Art & Culture
"El Sett" au FIFM: le biopic d’Oum Kalthoum en première mondiale à Marrakech
03/12/2025 - 15:03
Morad Karakhi | Fahd MerrounLe film égyptien "El Sett" a été projeté en avant-première presse, ce mercredi 3 décembre au Musée Yves Saint Laurent, en plein centre de Marrakech. Le réalisateur Marwan Hamed a souligné que le festival a joué un rôle décisif dans la genèse du projet, né grâce au soutien initial des Ateliers de l’Atlas.
Doté d’un budget de 8 millions de dollars, El Sett retrace le parcours d’Oum Kalthoum, depuis son enfance dans un village du delta égyptien au sein d’une société conservatrice, jusqu’à son accession au rang d’icône de la musique arabe. Le film met en lumière son enfance, lorsqu’elle chantait déguisée en garçon, les rejets qu’elle a affrontés et les risques encourus pour défendre son talent. Il évoque aussi les sacrifices consentis, renoncer à l’amour et au rêve d’une famille, pour faire de sa voix un message et de la scène sa patrie.
Même lorsque la maladie l’a frappée, Oum Kalthoum est restée stoïque. L’œuvre montre comment l’artiste est passée du statut d’interprète adulée à celui de symbole d’unité pour des millions d’Arabes, dans une époque de revers et de défaites, une voix inscrite à jamais dans la mémoire collective et devenue une part de l’identité d’une nation. Sa projection en première mondiale ce soir à Marrakech, ouverte au public, a d’ailleurs suscité des débats en Égypte.
Lors d’une conférence de presse animée par le critique Jamal El Khannoussi, le trio du film, la tête d’affiche Mona Zaki, le réalisateur Marwan Hamed et le scénariste Ahmed Mourad, a détaillé la démarche artistique et la reconstitution de l’univers d’Oum Kalthoum.
Marwan Hamed a remercié le Festival de Marrakech, rappelant que le projet avait été présenté l’an dernier aux Ateliers de l’Atlas. "Je suis passionné par les films biographiques. Le genre connaît un engouement mondial et notre monde arabe regorge de figures dont l’histoire mérite d’être portée à l’écran, à commencer par Oum Kalthoum", a-t-il déclaré.
Il a précisé que le film s’attache à mesurer l’influence durable de la chanteuse: "Cinquante ans après sa disparition, sa présence demeure, non seulement par le talent, mais aussi grâce aux étapes et épreuves qui ont façonné une femme hors du commun."
Mona Zaki s’est dite heureuse de présenter El Sett au Festival International du Film de Marrakech, "l’un des rendez-vous cinématographiques majeurs du monde arabe". "C’est le rôle le plus difficile de ma carrière, car nous avons privilégié la dimension humaine de la vie d’Oum Kalthoum, souvent méconnue", a-t-elle affirmé.
Répondant aux critiques, notamment en Égypte, autour de l’apparence d’Oum Kalthoum à l’écran, elle a expliqué: "Nous avons voulu révéler sa part cachée: sa rigueur envers elle-même, ses liens familiaux, les défis d’une jeune fille rurale en ascension vers la gloire, sa longue solitude et son combat contre la maladie".
L’actrice a confié avoir travaillé plus d’un an sur le rôle, avec plusieurs coachs en voix et en performance, une expérience "profondément bouleversante".
Pour sa part, le scénariste Ahmed Mourad a décrit El Sett comme l’une des écritures les plus exigeantes de sa carrière. "Nous nous sommes concentrés sur l’intime et le méconnu dans la vie d’Oum Kalthoum, une artiste qui a marqué l’histoire de la musique arabe et mondiale. Notre film ne cherche pas à concurrencer les œuvres précédentes; il propose un regard nouveau destiné aux générations actuelles et futures", a-t-il conclu.
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