Société
Chauffeurs marocains en Afrique: un maillon vital sous haute menace
07/08/2025 - 11:06
Morad Karakhi
Avec l’ouverture croissante du Maroc aux marchés d’Afrique subsaharienne, le transport de marchandises par camions vers ces pays est devenu un choix stratégique au sein de la chaîne logistique et d’exportation. Toutefois, derrière cette dynamique économique, se cache une réalité difficile: celle des chauffeurs routiers marocains qui affrontent quotidiennement des conditions extrêmes en parcourant des milliers de kilomètres à travers des routes dégradées et des zones instables
Au début du mois d’août 2025, le gouvernement malien, en coordination avec l’Agence nationale de sécurité d’État et la Direction Générale des Études et de la Documentation (DGED) marocaine, a annoncé la libération de quatre chauffeurs marocains. Ces derniers avaient été enlevés en janvier précédent par un groupe terroriste dans le nord-est du Burkina Faso, près de la frontière avec le Niger.
Un quotidien difficile
Les chauffeurs marocains assurant la liaison avec l’Afrique de l’Ouest parcourent de longues distances vers des pays comme le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso ou le Niger. Ces trajets peuvent durer plusieurs jours, au cours desquels ils traversent des déserts immenses et des routes non goudronnées. Les dangers sont multiples: pannes mécaniques, conditions climatiques extrêmes, et surtout menaces sécuritaires.
Khalid, chauffeur expérimenté, confie à SNRTnews que le premier obstacle rencontré reste la mauvaise qualité des infrastructures. À cela s’ajoutent des procédures administratives souvent complexes et une insécurité croissante après avoir franchi les frontières du Mali. Dans certaines zones, les chauffeurs risquent agressions physiques ou enlèvements, que ce soit par des bandits de grand chemin ou des groupes armés.
80 camions par jour
Mustapha Chaaoun, secrétaire général de l’Organisation démocratique du transport et de la logistique, souligne que tous ceux qui traversent le poste frontalier de Guerguerat vers l’Afrique subsaharienne sont pleinement conscients des risques encourus. Cette zone est connue pour être l’un des foyers d’activité des groupes terroristes, et souffre d’un manque flagrant de sécurité.
Dans une déclaration à SNRTnews, il explique que les chauffeurs marocains travaillent dans des conditions très difficiles, dès leur sortie du territoire national. Ils doivent faire face à des infrastructures inadaptées et à des législations étrangères parfois hostiles, les rendant vulnérables aux agressions et aux tracasseries.
M. Chaaoun appelle à une amélioration urgente de leurs conditions de travail, en soulignant leur rôle crucial dans le développement des échanges commerciaux avec le continent africain et dans la mise en œuvre de la politique de coopération sud-sud du Maroc. Il précise qu’environ 80 camions marocains franchissent chaque jour le poste de Guerguerat en direction de l’Afrique subsaharienne. Il salue les efforts entrepris par les autorités marocaines, notamment en coordination avec des pays partenaires comme le Mali, tout en appelant à une action collective pour garantir la sécurité de ces professionnels essentiels.
Précautions nécessaires
Pour Charki El Hachemi, secrétaire général des professionnels du transport national et international, les chauffeurs marocains qui se rendent en Afrique font face à de nombreuses contraintes. À peine les frontières marocaines franchies, ils sont exposés à des pressions, des menaces, et parfois à des agressions.
Dans sa déclaration à SNRTnews, il décrit des conditions climatiques extrêmes, avec des températures dépassant les 50 °C en été. Les chauffeurs parcourent des axes dangereux, souvent isolés, où l’activité des groupes armés et terroristes constitue une menace constante pour leur sécurité.
M. El Hachmi rappelle que plusieurs recommandations ont été diffusées pour réduire les risques. Il s’agit notamment de planifier à l’avance les itinéraires sûrs, éviter les zones à haut risque, privilégier les routes internationales principales, et maintenir une coordination étroite avec les ambassades et consulats marocains via le partage régulier des plans de route et de la géolocalisation.
Il insiste aussi sur l’importance de voyager en convoi, surtout dans les régions isolées, et d’éviter les trajets nocturnes afin de limiter les risques d’embuscades. Enfin, il appelle à une vérification rigoureuse de l’état du véhicule avant le départ : moteur, freins, pneus, système de refroidissement, mais aussi équipements d’urgence, extincteurs, outils de réparation et système GPS actif.
Les professionnels du secteur plaident pour l’instauration d’un cadre réglementaire dédié au transport de marchandises vers l’Afrique. Celui-ci devrait inclure une couverture d’assurance complète pour les chauffeurs à l’étranger, le renforcement de la sécurité dans les zones de transit, la création d’aires de repos tout au long des corridors africains, et un accompagnement consulaire renforcé pour protéger ces acteurs-clés du commerce régional.
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