Sport
Faouzi Benzarti... Arrête-le si tu peux
09/07/2022 - 18:00
Nassim El Kerf
Faouzi Benzarti sera sur le banc du Raja pour la prochaine saison. L’entraîneur tunisien fera son retour au Maroc, une saison après son passage au Wydad et 8 ans après son dernier passage chez les Verts. Comment est-ce que le plus volatil des entraîneurs a toujours autant la cote auprès des clubs du Maghreb ? Portrait de Faouzi l’instable, Benzarti l’insatiable.
Il est de retour. Une saison seulement après avoir quitté le banc du Wydad, Faouzi Benzarti revient au Maroc par la grande porte du Raja. La même porte que l’entraîneur tunisien a claquée il y’a déjà 8 ans en quittant les Verts après une saison exceptionnelle. Une porte qu’il laissera entrouverte une saison plus tard, lorsque son "faux retour" avait déjà fait couler beaucoup d’encre.
Mais parce que le temps passe, l’humain oublie et les résultats sont indélébiles, l’entraîneur tunisien reviendra la saison prochaine au Raja avec pour mission : faire oublier la saison blanche des Verts, placée sous le signe de l’instabilité.
Pour y mettre un terme, Aziz El Badraoui a jeté son dévolu sur le plus instable des entraîneurs. Illogique ? Pas tant que ça. En signant Benzarti, le Raja mise sur les résultats immédiats. Et malgré toutes les craintes autour de sa signature, le technicien détient les secrets de la réussite à Casablanca avec la même philosophie de jeu et la même culture de la gagne, aussi éphémère soit-elle.
Garantie un an
En signant Faouzi Benzarti, Aziz El Badraoui sait à quoi s’attendre. Ce n’est pas pour rien que le président du Raja a fait le déplacement Casablanca-Tunis en moins de 24 heures pour sceller l’accord verbal trouvé avec le coach tunisien. El Badraoui sait d’emblée que pour obtenir des résultats immédiats, dès la saison prochaine, il faudra compter sur un homme "qui connaît la maison" et son entourage bien qu'il soit suspendu six matchs par la Fédération royale marocaine de football (FRMF).
Traditionnellement, quand Benzarti pose ses bagages quelque part c’est pour une courte durée n'excédant en moyenne pas une saison. Mais partout où il passe, Faouzi laisse son empreinte, peu importe sa couleur. Au Raja, comme lors de ses 39 précédentes expériences, "Monsieur Pressing" applique sa philosophie de jeu. Ses joueurs le savent pertinemment, l’équipe de Benzarti va presser l’adversaire et essayer d’imposer son style, peu importe l’équipe en face. Loin d’être un homme "matinal", ses séances d’entraînement se tiendront essentiellement dans l’après-midi, et ses sessions de préparation physique seront intenses et épuisantes.
La formule "gagnante"
Benzarti aura 16 hommes de confiance qui composeront son onze de départ et ils auront la même consigne tous les week-ends, presser haut et marquer vite. Pour défendre, Faouzi préfère priver l’adversaire du ballon, car après tout, quel danger peut présenter un adversaire sans ballon? La formule qui se répète à chacune de ses expériences présente les mêmes forces, mais surtout les mêmes limites. Au long de la saison, ses hommes de confiance s’épuisent, mais vers mai-juin, c’est souvent sur un podium que Benzarti songe à sa prochaine destination.
Elle peut diviser, mais sa formule marche… au moins au Maroc. En deux passages au Wydad, l’entraîneur tunisien le plus titré a remporté deux championnats. Au Raja, s’il a échoué à la toute dernière journée "sans comprendre pourquoi", il a mené les Verts à la finale de la Coupe du Monde des clubs en 2013. Un exploit qui lui ouvrira la porte du Palais Royal, où il sera décoré par SM le Roi Mohammed VI (Wissam de l'Officier de l'Ordre du Mérite civil).
Est-ce qu'il réussira à remettre sur les bons rails une maison qu’il connaît bien? Tout dépendra des moyens mis à sa disposition pour réussir. Car malgré ses airs d’insouciance, ses cheveux en pétard et sa chemise à moitié déboutonnée sur son banc, l’entraîneur de 72 ans est l’un des plus titrés, et plus exigeants du continent.
Coach entre deux vols
Avec quinze titres au compteur, Faouzi Benzarti est l’entraîneur tunisien le plus titré en activité. Né en 1950 à Monastir, il prendra les rênes de l’Union sportive locale en 1979 après un court passage à l’Olympique de Sidi Bouzid en 1977. Il y passera trois ans, l’une de ses plus longues périodes sur un seul et même banquet.
Sa formule lui forgera une réputation de "gagnant". Sollicité par les grandes écuries tunisiennes comme l’Espérance, le Club africain, l’Étoile du Sahel ou encore le CS Sfax, il enchaînera les expériences en Tunisie, avant d’accepter le poste de sélectionneur de la Libye sous le régime de Gaddafi (2007-2009). Entre deux vols et deux destinations, Benzarti prend le temps de gagner un titre où se battra pour, jusqu’au bout de la saison. De quoi faire l’unanimité (ou presque) au sein des supporters de ses clubs respectifs, et préparer le terrain pour un "très probable" retour. Parce qu'avec Faouzi, personne n’est à l’abri d’un vrai, ou faux départ.
En 2018, alors qu’il menait le Wydad tout droit vers un titre de champion du Maroc, il quitte la barque pour répondre à l’appel de la sélection tunisienne qu’il avait coaché sans succès entre 2009 et 2010. Cette fois bien parti pour rester ? Loin de là. Il sera remercié par la Fédération tunisienne au bout de trois matchs et trois victoires. À en croire certains médias tunisiens, le limogeage est dû à des mésententes avec les "vedettes" de la sélection.
Une vedette au sein d’une équipe de Faouzi Benzarti ? Jamais. Parce que la star c’est lui. Il fera ses bagages pour revenir finir le travail au Wydad et remporter la Botola Pro 2019.
Arrête-le si tu peux. La vie de Faouzi Benzarti est rythmée par le pressing qu’il impose aux adversaires, son jeu au sol et ses multiples vols entre la Libye, la Tunisie et le Maroc. On la comparerait presque à celle de Leonardo Di Caprio (Frank Abagnale) dans le film de Spielberg "Arrête-moi si tu peux", avec les chèques en bois en moins. La vie de Faouzi l’insatiable est sans repos, allant d’un endroit à l’autre en quête des premiers rôles, avant de filer voir si le soleil brille mieux ailleurs … au Maghreb.
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