Société
Inondations de Casablanca, les responsables s’en lavent les mains !
13/01/2021 - 17:18
Khaoula Benhaddou
Casablanca, le poumon économique du Royaume, s’est noyé dans une marrée d’eau. Les fortes intempéries qui ont frappé la métropole, une semaine durant, ont causés d’importants dommages matériels. Qui est le responsable de ces dégâts ? Comment éviter d’autres inondations dans les années à venir ? Les réponses.
Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur Casablanca du 5 au 11 janvier ont causé des dégâts matériels importants : routes bloquées, quartiers inondés, maisons effondrées, et voitures englouties par les flots… tant d’images qui dévoilent la défaillance des infrastructures dans une ville censée être la vitrine du Maroc.
Le Conseil de la ville de Casablanca et la Lydec sont clairement pointés du doigt. Sur les réseaux sociaux, c’est la vague de colère des casaouis qui a fait la une des fils d’actualité durant cette semaine. « Depuis quelques jours, on assiste à un match de ping-pong entre les responsables de la commune et la Lydec », s’indigne Khalid sur Facebook. Il ajoute : « Personne ne veut assumer la responsabilité de cette catastrophe. Certes ils ont annoncé une réunion d’urgence, mais elle n’a d’urgence que le nom vu qu’aucune décision n’a été prise ». Une indignation largement partagée par les internautes.
Une responsabilité « partagée »
Cette réunion « d’urgence » a effectivement eu lieu vendredi 8 janvier réunissant toutes les parties prenantes. Lors de cette réunion, la commune, la Lydec, les élus locaux et les présidents des commissions se sont échangées les accusations. Pour Abdessamad Haykar, premier vice-président du Conseil communal, la responsabilité incombe à la Lydec et « à elle seule ». Celle-ci se doit, selon le responsable local, de « veiller à la maintenance et à l’entretien des réseaux d’assainissement », ainsi qu’au « suivi et à la prise en compte des bulletins météorologiques qui lui parviennent de la Direction de la météorologie nationale ».
De son côté Jean Pascal Darriet, directeur général de la Lydec, n’a pas nié la part de responsabilité de la société française. Il a tenu toutefois à préciser que près de 70% des pluies d’une année ont été enregistrées à Casablanca en 6 jours seulement. Il a expliqué aussi que « la capacité du réseau d’assainissement n’a pas été en mesure d’absorber les quantités d’eau qui se sont abattues sur la grande métropole ». Pour le directeur, la responsabilité incombe aussi aux citoyens, peu soucieux à la problématique de gestion des déchets. « Près de 30.000 tonnes de déchets ont été extraites du réseau et des ouvrages afin de permettre une bonne évacuation des eaux pluviales », argue-t-il.
Cap sur la prévention
Le directeur de la société française souligne avoir mobilisé l’ensemble des ressources dont il dispose pour amoindrir les effets de ces intempéries sur la ville. « Nous avons mobilisé 800 personnes pour pomper les eaux et nous avons même travaillé dans des zones qui ne relèvent pas de notre zone d’intervention comme dans les bidonvilles et les cimetières», ajoute notre interlocuteur.
En plus, le top management de Lydec précise que la société envisage un investissement de 15 milliards de dirhams à l‘horizon 2027 en assainissement pluvial. L’objectif est d’éviter à la métropole de futures inondations. « Il faudra accélérer le programme d’investissement dans les infrastructures pour supprimer les points de débordement de la métropole », ajoute notre interlocuteur. Pour lui, le réseau d’assainissement pluvial nécessite d’être renforcé sur certaines zones sensibles de la ville.
Les citoyens dans le brouillard
Cette responsabilité partagée laisse le citoyen devant un flou décisionnel comme l’exprime Omar sur sa page Facebook : « je suis perdue, ma voiture est foutue. Mon assurance dit que l’indemnisation par les assurances est conditionnée par la qualification officielle d’une catastrophe naturelle. Une décision qui peut prendre des mois ». Il pose ensuite la question : « pourquoi le gouvernement ne déclare-t-il pas Casablanca comme une zone sinistrée alors que tous les ingrédients de force majeure sont réunis ? ».
Sur cette question de remboursement des sinistrés, Abdessamad Haykar, premier vice-président a encore une fois pointé du doigt la responsabilité de la Lydec qui doit, selon ses propos, « prendre en charge les doléances des citoyens ». Le directeur général de la société a confirmé, pour sa part, que « les dommages seront examinés au cas par cas en se basant sur une expertise spécifique pour déterminer les responsabilités ». Quand le ciel se montre trop généreux et que le rêve de voir les barrages se remplir, les infrastructures flanchent et les responsables se déresponsabilisent…affaire à suivre !
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