Economie
Filière laitière: Trois questions à Mohammed Raita, Directeur Général de Maroc Lait
24/09/2025 - 11:27
Halima Aamir
Malgré la sécheresse persistante et la hausse des coûts de production, le secteur laitier marocain enregistre en 2025 une stabilisation de la production et confirme son autosuffisance en beurre, selon le Directeur Général de Maroc Lait, M. Mohammed Raita.
SNRTnews: Quelle a été la production du lait et produits laitiers en 2025 par rapport à 2024 et 2023?
M. Mohammed Raita: La production laitière a connu une nette progression entre 2023 et 2024 avant de se stabiliser en 2025. En 2023, le volume s’établissait à 1,96 milliard de litres. Grâce au soutien de l’État, notamment par la subvention partielle de 6 millions de quintaux d’aliments composés, et à l’augmentation de 30 % des prix payés aux éleveurs par les usines de Maroc Lait, la production a rebondi de 10 % en 2024 pour atteindre 2,15 milliards de litres. En 2025, elle devrait se stabiliser autour de 2,2 milliards de litres, malgré une sécheresse persistante, grâce à l’amélioration de la productivité moyenne par vache, passée de 3 000 litres/an en 2020 à environ 4 000 litres actuellement.
Comment ont évolué l’importation et la production nationale du beurre depuis 2020?
Avant 2020, le Maroc importait en moyenne 20 000 tonnes de beurre par an. Entre 2021 et 2025, la relance de la collecte, les investissements industriels et l’introduction de nouveaux procédés ont permis au pays de couvrir 100 % de ses besoins en beurre de consommation courante. Depuis 2024, le Maroc est même devenu exportateur net vers l’Afrique de l’Ouest. Cette transformation structurelle a généré une économie annuelle de plus de 500 millions de dirhams en devises grâce à la substitution des importations.
Les prix internationaux du beurre baissent. Qu’en est-il pour le Maroc?
À l’échelle mondiale, la forte hausse des prix du beurre observée entre 2020 et 2024 (+40 %) s’expliquait par la flambée des coûts de production, la forte demande en Asie et au Moyen-Orient et la baisse des disponibilités européennes. Une correction est désormais attendue en 2025–2026 avec le retour d’une offre plus abondante en Océanie et en Europe.
Au Maroc, l’impact de cette baisse restera limité. Le pays est désormais autosuffisant et exportateur de beurre courant, mais les coûts locaux de production, dominés par l’alimentation animale (60 à 70 % du prix de revient), demeurent élevés. Si les prix du lait restent encadrés par une régulation conjointe entre l’État et Maroc Lait afin de protéger le pouvoir d’achat des ménages, ceux du beurre obéissent à la loi de l’offre et de la demande, en lien avec l’évolution des marchés internationaux. À moyen terme, la tendance dépendra largement de la pluviométrie des prochaines années.
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