Sport
Des recrutements aux litiges, le cercle vicieux du mercato de la Botola
10/01/2023 - 17:36
Nassim El Kerf
Le mercato de la Botola est ouvert depuis le 3 janvier. Les clubs marocains s'activent pour se renforcer lors de cette période cruciale de la saison et combler les vides laissés par les départs, les blessures ou les erreurs de castings du mercato estival. Pour mettre un terme aux recrutements à tour de bras, causant des litiges cumulés pour les clubs, la FRMF a décidé de resserrer la vis.
C’est un secret de polichinelle. La majorité des clubs professionnels évoluant en Botola Pro 1 et 2, vivent une terrible crise financière. Qu’elle soit due au Covid-19, où à tes antécédents de litiges cumulés, les caisses des clubs se vident à coup de millions de dirhams payés aux profits des joueurs dans un système qui a déjà montré toutes ses limites.
Une bonne intention
En effet, depuis quelques saisons, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a opté pour un système "d’accompagnement" au club dans la gestion de leurs ressources financières, tout en garantissant aux joueurs leurs droits, comme l’indiquent leurs contrats professionnels signés avec les différents clubs.
Dans ce sens, la FRMF se réserve le droit de priver les équipes de leurs dotations annuelles ou de leurs primes liées aux droits TV, pour payer prioritairement les joueurs en litiges avec les écuries. Sauf que ces sommes, qui peuvent aller jusqu’à 6 ou 7 millions de dirhams pour les clubs bien classés, ne suffisent plus pour régler le cumul des dossiers bloqués à la Chambre nationale de résolution des litiges (CNRL).
Des clubs qui en profitent (dans le mauvais sens)
Avec le nombre de dossiers à gérer de manière quotidienne par la CNRL, les dossiers prennent du temps pour être étudiés en vue du verdict final. Suite à ce verdict, les deux parties se réservent le droit de faire appel en saisissant d’autres autorités compétentes internationales, comme la FIFA ou le Tribunal arbitral du sport (TAS). Mais les frais de dossiers des deux instances citées sont parfois décourageants pour une des deux parties qui préfèrent se contenter du premier verdict émanant de la CNRL.
Une situation qui cause un véritable blocage au niveau de la Chambre. Par conséquent, les dossiers traînent pour de longues saisons.
Pour mettre un terme à cette fâcheuse habitude des clubs, qui est de libérer les joueurs, ou de les priver de leurs droits en attendant le verdict de la commission de gestion des litiges et le paiement en différé, la FRMF tape des poings sur la table, privant officiellement les mauvais payeurs de recrutements.
Briser le cercle vicieux
Pressés par leurs supporters, des dirigeants de clubs estiment que la période de recrutement est une période de réconciliation ou une occasion de rassurer les fans en faisant signer des joueurs de qualité. Sauf que des fois, cette politique engouffre le club dans sa crise financière.
Peut-être pas dans l’immédiat, mais des recrutements non ciblés, ou ceux qui ne passent pas par le circuit Direction technique-staff technique-dirigeants, finissent par endetter de manière chronique un club comme le Raja à titre d’exemple. Ou encore le Moghreb de Tétouan et l'Ittihad de Tanger qui sont dans une situation plus compliquée puisqu'ils n'ont pas réussi à qualifier plusieurs joueurs recrutés cet été, en attendant le règlement des précédents litiges.
Le club vert qui a remporté la coupe Mohammed VI des clubs champions il y’a moins de deux ans, avec plus de 6 millions de dollars à la clef, n’arrive toujours pas à sortir la tête de l’eau. Privé de recrutement jusqu’au règlement de certains vieux litiges (en attendant ceux à venir ndlr) estimés à un peu plus de 5 millions de dirhams, le club a lancé un appel aux dons en créant une plateforme dédiée, où supporters, sympathisants, adhérents et dirigeants peuvent aider le club en versant n’importe quelle somme.
Rien de nouveau dans le football marocain, ou de scandaleux lorsqu’on sait que la grande majorité de clubs vit en grande partie grâce aux dons des composantes comme l’indique leurs rapports financiers respectifs.
Mais c’est la raison derrière le lancement des appels aux dons qui nous pousse à nous poser des questions quant à l’avenir financier d’un tel club, tout comme le reste des équipes à quelques exceptions près qui sont dans le vert, comme le FUS, la Renaissance de Berkane ou encore l’AS FAR.
Généralement, l’argent récolté sert à régler les litiges urgents, pour justement, lever la suspension du marché des transferts, recruter pour ensuite libérer et causer de nouveaux litiges… un cercle vicieux loin d’être terminé, qui plombe l’image des clubs marocains et la concurrence sur le long terme avec des géants omnisports du continent, mieux structurés et indépendants financièrement comme les Sud-africains du Mamelodi Sundowns, les Egyptiens d’Al Ahly, le Zamalek ou encore Simba, le club tanzanien.
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