Art & Culture
Dikra ramadanesque: Abdelkader Lotfi, l'élégance d’un parcours entre scène et écran
09/03/2026 - 20:01
Halima AamirDans cet épisode, la capsule "Dikra ramadanesque" revisite les pages d'une carrière artistique foisonnante : celle du regretté artiste marocain Abdelkader Lotfi. Décédé le mardi 23 décembre 2008 à l'âge de 68 ans, il a laissé derrière lui un héritage imposant sur les planches de théâtre ainsi que devant les objectifs de la télévision et du cinéma.
Sa disparition a marqué la fin de l'acte pour un membre de cette génération ayant consolidé les bases du jeu d’acteur au Maroc. Pourtant, ses œuvres demeurent vivaces dans la mémoire collective, réémergeant à chaque rediffusion, particulièrement ses rôles comiques qui ont su avec brio dessiner des sourires sur les visages des Marocains.
Les débuts : de l’enseignement aux planches
Né le 16 juin 1943 à Casablanca, c’est dans cette ville qu’Abdelkader Lotfi forge ses premières armes artistiques. Au début des années 1960, il fait ses premiers pas dans le théâtre amateur en rejoignant la troupe "ATajriba". Selon le réalisateur Chafik Shimi, cette formation fut une étape charnière, rompant avec les moules occidentaux dominants de l'époque pour ouvrir de nouveaux horizons à la pratique théâtrale.
Sa première apparition scénique a lieu dans la pièce "Lghoul" (L'Ogre), une adaptation de Moulay Ahmed Zennaki du célèbre film japonais "Rashomon". Ce spectacle fut le point de départ d'un long itinéraire artistique, bâti avec persévérance et une présence remarquablement stable.
Parallèlement à sa carrière artistique, Lotfi a concilié l'art et l'éducation en exerçant comme professeur de langue française. Il s'est également investi dans le syndicat des professionnels du théâtre (section Casablanca), contribuant à l'encadrement du secteur. Après sa retraite, il s'est consacré entièrement à la création, devenant un visage familier et régulier des écrans marocains.
Considéré comme l'un des bâtisseurs de la comédie marocaine, il a accumulé une expérience discrète mais profonde dès les années 60. Préférant le travail calme et appliqué, il choisissait ses rôles avec soin, ce qui lui conférait une présence équilibrée à l’écran.
"Jebbour" : le personnage qui a conquis les foyers
Le nom d'Abdelkader Lotfi reste indissociable du personnage de "Jebbour" dans le sit com "Lalla Fatima", l'une des productions télévisuelles majeures du début du troisième millénaire.
Il a incarné ce rôle avec une légèreté d'esprit et une spontanéité désarmante, aux côtés des regrettés Khadija Assad et Aziz Saâdallah. "Jebbour" est ainsi devenu un membre de la famille pour les Marocains durant les trois saisons diffusées entre 2001 et 2003. En 2005, il revient sur le devant de la scène dans la série "Une famille très respectable" du réalisateur Kamal Kamal, confirmant sa capacité à naviguer avec aisance entre les registres dramatique et comique.
Entre cinéma et télévision: une présence renouvelée
Abdelkader Lotfi ne s’est pas enfermé dans le registre de l'humour. Il a élargi son spectre à la fiction historique et sociale, ainsi qu’à des productions cinématographiques marocaines et arabes de renom.
On l'a ainsi retrouvé dans des séries telles que "Les Rois des Taïfas" et "Le Printemps de Cordoue". Sa filmographie comprend également des titres comme "Où vas-tu Moshé ?", "Ali Baba et les quarante voleurs", "Maktoub", "Hira", "Saïda", "Sarb Al Hamam", ou encore Abdou chez les Almohades.
Son téléfilm "Le Manteau de mon père" demeure l'un de ses rôles les plus marquants. Il y incarnait un père d'une avarice extrême, refusant de dépenser pour sa famille et s'accrochant à un vieux manteau où il dissimulait sa fortune. Sa réplique culte "Kabbouti, kabbouti !" (Mon manteau, mon manteau !), lancée lors de ses échanges avec l'acteur Youssef Joundi, reste gravée dans l'esprit du public.
À travers cette diversité d'œuvres, incluant également "Le Silence de la nuit" (1996) ou "Le Papillon noir" (2002), Abdelkader Lotfi a prouvé qu'il était un acteur complet, capable d'habiter les personnages les plus contrastés.
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