Technologie
Intelligence artificielle: La robe noire se prête au jeu
10/04/2025 - 10:22
Matar Bensalmia
À l’heure où la technologie redéfinit plusieurs métiers, le monde juridique marocain amorce à son tour sa transformation numérique, porté par l’intelligence artificielle.
Après la finance, la santé ou encore l’industrie, c’est au tour du droit de céder du terrain à cette nouvelle révolution numérique.
Au Maroc, une plateforme se positionne à l’avant-garde de cette transition.
Juridia c’est son nom. Fondée par Omar El Adlouni, elle entend "réconcilier juristes et technologie à travers un outil intelligent d’accès au droit marocain".
Pensée comme une réponse à "la complexité" et à "la dispersion" des textes juridiques nationaux, Juridia s’adresse d’abord aux professionnels du droit, entre autres les avocats, les juristes, les notaires ou encore les universitaires, mais pas seulement.
PME, investisseurs étrangers ou encore Marocains du monde peuvent également y trouver un allié précieux. Grâce à l’IA, la plateforme centralise et structure lois, jurisprudence et règlements marocains dans un environnement clair, interactif et surtout mis à jour en continu.
Contacté par SNRTnews, Omar El Adlouni dit vouloir "démocratiser à travers Juridia l’accès à l’information juridique, en la rendant plus accessible, plus exploitable et plus fiable".
Une ambition partagée, selon la même source, par les 1.700 utilisateurs actifs que revendique aujourd’hui la plateforme, principalement issus de cabinets d’avocats et de petites entreprises marocaines.
Une IA assistée par des experts
Au cœur de Juridia, des algorithmes traquent les publications officielles pour intégrer en temps réel les nouveautés législatives et jurisprudentielles. Mais contrairement à certaines plateformes entièrement automatisées, ici, l’intelligence artificielle ne travaille pas seule. L’ensemble du contenu est validé manuellement par des experts juridiques, garantissant un double filtre: technologique et humain. “Chaque texte est relu et validé par des experts juridiques, pour assurer sa conformité et sa rigueur déontologique”, précise le fondateur. Selon lui, en matière de sécurité, Juridia mise sur des serveurs hébergés chez Microsoft, audits réguliers, protocoles de cryptage… "Nous avons collaboré avec de grandes institutions financières pour garantir la solidité de notre architecture", assure-t-il.
Une accessibilité encore inégalitaire
L’innovation a cependant un prix. Et c’est là que le bât blesse. À 490 MAD par mois pour une offre individuelle, et 990 MAD pour les professionnels, Juridia reste inaccessible à de nombreux jeunes avocats, étudiants ou petits cabinets déjà confrontés à une précarité structurelle. L’absence d’une version gratuite ou d’essai limite sa démocratisation, en contradiction partielle avec sa vocation inclusive. "38 % de nos abonnés sont des indépendants ou des PME, preuve que notre solution reste accessible", rassure le fondateur. Mais cette proportion ne masque pas un certain élitisme technologique. La promesse d’une intelligence artificielle juridique au service de tous reste donc, pour l’instant, en construction.
Juridia au-delà des frontières?
Avec des ambitions tournées vers l’Afrique et le Moyen-Orient, Juridia espère capitaliser sur son modèle pour pallier un manque criant d’accès juridique dans ces régions. "Nous sommes en discussion avec plusieurs éditeurs juridiques dans ces régions afin de faciliter notre déploiement", confie El Adlouni. Reste à savoir si la plateforme saura adapter son modèle économique et technologique à des réalités juridiques et socio-économiques bien différentes de celles du Maroc. Le pari est audacieux, mais le terrain est vierge.
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