations est de développer les capacités des étudiants et de les préparer aux transformations imposées par la nouvelle génération numérique, afin qu’ils soient davantage capables de s’adapter aux évolutions technologiques et aux exigences futures du marché de l’emploi.
Selon lui, certains métiers sont effectivement appelés à disparaître ou à décliner, tandis que de nouvelles professions nécessitant des compétences avancées émergent progressivement, notamment dans les domaines de la cybersécurité, des systèmes d’information, de la robotique ou encore de l’ingénierie et de la programmation assistées par intelligence artificielle.
Dans ce cadre, il souligne que l’intelligence artificielle constitue aujourd’hui un outil d’assistance pour les développeurs et les professionnels, permettant d’accélérer l’exécution des tâches et d’améliorer les performances, sans pour autant supprimer la nécessité de l’intervention humaine. L’humain reste, selon lui, essentiel dans les processus de création, d’orientation et de prise de décision.
Enfin, malgré l’émergence de nouveaux métiers liés à l’intelligence artificielle, Jaafar Khaled estime que le développement de ces secteurs restera étroitement dépendant des expertises humaines capables d’encadrer les technologies et d’en optimiser l’usage.
Cette mutation soulève ainsi, selon lui, de nombreuses interrogations quant à la capacité des établissements d’enseignement supérieur à faire évoluer leurs programmes et leurs méthodes pédagogiques afin de répondre aux transformations rapides du numérique et du marché du travail.
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