Economie
Le secteur laitier sous la loupe du Conseil de la Concurrence
02/07/2025 - 23:22
Khaoula Benhaddou
Pilier de l’économie agricole marocaine, la filière laitière mobilise plus de 260.000 producteurs. Elle dispose également d’un cheptel estimé à 1,6 millions de têtes et a généré 1,96 milliard de litres de lait en 2023. L’organisation de ce secteur et son évolution a été mise sous les projecteurs dans l’avis du conseil de concurrence sur 3l’état de la concurrence au niveau des circuits de distribution des produits alimentaires3
Le secteur laitier joue un rôle crucial dans l’économie nationale assurant plus de 450.000 emplois permanents et générant un chiffre d’affaires global de plus de 13,5 milliards de dirhams, dont 50% bénéficient directement au monde rural. Ce chiffre marque une progression de près de 3,8% par rapport à 2022 et de 8% en comparaison à 2019.
Une contribution essentielle à la sécurité alimentaire
Ce secteur contribue également à la garantie de la sécurité alimentaire du pays, en assurant l’approvisionnement du marché national en un produit de base. La production nationale en lait couvre 96 % de la demande nationale, estimée à près de 74 litres/hab/an. Cette consommation est en deçà des standards internationaux (80 litres/hab/an recommandés par la FAO)
Le tissu industriel se compose de 82 usines ou petites unités agréées, dont 20 unités traitent à elles seules plus de 95 % de la production, implantées dans les principales zones géographiques de production en amont. Cependant, le marché reste fortement concentré : 12 sociétés réalisent 86 % du chiffre d'affaires du secteur, et trois d'entre elles détiennent près de 74 % des parts de marché, tous produits confondus.
Une distribution dominée par le circuit traditionnel
Près de 86 % du chiffre d’affaires du secteur provient du circuit de distribution traditionnel, notamment les 80.000 petits commerces répartis sur le territoire. Les grands opérateurs ont recours à des réseaux de distribution internes, tandis que d’autres externalisent cette fonction logistique.
Le contrôle sanitaire des produits laitiers est assuré par l’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA), qui surveille l’ensemble de la chaîne de valeur, de la collecte à la commercialisation.
Un recul de la production
Selon l’avis du Conseil de la Concurrence, la production nationale de lait, qui était en croissance continue entre 2003 (1,53 milliard de litres) et 2019 (2,55 milliards de litres), a connu une baisse significative entre 2021 et 2023, pour atteindre 1,96 milliard de litres en 2023.
Ce recul de 23 % par rapport à 2020 s’explique par la succession de crises climatiques et économiques, notamment les périodes de sécheresse récurrentes, qui ont réduit les ressources fourragères, et par la hausse des prix des intrants à l’échelle mondiale.
Une segmentation marquée des produits laitiers
Les produits laitiers se divisent principalement en lait pasteurisé, lait UHT, beurre et fromage fondu, chacun avec ses spécificités en matière de consommation et de distribution.
Le lait pasteurisé représente 74 % du volume total de lait traité, contre 30 % pour le lait UHT, pour un chiffre d’affaires de 1,7 milliard de dirhams.
Le Conseil de la Concurrence rappelle que le prix du lait UHT entier est plus cher que le lait pasteurisé de près de 3 dirhams le litre, ce qui demeure un écart important pour le consommateur. "Cet écart s’accentue davantage si l’on sait que le lait pasteurisé commercialisé aujourd’hui sur le marché national est un lait demi écrémé et non pas un lait entier".
Le beurre représente pour sa part 8000 tonnes, avec 30 % issus de la production nationale. Le fromage fondu atteint quant à lui 50.000 tonnes, générant 2,5 milliards de dirhams.
Modes de distribution des produits laitiers
La distribution des produits laitiers se fait par des modes directs et indirects, avec une forte présence du circuit traditionnel. Les grands opérateurs utilisent des réseaux de distribution internes, tandis que d'autres externalisent cette fonction.
Dans le détail, la distribution directe pour le lait pasteurisé et le beurre, en raison de leur nature périssable. 86% des ventes de produits laitiers se font via le circuit traditionnel.
La majorité des ventes de lait pasteurisé se fait dans le circuit traditionnel, tandis que le lait UHT et le beurre ont une présence plus équilibrée entre les circuits traditionnel et moderne. Le fromage fondu est dominé par le circuit traditionnel.
Le conseil de la concurrence précise que le choix du mode de distribution pour l’écoulement d’un produit est tributaire de plusieurs paramètres, notamment sa nature, ses caractéristiques, les exigences de transport et les conditions de conservation, et également la stratégie commerciale choisie par chaque société.
Le secteur laitier marocain, bien qu’ancré dans le tissu économique national et garant d’une large part de la sécurité alimentaire du pays, traverse aujourd’hui une phase critique. Entre concentration du marché, dépendance aux circuits traditionnels, et vulnérabilité face aux chocs climatiques et économiques, la filière fait face à des défis majeurs.
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