Economie
Immobilier : ces citadins qui fuient la ville
14/02/2021 - 13:45
Khaoula Benhaddou
Contraints de rester enfermés à domicile pendant le confinement, beaucoup de marocains voient leur logement d'un nouvel oeil. Pièces étroites, absence d’espace vert et vis-à-vis sont entre autres les causes qui ont poussé une partie des casablancais à fuir la ville.
Dans un contexte de crise sanitaire, le marché de l’immobilier a connu beaucoup de changement. Si les experts confirment que les ventes ont baissé en 2020, ils s’accordent à dire que de nouvelles tendances ont apparu après le confinement. Selon eux, une grande catégorie de casablancais opte pour l’achat d’appartements loin de la ville comme nous le confirme Youssef Ibn Mansour, ex-président de la fédération nationale des promoteurs immobiliers : «Le marché de l’immobilier a connu beaucoup de changement après le confinement. Certes, il est encore tôt de donner des chiffres, mais je dirais qu’une grande partie des casablancais ont tenté d’acheter loin de la ville. La demande des appartements situés dans des résidences fermées à Dar Bouazza, Tamaris et Sidi Rahal a nettement augmenté».
Un constat confirmé par Kevin Gormand - CEO et Co-fondateur de Mubawab : «Un nouveau phénomène a été constaté par les professionnels du secteur. Pendant ce confinement, nombreuses sont les personnes qui se projettent dans un nouveau logement, et ce pour différentes raisons. On cite principalement : la nécessité d’avoir un balcon, une terrasse, ou un jardin, la volonté d’avoir un logement plus grand, ou encore l'éloignement de la ville pour bénéficier de l’air, de la nature ou de la mer ». Et d’ajouter : «Une grande majorité des ménages déclarent vouloir changer d’habitat en raison d'une prise de conscience pendant le confinement de l’inadéquation de leur logement avec leurs besoins réels. La demande est plus friande d’aménagements extérieurs».
Évasion
Selon une étude réalisée par Mubawab.ma, 58% des visiteurs du site recherchent désormais un appartement comportant un balcon ou une terrasse, et 68% de ceux qui recherchent une villa, la recherchent avec une piscine. Pour notre expert cette tendance «est tout à fait logique, ces personnes viennent de passer plusieurs semaines confinées, sans possibilité de déplacement pour exercer leurs besoins réels».
Ghita, responsable de qualité a troqué son appartement en plein centre de Casablanca contre un autre à Dar Bouazza. Pour elle, la qualité de vie passe avant tout : «j’ai passé le confinement dans mon appartement niché en plein centre de Casablanca. Certes, il était prêt de toutes les commodités, mais je n’avais pas de terrasse et le vis à vis me dérangeait. Je ne pouvais même pas prendre mon petit déjeuner au balcon car on peut avoir d'intimité. Tout le monde peut te voir». Et d’ajouter : « juste après le confinement, j’ai réussi à vendre mon appartement. J’ai déménagé dans une résidence privée à Dar Bouazza. Le prix était très intéressant et le cadre de vie est agréable. Aujourd’hui, je suis en télétravail et je le vis très bien parce que je profite de la vue agréable et de l’air frais».
Fuir, un évidence
Il y eu a pour qui fuir la ville est une évidence. Surtout lorsqu'ils ne peuvent pas s'offrir un bien correspondant à leur budget. C'est le cas de Yassine, jeune ingénieur. «J'ai passé un an à chercher un appartement à Casablanca mais j’ai fini par abandonner. Les prix du mètre carré est excessivement cher et la qualité du produit laisse souvent à désirer. Pour cela, j’ai fini par acheter un petit appartement à Tamaris dans une résidence fermée. Certes, j’ai 45 min de trajet pour me rendre à mon bureau mais je suis très satisfait de mon achat», raconte-t-il.
Hajar, responsable dans une banque confirme que la demande des crédits immobiliers hors Casablanca a augmenté : « après le confinement, la situation immobilière stagne à Casablanca. L’offre dépasse la demande. Par contre, les achats d’appartements situés à Dar Bouazza, Tamaris et Sidi Rahal ont connu une augmentation remarquable. Les appartements les plus demandés sont d’une superficie de 60 à 80 m² avec deux chambres et une vue sur le jardin ou la piscine.»
Une étude réalisée le mois dernier par Avito confirme que les appartements de deux chambres dotés d’une superficie entre 45 et 69 m2 constituent les biens les plus recherchés, avec un prix situé entre 500 000 dirhams et 999 999 dirhams pour la vente. En termes de répartition, l’offre et la demande d’appartements ont représenté 52 % du total des annonces publiées et des intentions d’achat, suivies par les maisons et les villas (avec une offre située à 13 % et une demande à 19 %).
Articles en relations
Economie
Economie
Economie