Art & Culture
Ghassan: "L’Aita de kabareh Cheikhats est simple, sans ornement, mais profonde"
13/06/2021 - 20:21
Imane Benichou
Dans les traces de feu Bouchaib Bidaoui, un chanteur casablancais, qui se déguisait en femme casablancaise lors de ses spectacles pour chanter l’Aïta, le metteur en scène et comédien Ghassan El Hakim a créé Kabareh Cheikhates. Des hommes maquillés, portant des caftans bien ornés de broderie chantent l’Aita et rendent hommage aux "Cheikhates" au symbole artistique et politique.
L’Aita est un genre artistique qui résulte de l'accumulation, à travers les temps, de compétences artistiques d’un groupe de praticiens et d’artistes, de sorte qu'à chaque étape de nouveaux praticiens ajoutent des parties à l'Aita, portant tous les aspects historiques et sociaux de la communauté marocaine. Ghassan El Hakim, contacté par SNRTnews, nous en dit plus.
SNRTnews: Qu’est-ce que représente l’Aita pour vous?
Ghassan El Hakim : L’Aita pour moi est un art majeur marginalisé depuis longtemps. Un genre musical qui n'a jamais eu l'attention qu'il mérite. Il est considéré par plusieurs personnes comme une marque de barbarie du passé précolonial alors qu'au contraire c'est l'incarnation même de la sublimité, c'est notre phare pour comprendre notre histoire féodale.
Comment vous avez eu l’idée de créer votre troupe musicale ? Et quels sont les messages que vous essayez de transmettre ?
Je crois que l'idée a toujours été là. Elle s'est développée grâce aux déceptions, aux rancunes, aux désirs de réussir un spectacle. Une "fraja" qui ressemble aux gens et à leurs mœurs. Kabareh Cheikhats est une réponse à tous ceux qui doutent de l'imaginaire amazigh et à sa force de créer des formes artistiques qui reflètent nos envies et nos peurs.
Je ne veux envoyer aucun message. J'aime plutôt suggérer les choses et c'est aux spectateurs de refaçonner les choses après.
La modernisation de l’Aita (des reprises/cover, une touche de Rock…) a-t-elle contribué à son retour en force ?
Je suis désolé, mais je ne vois pas de quoi vous parlez quand vous dites modernisation. Ma réponse peut paraître décalée, mais je n'aime pas la fusion des genres musicaux. Cela me paraît comme un moyen conventionnel pour permettre à l'occident d'accepter nos musiques, montrer une patte blanche.
Je crois que chaque musique garde son âme intacte malgré les nouvelles touches qu'elle subit. L’Aita que nous proposons au kabareh cheikhates a ces caractéristiques, simple sans ornement, mais profonde.
Articles en relations
Art & Culture
Société
Art & Culture