Société
Heikel: "La peur doit changer de camp ! "
12/02/2022 - 14:00
Lina Ibriz
Après deux ans de lutte contre la pandémie de la Covid-19, il serait probablement temps de tourner la page et passer à une nouvelle phase : celle de la cohabitation. Une étape qui nécessite une adaptation des politiques publiques, selon Jaâfar Heikel, épidémiologiste et professeur de médecine préventive.
La prochaine étape de la gestion de la pandémie de la Covid-19 serait la cohabitation avec la maladie. Déjà, une feuille de route est en cours de préparation par le ministère de la Santé et de la protection sociale en collaboration avec la commission scientifique et technique de gestion de la pandémie. Une décision qui vient en son temps, paraît-il.
En tout cas, c’est ce qu’affirme Jaâfar Heikel, épidémiologiste et professeur de médecine préventive : "Aujourd’hui, les données scientifiques, et épidémiologiques plus spécifiquement, montrent bien que nous sommes dans une phase nouvelle de cette maladie de SARS-Cov-2. La Covid-19 a changé de statut, passant d’un statut de pandémie à un statut d’endémie, c'est-à-dire une maladie avec laquelle il faut apprendre à vivre".
La prochaine étape nécessite la mise en œuvre de politiques sanitaires publiques plus adaptées, selon l’épidémiologiste qui considère que "les politiques publiques doivent changer de paradigme, et nous devons changer de façon de faire".
Une nouvelle approche
L’OMS l’avait bien dit, le passage de la pandémie de Covid-19 à un stade endémique ne veut pas dire que le virus n'est plus dangereux. Pareillement, le passage à la phase de cohabitation avec le virus ne signifie pas l’abandon de la vigilance. "Les indicateurs épidémiologiques indiquent que dès les prochaines semaines il faut lever les restrictions majeures tout en restant, bien évidemment, dans la vigilance et la prudence et en continuant à renforcer notre système de surveillance épidémiologique", souligne Heikel.
Dans la pratique, si certaines restrictions peuvent être dépassées, certaines mesures doivent prendre le dessus. Parmi celles-ci, le professeur estime primordial de "maintenir le dépistage de l’ensemble des infections virales respiratoires qui sont contagieuses, renforcer nos capacités de traitement avec les traitements classiques, mais également avec les antiviraux aujourd’hui disponibles au Maroc, et puis maintenir et renforcer la stratégie vaccinale, mais en l’orientant plus vers les populations vulnérables ou à risque et pourquoi pas proposer la vaccination annuelle ou biannuelle pour les plus vulnérables".
La prochaine étape consisterait, in fine, en un retour, de manière progressive, à la vie normale. Un retour qui ne peut réussir sans une grande capacité d’ "adaptation", de "proportionnalité" et de "réactivité". Selon Heikel, "il faut dépasser la surprise, le choc et aller vers des actions qui soient en adéquation avec la situation épidémiologique".
Enfin, un changement de la façon dont la Covid-19 est perçue et appréhendée serait primordial. "Il faut avoir un autre type de rapport avec ce virus. Il faut passer d’un rapport de peur comme on l’a eu pendant deux ans, vers un rapport de plus de sérénité et d’habitude. Il est temps pour que nous reprenions notre vie sociale et économique en main", explique Heikel. Plus simplement, "la peur doit changer de camp !".
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