Société
Enfants "thérapeutes": quand le rôle s’inverse au sein de la famille
26/04/2026 - 10:14
Khaoula Benhaddou
Ils écoutent, consolent, conseillent. Parfois même, ils portent des secrets d’adultes. Les “enfants thérapeutes” de leurs parents, appelés également "enfants parentifiés", assument un rôle émotionnel qui dépasse largement leur âge. Un phénomène discret, mais aux impacts profonds sur le développement psychologique.
Dans certaines familles fragilisées notamment par les conflits conjugaux, séparation, maladie, précarité ou détresse psychologique, l’enfant devient un soutien affectif pour le parent. Il peut être amené à écouter les problèmes, apaiser les tensions ou encore jouer les médiateurs.
Ce processus, souvent inconscient, est désigné en psychologie sous le terme de parentification. L’enfant endosse alors des responsabilités émotionnelles qui ne lui appartiennent pas.
Contacté par SNRTnews, le pédopsychiatre Bouchaib Kerroumi tient d’abord à nuancer cette appellation "D'abord, le terme thérapeute, est réservé aux professionnels, ni aux parents, ni aux enfants. Mais dans certains cas notamment dans les familles où les parents ont des difficultés soient conjugales, soient économiques qui les affectent, cela se répercutent directement sur les enfants qui prennent en charge la responsabilité d’aider le parent".
Le spécialiste distingue deux grandes configurations. Dans la première, l’enfant s’implique de lui-même "Inconsciemment, certains enfants s’impliquent eux même. Ils commencent à aider le parent qui est fragile, affecté ou sensible ou qui est parfois dans une position de victime donc, ils inversent le rôle, c'est-à-dire, l'enfant commence à aider, à donner des conseils, à s'occuper du parent en question, sans que ce parent le demande".
Dans la seconde, plus préoccupante, ce sont les parents qui sollicitent directement l’enfant "Dans ces cas, c'est quand même quelque chose de plus grave, parce que c'est des adultes en situation de parent, et qui ne sont plus capables d'assurer leurs propres problèmes, et qui impliquent leurs enfants dans une configuration qui est inversée. L'enfant qui s'occupe du parent, et le parent se laisse aller dans cette situation pour plusieurs raisons".
Des enfants “trop matures” pour leur âge
À première vue, ces enfants peuvent sembler particulièrement responsables, empathiques et mûrs. Mais cette maturité précoce cache souvent un déséquilibre. En mettant de côté leurs propres besoins, ils apprennent à prioriser ceux de leurs parents.
"On implique des enfants, quel que soit leur âge, dans des difficultés et des problèmes de grand alors qu'ils ne sont pas préparés et bien sûr cela a des répercussions sur leur développement et sur leur épanouissement personnel".
Au quotidien, cela peut se traduire par un repli sur soi et des difficultés scolaires "en aidant son parent à gérer ses problèmes de grands, l’enfant délaisse son épanouissement, son développement normal, ses relations avec les amis, parce que souvent, il se met en retrait, peine dans sa scolarité. Et ça va se sentir également dans sa qualité de sommeil, dans sa qualité de vie, dans sa scolarité, dans sa vie relationnelle avec ses amis et les enfants de son âge" explique le spécialiste.
À long terme, les répercussions peuvent être profondes sur ces enfants "à long terme, cette situation va impacter leurs relations futures en couple, ou même avec leurs propres enfants parce qu’ils ont grandi dans une famille où les parents sont en faillite, c'est des parents qui n'assurent pas leur rôle, qui n'ont pas la responsabilité. Ces enfants vont va intégrer une image négative de l'esprit de famille, de la responsabilité des adultes, et évidemment, dans les choix de vie conjugale …"
Comment prévenir et agir ?
Pour Bouchaib Kerroumi, la priorité est claire "D'abord, la première chose c'est que les parents doivent gérer leurs problèmes eux-mêmes, faire appel à des adultes de la famille ou à des professionnels. On ne peut pas laisser les enfants comme ça. Ce n'est pas une solution".
Et de conclure "il faut absolument décharger l’enfant de cette responsabilité. L’enfant doit également faire une thérapie, sinon il sera dans une situation difficile à l’âge adulte et il aura certainement des problèmes pour gérer sa vie conjugale et sa vie de parent."
Grandir ne devrait jamais signifier porter le poids des adultes. Derrière ces enfants “trop forts” se cachent souvent des fragilités invisibles. Les protéger, c’est aussi rappeler une évidence : dans une famille, chacun doit rester à sa place et l’enfance ne devrait jamais être un rôle à assumer, mais un droit à préserver.
Articles en relations
Société
Monde
Société
Monde