Société
La variole simienne, un virus suscitant de vives inquiétudes
15/08/2024 - 13:54
Mohammed Fizazi
La variole simienne, ou orthopoxvirose simienne, ou encore “monkeypox”, est une maladie virale qui a récemment gagné en notoriété en raison de la multiplication des cas signalés dans plusieurs régions du monde. Causée par l'orthopoxvirus simien, cette infection, autrefois principalement limitée à l'Afrique centrale et occidentale, suscite désormais une attention mondiale.
La variole simienne, aussi appelée monkeypox, est une maladie virale provoquée par l'orthopoxvirus simien. Bien que découverte chez des singes en captivité en 1958, c'est en 1970 que le premier cas humain a été identifié en République démocratique du Congo. Depuis, cette maladie est restée confinée principalement à certaines régions d'Afrique centrale et occidentale, mais une flambée mondiale survenue en 2022-2023 a révélé son potentiel de propagation bien au-delà de ces zones endémiques.
Origine et transmission du virus
Selon les données de l'OMS, le virus de la variole simienne appartient à la famille des Poxviridés, la même famille que celle du virus de la variole humaine, éradiquée en 1980 grâce à une campagne mondiale de vaccination. Contrairement à la variole humaine, la variole simienne se transmet non seulement d'une personne à une autre, mais aussi d'animaux à l'humain. Les animaux réservoirs du virus sont principalement des rongeurs et des primates dans les régions où le virus est endémique.
La transmission du virus à l'humain peut se faire par plusieurs voies. D'abord, par contact direct avec un animal infecté, que ce soit par morsure, griffure, ou lors de la manipulation de viande d'animaux sauvages, comme dans le cadre de la chasse ou de la préparation d'aliments. En milieu urbain, la transmission entre humains devient plus fréquente et peut se produire par contact étroit avec une personne infectée, via des gouttelettes respiratoires, des sécrétions corporelles, ou encore par le biais d'objets contaminés tels que des vêtements, du linge de lit ou des surfaces.
Lors de la flambée mondiale de 2022-2023, il a été observé que la transmission du virus s'est particulièrement propagée par le biais de contacts sexuels, ce qui a amené les autorités sanitaires à sensibiliser les populations sur ce mode de transmission et à recommander des mesures de protection spécifiques pour les personnes à risque.
Symptômes et évolution de la maladie
Les symptômes de la variole simienne apparaissent généralement entre 6 et 13 jours après l'exposition au virus, bien que la période d'incubation puisse varier de 5 à 21 jours. La maladie débute souvent par des symptômes généraux tels que de la fièvre, des maux de tête intenses, des douleurs musculaires, un épuisement extrême et un gonflement des ganglions lymphatiques, une caractéristique qui la distingue d'autres maladies virales similaires comme la varicelle ou la rougeole.
Quelques jours après l'apparition des premiers symptômes, une éruption cutanée caractéristique se développe. Cette éruption commence souvent sur le visage, avant de se propager à d'autres parties du corps, y compris les paumes des mains et les plantes des pieds. Les lésions cutanées passent par plusieurs stades évolutifs: elles commencent par des macules (taches plates), deviennent des papules (légèrement surélevées), puis des vésicules (remplies de liquide), des pustules (remplies de pus), avant de former des croûtes qui tombent finalement.
La gravité de l'éruption cutanée et le nombre de lésions varient d'une personne à l'autre. Certaines personnes ne présentent qu'une seule lésion ou un petit nombre, tandis que d'autres peuvent en avoir des centaines, voire des milliers. Les lésions peuvent également se localiser à l'intérieur de la bouche, de la gorge, sur les organes génitaux, l'anus, voire les yeux, ce qui peut entraîner des complications supplémentaires.
Dans la plupart des cas, les symptômes disparaissent spontanément en deux à quatre semaines. Cependant, certaines personnes peuvent développer des formes graves de la maladie, nécessitant une hospitalisation. Les personnes les plus à risque incluent les enfants, les femmes enceintes, et les personnes immunodéprimées, notamment celles vivant avec le VIH non traité. Les complications possibles comprennent des infections cutanées secondaires, une pneumonie, une encéphalite (inflammation du cerveau), et dans de rares cas, la mort.
Diagnostic et traitement
Le diagnostic de la variole simienne repose sur la reconnaissance clinique des symptômes et sur la confirmation en laboratoire. Le test de référence est la détection de l'ADN viral par amplification en chaîne par polymérase (PCR), réalisée sur des échantillons prélevés directement sur les lésions cutanées. D'autres méthodes de prélèvement incluent des écouvillons oropharyngés, anaux ou rectaux, mais les tests sanguins ne sont généralement pas recommandés pour le diagnostic.
Une des difficultés du diagnostic réside dans la similarité des symptômes de la variole simienne avec d'autres infections ou maladies dermatologiques, telles que la varicelle, l'herpès, ou même certaines infections sexuellement transmissibles comme la syphilis. Il est donc essentiel pour les professionnels de santé de différencier ces affections pour assurer un traitement approprié.
En ce qui concerne le traitement, il n'existe pas de traitement spécifique pour la variole simienne. La prise en charge consiste principalement en des soins de soutien pour soulager les symptômes, tels que des analgésiques pour réduire la douleur et des antipyrétiques pour la fièvre. Dans certains cas, des antiviraux comme le técovirimat, initialement développés pour traiter la variole, peuvent être utilisés pour les formes graves de la variole simienne. En outre, des vaccins existants contre la variole humaine peuvent offrir une protection contre la variole simienne, et leur utilisation est recommandée pour les personnes à haut risque d'exposition, comme les agents de santé et les contacts étroits de cas confirmés.
Les recherches menées sur plusieurs décennies ont permis le développement de vaccins plus récents et plus sûrs contre la variole, une maladie désormais éradiquée. Parmi ces vaccins, trois ont été approuvés pour la prévention de la variole simienne : le MVA-BN, le LC16 et l’OrthopoxVac. Cependant, la vaccination contre la variole simienne n’est actuellement recommandée que pour les personnes à risque élevé, telles que celles ayant été en contact étroit avec une personne infectée ou appartenant à un groupe à haut risque d’exposition.
L'OMS recommande que la vaccination soit envisagée pour les personnes ayant été en contact avec un cas confirmé ou faisant partie des groupes à haut risque, notamment en cas de flambée active au sein de leur communauté. Il est important de noter que la vaccination de masse contre la variole simienne n'est pas conseillée à ce jour.
Bien que les vaccins contre la variole simienne offrent une protection contre l'infection et les formes sévères de la maladie,l'OMS indique qu'il est essentiel de continuer à suivre les mesures de prévention, car l'immunité post-vaccinale met plusieurs semaines à se développer.
Les premiers résultats des études sur l'efficacité des vaccins en population sont encourageants, montrant un bon niveau de protection après la vaccination. Toutefois, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour affiner notre compréhension de l'efficacité de ces vaccins dans divers contextes. Ces études en cours fourniront des informations précieuses pour protéger efficacement les communautés contre la variole simienne.
Prévention et mesures de contrôle
La prévention de la variole simienne repose principalement sur la réduction des contacts avec les animaux potentiellement infectés, notamment dans les zones où le virus est endémique. Les personnes vivant dans ces régions doivent éviter tout contact non protégé avec des animaux sauvages, en particulier les rongeurs et les primates, et veiller à ce que toute viande d'animaux sauvages soit bien cuite avant consommation.
Pour les personnes vivant dans des zones où des cas humains de variole simienne ont été signalés, il est important d'adopter des mesures de protection personnelle, telles que le lavage fréquent des mains avec de l'eau et du savon ou l'utilisation de désinfectants pour les mains, surtout après avoir touché des surfaces ou des objets potentiellement contaminés. En cas de contact étroit avec une personne infectée, il est recommandé de porter un masque, de couvrir les lésions cutanées et d'éviter tout contact physique étroit jusqu'à guérison complète.
L'isolement des personnes infectées est crucial pour limiter la propagation du virus. Les autorités sanitaires recommandent que les personnes atteintes de la variole simienne soient isolées à domicile ou dans un établissement de santé jusqu'à ce que toutes les lésions aient guéri et que les croûtes soient tombées. Dans le cadre de la flambée mondiale récente, l'OMS a également recommandé l'utilisation de préservatifs pendant les rapports sexuels pour réduire le risque de transmission, bien que cela ne puisse prévenir complètement la propagation par contact peau à peau.
Un virus en mutation
Le médecin chercheur en systèmes et politiques de santé, Tayeb Hamdi, souligne que plusieurs pays africains ont observé une augmentation rapide et significative des cas de cette maladie, y compris dans des régions non endémiques où le virus n'était pas présent auparavant. Cette propagation rapide est attribuée à une mutation du virus, qui semble se transmettre plus facilement que les souches précédentes.
Le chercheur a mentionné que cette nouvelle souche, désignée sous le nom de clade 1b, se distingue par une transmission plus rapide et plus simple, touchant désormais des groupes de population plus larges. Contrairement à la souche de 2022, qui touchait principalement les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, cette nouvelle variante affecte également les relations hétérosexuelles et se propage au-delà des contacts sexuels. Elle a été identifiée dans des écoles, touchant même des enfants, et se transmet par contact direct avec la peau infectée, les muqueuses, ou via des objets contaminés.
La situation est d'autant plus préoccupante que cette souche se révèle plus mortelle, avec un taux de mortalité estimé à 3%. Parmi les cas graves, le taux de mortalité s'élève à 10% chez les enfants et 5% chez les adultes. Le virus, auparavant limité à des zones rurales et reculées, affecte maintenant des villes dotées d'infrastructures de transport international, augmentant ainsi le risque de propagation mondiale.
Les symptômes de cette nouvelle souche comprennent une fièvre, des céphalées, des douleurs musculaires, des adénopathies (ganglions enflés), des frissons, et une fatigue générale. Les lésions cutanées, autrefois localisées principalement dans les régions génitales, sont désormais généralisées sur tout le corps, y compris le visage, les mains, les pieds, et même les muqueuses buccales et oculaires. Ces lésions ressemblent à celles de la variole humaine, éradiquée en 1980, bien qu'elles soient moins sévères.
Tayeb Hamdi souligne que la communauté internationale doit agir rapidement pour contenir cette menace croissante, notamment en raison de la facilité de transmission du virus et de sa propagation dans des zones urbaines connectées à des réseaux de transport internationaux.
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