Société
Chakib Guessous publie une étude sur les enfants qui grandissent en marge de la société
19/06/2025 - 11:17
Khaoula Benhaddou | Fahd MerrounLivrés à eux-mêmes, les enfants de la rue forment une population invisible, mais bien présente dans nos villes. Depuis de nombreuses années, ces enfants sont au cœur des préoccupations du sociologue Chakib Guessous, qui les a rencontrés, écoutés et surtout soutenus. Il vient de publier une étude intitulée "Survivre, enfants et jeunes de la rue", fruit de plus de trente années d'observation, de recherche et d’engagement.
Dans chaque recoin de rue, ou presque, se trouvent des enfants en bas âge, abandonnés à leur sort. Souvent issus de milieux défavorisés, ils vivent dans des conditions extrêmement précaires, exposés à la violence, aux abus, à l’exploitation et à la drogue.
Pour survivre, ils dorment à même le sol, devant des immeubles, des commerces ou sous des abribus. Ils mendient, nettoient des pare-brise ou effectuent des petits boulots informels pour subvenir à leurs besoins. Derrière ces parcours chaotiques se cachent des histoires de ruptures familiales, d’abandon, de maltraitance ou de pauvreté extrême.
Pendant plus de 30 ans, Chakib Guessous a étudié ce phénomène. Grâce à sa triple casquette de médecin, de sociologue et de militant associatif, il est allé à la rencontre de ces enfants, les a écoutés, accompagnés et aidés.
Avec son dernier ouvrage, "Survivre, enfants et jeunes de la rue", il souhaite lever le voile sur ce phénomène social et montrer l’étendue de la souffrance de ces enfants marginalisés.
"Je pense que les enfants de la rue m'ont collé à la peau depuis une trentaine d'années. Dans les années 1990, on m’a sollicité pour étudier les mineurs marocains non accompagnés en Italie. J’y ai passé deux ans, à raison d’une semaine par mois à Turin, pour les analyser, les observer de près", confie-t-il dans une interview accordée à SNRTnews.
Et de poursuivre: "En rentrant au Maroc, après le lancement de l’Initiative nationale pour le développement humain par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en 2005, nous avons créé l’association Riad Al Amal. Elle avait pour objectif de s’occuper de ces enfants, non pas uniquement en leur offrant un hébergement ou de la nourriture, mais en les réinsérant dans la société et, si possible, dans leur propre famille".
Riad Al Amal: une lueur d’espoir
Conscient de l’ampleur du phénomène, Chakib Guessous a fondé l’association Riyad Al Amal, qui a mis en place un protocole original de réinsertion des enfants de la rue. "C’est un protocole unique. Nous l’avons présenté à la communauté scientifique en 2019 et nous attendons leurs retours. Je sais que certains pays d’Amérique latine ont commencé à l’adopter", explique-t-il.
Ce protocole se déroule en plusieurs étapes. Dans un premier temps, l’enfant est maintenu dans la rue pour l’aider à se libérer de toute addiction. Ensuite, il est accueilli, encadré et préparé à devenir autonome à l’âge adulte. "Nous avons aussi des jeunes de 20, 25, voire 30 ans qui vivent encore dans la rue. Ils méritent également d’être pris en charge pour qu’ils puissent devenir indépendants".
En parallèle de cet accompagnement, l’association a également mené plusieurs études scientifiques sur le phénomène, répondant aux standards de rigueur académique.
Causes, profils et milieux sociaux
Selon l’étude de Chakib Guessous, les causes qui poussent les enfants à fuguer sont multiples et souvent entremêlées: Conflits familiaux, violences physiques ou psychologiques, divorces, remariages, injustice, hogra, échec scolaire, ou encore addictions. Tous ces facteurs peuvent mener un enfant à quitter son foyer et à se retrouver seul dans la rue comme l’explique le spécialiste"Plusieurs problèmes poussent les enfants à fuir la maison: les disputes entre parents, la hogra, les violences, les ruptures familiales. Nous trouvons également des filles qui sont tombées enceinte et qui ont peur de la réaction de leur famille sans oublier les anciens prisonniers rejetés par les proches et par la société".
Aujourd’hui, ces enfants passent souvent inaperçus et sont abandonnés à leurs sorts. Les associations sont dépassées et les autorités n’ont pas souvent de réponses suffisantes à apporter comme explique Chakib Guessous; "La société civile n’a pas les moyens. C’est très coûteux. Je parle en connaissance de cause. Depuis un ou deux ans, l’Entraide nationale - bras social de l’État - essaie de prendre ces enfants en charge. Il faut lui laisser le temps pour évaluer les résultats. À mon avis, il est impératif de miser sur la prévention".
Pour conclure, le sociologue rappelle que la réinsertion des enfants de la rue nécessite un effort collectif impliquant les pouvoirs publics, les associations, les chercheurs et l’ensemble des acteurs sociaux.
Articles en relations
Société
Société
Société
Société