Politique
Cannabis : un débat politique stupéfiant...
22/02/2021 - 16:44
Ghita Ismaili
En fervent défenseur de la légalisation du cannabis, l'Istiqlal a appelé à libérer les cultivateurs de la «peur qui les hante» alors que le PAM a alerté sur les dangers de la surexploitation des ressources hydriques.
Ce n’est pas la première fois que les partis s’expriment sur la culture du cannabis à l’approche des élections. Mais cette fois, le débat a été rouvert à l’initiative du Conseil social économique et social (CESE). Pour faire un état des lieux de la culture du cannabis au Maroc, l’institution présidée par Ahmed Réda Chami a tenu un débat virtuel sur le sujet, le 18 février dernier, avec notamment des représentants de partis politiques. Le Parti de l’Istiqlal (PI), représenté par le président de son groupe parlementaire de l’Unité et l’égalitarisme Noureddine Moudiane, a appelé une fois de plus à ouvrir un débat «sociétal large et responsable» sur la question.
Pour l’Istiqlal, il faut «trouver des solutions réalistes et des mesures économiques efficaces pour mettre fin à la souffrance des cultivateurs qui se sont retrouvés malgré eux à vivre de la culture de cannabis de par l’Histoire ». Cette situation les place en « liberté provisoire puisque selon les données du gouvernement, plus de 30.000 personnes sont recherchées ou poursuivies pour des accusations liées à la culture du cannabis », a souligné Noureddine Moudiane dans son intervention, dont la SNRT News détient copie.
Fins médicales
Le président du groupe istiqlalien a aussi appelé à faire la distinction entre les drogues dures et le kif qui est une «herbe locale et naturelle», pouvant être utilisée à des fins médicales, paramédicales et cosmétiques ou encore dans la construction, comme c’est le cas dans plusieurs pays en Europe ou en Amérique. Pour défendre sa position, Noureddine Moudiane a cité, entre autres, la décision rendue le 3 décembre dernier par la Commission des stupéfiants des Nations unies (CND) de retirer le cannabis des listes de contrôle les plus strictes - où il a figuré pendant 59 ans - qui décourageaient même son utilisation à des fins médicales.
Validée par un vote de 27 voix pour, 25 contre et une abstention, cette décision a «ouvert la voie à la reconnaissance du potentiel médicinal et thérapeutique de cette drogue, bien que son utilisation à des fins non médicales et non scientifiques reste illégale», soulignait alors la CND. L’Istiqlal propose ainsi de légaliser cette culture pour ses «multiples bénéfices médicaux et économiques, confirmés par de nombreuses études et recherches internationales et nationales». Le parti appelle à s’inspirer des expériences internationales pour l’exploiter autrement et les convertir en «produits médicinaux et cosmétiques», entre autres.
Surexploitation
Noureddine Moudiane a, aussi, alerté sur les dangers des variétés de cannabis hybrides, comme la «Kherdala» et la «Critica», très gourmandes en eau, sur l’environnement. Ce volet a été également évoqué par le Parti authenticité et modernité (PAM), par la voix du président du Conseil provincial de Chefchaouen. Abderrahim Bouazza, qui a aussi participé au débat du CESE. Il a consacré son intervention sur les « répercussions négatives » de la culture du cannabis sur l’environnement et la surexploitation des ressources hydriques. Il a insisté sur l’impact économique «faible» de cette culture sur les petits agriculteurs et les «conséquences sociales de cette activité», dont «la pauvreté, l’exclusion sociale, la criminalité et la hausse des cas de de suicide».
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