Economie
Barrages au Maroc: Un bouclier stratégique pour la souveraineté hydrique
16/02/2026 - 09:30
Morad Karakhi
La politique des barrages constitue l'un des piliers stratégiques majeurs adoptés par le Maroc depuis des décennies pour garantir sa sécurité hydrique et faire face aux aléas climatiques. Initiée sous le règne de feu Sa Majesté le Roi Hassan II, cette vision s'est poursuivie et renforcée sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Le Maroc a pris conscience très tôt de l'importance de l'anticipation dans la gestion des ressources en eau. Considérant que "le Royaume est un pays semi-aride qui ne peut gagner la bataille du développement sans la maîtrise de l'eau", cette conviction s'est traduite par le lancement d'une politique nationale ambitieuse. Celle-ci a fait du Maroc un modèle régional en matière de stockage hydrique et de gestion de la rareté.
Grâce à cette vision, le pays est passé d'une situation de vulnérabilité à la possession d'une infrastructure hydraulique avancée. Elle a permis de sécuriser l'approvisionnement en eau potable, de soutenir l'agriculture irriguée, de protéger les villes contre les inondations et de contribuer à la production d'énergie hydroélectrique. Aujourd'hui, cette dynamique s'intensifie, la sécurité hydrique étant devenue une priorité nationale face au changement climatique, reposant sur les principes de prospective, de solidarité et de justice territoriale.
Une infrastructure massive
Le Maroc compte actuellement 154 grands barrages, offrant une capacité de stockage globale dépassant les 20 milliards de mètres cubes, ce qui reflète l'ampleur de l'investissement public continu dans ce secteur.
Selon les données confirmées par le ministre de l'Équipement et de l'Eau, Nizar Baraka, les travaux se poursuivent pour la réalisation de 14 nouveaux grands barrages, tandis que deux autres ont récemment été achevés et sont entrés en exploitation. Ces efforts ne se limitent pas aux grandes structures : ils incluent également les barrages moyens et collinaires, essentiels pour l'approvisionnement du monde rural, le soutien à l'agriculture solidaire et la protection des zones montagneuses. À ce titre, quatre barrages moyens sont en cours de construction, deux sont programmés, et 155 barrages collinaires sont prévus à l'horizon 2027.
Une soupape de sécurité nationale
Pour Abderrahim Handouf, expert en politiques hydriques, la politique des barrages n'est plus un simple choix de développement, mais une nécessité existentielle.
Dans une déclaration à SNRTnews, M. Handouf explique que "le premier grand bénéfice des barrages réside dans la protection contre la sécheresse. Ils permettent de stocker l'eau durant les années d'abondance pour l'utiliser en période de pénurie, évitant ainsi au Maroc des scénarios de soif aiguë observés ailleurs". Il souligne également que ces ouvrages maintiennent l'activité agricole, pilier de la sécurité alimentaire nationale.
Concernant les inondations, l'expert précise que les barrages jouent un rôle crucial dans la régulation du débit des oueds: "Les récentes inondations dans certaines régions ont démontré leur importance pour limiter les dégâts en retenant d'importantes masses d'eau. Sans ces installations, les pertes humaines et matérielles auraient été dédoublées".
M. Handouf note enfin que les barrages soutiennent la transition énergétique via l'hydroélectricité et favorisent la recharge des nappes phréatiques, garantissant ainsi la durabilité des ressources souterraines.
Défis techniques et solutions durables
Abordant les contraintes, l'expert pointe du doigt l'envasement des barrages, qui réduit leur capacité de stockage au fil du temps. Il préconise une approche proactive incluant le reboisement et la protection des bassins versants pour limiter l'érosion des sols, ainsi que la construction de petits seuils en amont pour retenir les sédiments.
En conclusion, la politique des barrages au Maroc a prouvé son efficacité au fil des décennies. Elle représente un véritable "bouclier hydrique" qui consolide la souveraineté nationale et renforce la résilience du Royaume face aux dérèglements climatiques.
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