Société
Journée mondiale contre le cancer: près de 40 % des cas liés à des facteurs évitables
04/02/2026 - 12:46
Khaoula Benhaddou
À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le cancer, célébrée chaque année le 4 février, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) ont publié une analyse d’ampleur mondiale qui met en lumière une réalité frappante : une part importante des cancers pourrait être évitée. Un constat qui résonne particulièrement au Maroc, où le nombre de nouveaux cas ne cessent d’augmenter et où des efforts soutenus sont déployés pour renforcer la prévention, le dépistage et les soins.
Selon cette étude basée sur les données GLOBOCAN couvrant 36 types de cancers dans 185 pays, près de 7,1 millions des 18,7 millions de nouveaux cas de cancer recensés dans le monde en 2022, soit 37,8 %, sont attribuables à 30 facteurs de risque modifiables. En clair, près de quatre cancers sur dix sont liés à des expositions ou à des comportements sur lesquels il est possible d’agir notamment le tabagisme, la consommation d’alcool, le surpoids, l’inactivité physique, la pollution de l’air, le rayonnement ultraviolet et, pour la première fois, neuf agents infectieux.
Publiée mardi 3 février à la veille de la journée mondiale de la lutte contre le cancer, l’analyse de l’OMS et du CIRC précise qu’il existe un énorme potentiel en termes de prévention permettant de réduire la charge mondiale des cancers.
"En 2022, on estime que 7,1 millions des 18,7 millions de nouveaux cas de cancer (37,8 %) étaient attribuables à 30 facteurs de risque modifiables — 2,7 millions (29,7 %) chez les femmes et 4,3 millions (45,4 %) chez les hommes. La proportion de cancers évitables variait de 24,6 % à 38,2 % chez les femmes et de 28,1 % à 57,2 % chez les hommes dans toutes les régions" précise l’analyse de l’OMS.
Le tabagisme en tête
Sans grande surprise, le tabagisme arrive largement en tête : il est responsable à lui seul de 15,1 % des nouveaux cas de cancer dans le monde. Viennent ensuite les infections (10,2 %), la consommation d’alcool (3,2 %), mais aussi le surpoids, le manque d’activité physique, la pollution de l’air, l’exposition aux rayons ultraviolets, certains risques professionnels, le tabac sans fumée ou encore un allaitement sous-optimal.
Pour la première fois, l’étude intègre de manière détaillée neuf agents infectieux cancérogènes, dont le papillomavirus humain (HPV), les virus des hépatites B et C, et l’infection à Helicobacter pylori.
Poumon, estomac, col de l’utérus: les cancers les plus liés à la prévention
Les chercheurs soulignent que trois types de cancer notamment poumon, estomac et col de l’utérus concentrent à eux seuls près de la moitié des cancers évitables dans le monde.
Le cancer du poumon reste étroitement lié au tabagisme et à la pollution de l’air. Celui de l’estomac est largement associé à l’infection par Helicobacter pylori. Quant au cancer du col de l’utérus, il est dû dans l’immense majorité des cas au HPV, contre lequel il existe pourtant un vaccin efficace.
Des écarts marqués entre hommes et femmes
La charge des cancers évitables apparaît nettement plus élevée chez les hommes : en 2022, 45,4 % des nouveaux cas de cancer masculins étaient liés à des facteurs de risque modifiables, contre 30% chez les femmes.
Chez les hommes, le tabac à lui seul explique environ 23 % des nouveaux cas. Chez les femmes, les infections sont responsables de 11 % des nouveaux cas de cancer, suivies du tabagisme (6 %) et du surpoids (3 %).
"Cette étude très importante évalue de manière exhaustive les cancers évitables dans le monde, en intégrant pour la première fois les causes infectieuses ainsi que les risques comportementaux, environnementaux et professionnels", a déclaré la Dre Isabelle Soerjomataram, Directrice adjointe de la branche Surveillance du cancer du CIRC et autrice principale de l’étude. "S’attaquer à ces causes évitables est l’un des moyens les plus efficaces d’alléger la charge mondiale des cancers". lit-on sur le site de l’OMS
Différences entre les régions
A part la différence entre les hommes et les femmes, l’analyse de l’OMS précise que la charge des cancers évitables varie considérablement selon les régions. "Elle est comprise entre 24 % en Afrique du Nord et en Asie de l’Ouest et 38 % en Afrique subsaharienne chez la femme et entre 57 % en Asie de l’Est et 28 % en Amérique latine et dans les Caraïbes chez l’homme" souligne l’analyse.
Ces différences reflètent une exposition variable aux facteurs de risque comportementaux, environnementaux, professionnels et infectieux: "Les résultats soulignent qu’il faut mettre en place des stratégies de prévention adaptées prévoyant des mesures strictes de lutte antitabac, la réglementation de l’alcool, la vaccination contre les infections entraînant des cancers, telles que l’infection à papillomavirus humain (HPV) et l’hépatite B, une amélioration de la qualité de l’air, des lieux de travail plus sûrs et des environnements plus sains pour l’alimentation et l’activité physique" souligne l’OMS.
Le Maroc face à une progression préoccupante
Au Maroc, le cancer constitue aujourd’hui la deuxième cause de mortalité après les maladies cardiovasculaires, représentant environ 13,4 % des décès. Le pays enregistre entre 50.000 et 60.000 nouveaux cas par an.
Chez les hommes, le cancer du poumon est le plus fréquent, représentant environ un quart des cas diagnostiqués (autour de 25 %), devant le cancer de la prostate (près de 14 %) et le cancer colorectal. Chez les femmes, le cancer du sein domine largement, avec 39,1% des cas enregistrés. Il est suivi par les cancers de la thyroïde (11,9%), du col de l’utérus (6,5%) et du colorectal (7,7%).
Côté hommes, la localisation la plus fréquente est le cancer du poumon, avec 25,8% des cas enregistrés, suivi par celui de la prostate (14,1%) et le cancer colorectal (9,9%).
Les données du Registre des cancers du Grand Casablanca (2018-2021) confirment cette tendance : le cancer du sein y représente plus de 39 % des cas féminins, tandis que le cancer du poumon reste en tête chez les hommes.
Le poids majeur du tabac au Maroc
Comme au niveau mondial, le tabac constitue l’un des principaux facteurs de risque évitables au Maroc. Selon les autorités sanitaires, 13,4 % des adultes marocains sont fumeurs, avec un écart très marqué entre les hommes (près de 27 %) et les femmes. Le tabagisme commence tôt : environ 6 % des adolescents de 13 à 15 ans déclarent déjà fumer.
Le tabac est également un lourd fardeau sanitaire et économique. Selon les résultats de l’évaluation de l’impact épidémiologique et économique du tabagisme au Maroc réalisée en 2021, le tabac au Maroc était responsable en 2019 de 74.000 cas prévalents de cardiopathie ischémique, 4.227 nouveaux cas annuels du cancer du poumon. La mortalité attribuée au tabac en 2019 était de 12.800 décès prématurés. Le coût économique annuel du tabac au Maroc s’élève à plus de 5 milliards de Dirhams en 2019, représentant 8.5% des dépenses totales de santé (DTS) et 0.45% du PIB. Il se répartit entre le coût direct médical (60.9%), celui de la mortalité (33.0%) et de la perte de productivité liée à la morbidité (6.1%).
À cela s’ajoute l’exposition au tabagisme passif, qui concernerait plus d’un tiers de la population dans les lieux publics et professionnels.
Conscient de cela, le Maroc multiplie les efforts pour faire face à ce phénomène notamment à travers le renforcement des campagnes de sensibilisation, et des actions de prévention ciblées auprès des jeunes et des femmes rappelant l’importance du dépistage précoce et des comportements de prévention.
Un immense potentiel de prévention
Pour l’OMS et le CIRC, ces chiffres montrent qu’une grande partie de la charge du cancer pourrait être réduite grâce à des mesures connues: lutte renforcée contre le tabac, encadrement de la consommation d’alcool, vaccination contre le HPV et l’hépatite B, amélioration de la qualité de l’air, sécurité au travail, promotion d’une alimentation saine et de l’activité physique.
Au Maroc comme ailleurs, la prévention ne relève pas uniquement du secteur de la santé. Éducation, urbanisme, transports, environnement et monde du travail ont un rôle clé à jouer. Réduire les expositions évitables, ne permet pas seulement de prévenir des dizaines de milliers de cancers, mais aussi d’alléger durablement la pression sur le système de santé et d’améliorer la qualité de vie de la population.
Articles en relations
Société
IA
Société
Monde