Politique
La visite du président Français Emmanuel Macron analysée par le politologue Mustapha Sehimi
28/10/2024 - 16:36
Khaoula Benhaddou
La visite du président Français Emmanuel Macron débute ce lundi 28 octobre et se poursuit jusqu’au mercredi 30 octobre. Cette visite intervient quelques mois après la lettre adressée par le Chef de l'Etat français à SM le Roi Mohammed VI annonçant son soutien au plan de l'autonomie. Quelle est l’importance de cette visite sur le plan diplomatique? Quid des partenariats économiques? Et qu’en est-il du plan sécuritaire? Réponses du politologue Mustapha Sehimi
Le président Emmanuel Macron revient au Maroc pour la 3e fois. Quelle est l’importance de cette visite?
C'est une visite d'État qu'effectue le Président français Emmanuel Macron dans le Royaume à l'invitation SM le Roi Mohammed VI. Une visite d'État, c'est le plus haut degré protocolaire et c'est important de le relever. Le Président Macron s'était déjà rendu au Maroc à deux reprises en juin 2017, invité par le souverain et il avait été invité précisément en Iftar pendant le ramadan. Et puis il était revenu une deuxième fois en novembre 2018 pour l'inauguration de la ligne de grande vitesse Tanger-Kenitra. La visite d’aujourd’hui a une dimension particulière puisque c'est la réaffirmation des liens entre les deux pays qui ont été soulignés dans les messages entre les deux chefs d'État. C’est important qu'il y ait cette visite d'État après une période qui a été marquée par des tensions qui ont été aplanies et surmontées.
La visite du président Macron représente une nouvelle page également sur le plan économique...
La France est le premier partenaire pour ce qui est des investissements. Les échanges commerciaux sont importants. Ils sont de l'ordre de 15 milliards d'euros, avec d'ailleurs une balance commerciale excédentaire pour le Maroc de 110%. Nous exportons pour à peu près 8 milliards d'euros et nous importons pour 7,2 milliards d'euros. Sans oublier évidemment aussi la dimension humaine. Nous avons une importante communauté marocaine en France avec également des effectifs étudiants de l'ordre de 45.000.
Par ailleurs, il y a au Maroc un important dispositif des instituts français. Il y a une quinzaine d'établissements et les deux tiers de ces établissements sont fréquentés par des Marocains.
Enfin, il y a la présence économique avec à peu près un millier d'entreprises françaises qui sont dans le Royaume et qui emploient globalement 150.000 personnes avec des emplois directs. Il y a une nouvelle page de partenariats que les deux pays veulent privilégier d'exception et notamment sur le long terme. Il s'agit d'asseoir les relations bilatérales sur des bases consolidées, stabilisées avec beaucoup de projets d'avenir intéressants.
La transition énergétique, les problèmes du stress hydrique, les échanges d'expérience, les nouvelles technologies, également le monde rural et la nécessité de moderniser le monde rural. Les dossiers ne manquent pas et il est prévu que soient signés une bonne dizaine d'accords avec le Maroc lors de cette visite. C'est que le chef de l'État français vient avec une importante délégation du gouvernement français. Il y a neuf ministres qui l'accompagnent. Donc il y a là une bonne dizaine d'accords qui sont prévus et qui doivent être signés.
Qu’en est-il de la coopération sécuritaire?
Le Maroc a un rôle important avec une expertise qui est reconnue et saluée à l'international par les grandes puissances. Il y a une politique de coopération sécuritaire aussi dans ce domaine-là. Elle couvre la lutte antiterroriste, bien sûr, mais aussi la lutte contre l'immigration irrégulière, la grande criminalité, les trafics . Et sur ce plan là, la vigilance et l'efficacité du Maroc pour faire face à ces situations-là est reconnue sur le plan international.
Le dossier du Sahara sera également au cœur de cette visite?
La position française maintenant est d'une grande clarté. Elle a été exprimée le 30 juillet dernier dans un message adressé par le président français à SM le Roi, où l'inflexion significative qui a été opérée, c'est que la France reconnaît, il faut le dire clairement, la marocanité du Sahara marocain.
Elle soutient ce projet d'autonomie déposé au Conseil de sécurité en avril 2007 par le Maroc et qui a été constamment soutenu par le Conseil de sécurité, mais en particulier dans la dernière résolution du Conseil de sécurité le 30 octobre dernier, la résolution 27-03, et qui va être évidemment réaffirmée dans la résolution du même Conseil de sécurité qui va donc être adoptée dans deux jours (le 30 octobre).
C'est extrêmement important parce que c'est d'abord la France qui a une grande puissance, elle est membre du Conseil de sécurité, elle est un membre important de l'Union européenne et nul doute que cet acte-là de reconnaissance de la marocanité du Sahara marocain va contribuer à faire évoluer la question nationale dans un certain nombre d'instances.
Aujourd'hui, l'Union européenne compte 19 Etats membres qui soutiennent le Maroc, qui soutiennent le Maroc et le projet d'autonomie, c'est extrêmement important. Il y en a 8 qui sont encore dans une phase disons intermédiaire, mais nul doute que la position française aujourd'hui, telle qu'elle a été exprimée depuis la fin juillet par le président Macron, va être prise en considération et par un certain nombre de pays européens qui sont encore dans une phase intermédiaire et plus globalement par l'Union européenne.
Peut-on dire que la nouvelle position française est le fruit du travail acharnée de la diplomatie marocaine?
Tout à fait, mois après mois, le Maroc capitalise le fruit de ses initiatives et de ses efforts et aussi de sa mobilisation. On vient de le voir avec la rupture des relations qu'il y avait entre l'Equateur et la prétendue RSD, ça a été précédé par le Panama, ça a été précédé également par des pays nordiques comme le Danemark et la Finlande et ça va continuer.
Il y a une maturation maintenant de la question nationale auprès des diplomaties d'un certain nombre de pays qui étaient pour l'instant décalés et qui donc revoient leur position et puis une maturation aussi au sein de la communauté internationale compte tenu du bien-fondé de la position marocaine pour ce qui est de la question nationale, des grands efforts d'investissement qui sont faits dans les provinces du sud qui sont un modèle de développement bénéficiant évidemment aux populations locales. Donc, il faut le dire c'est le fruit d'une diplomatie de fermeté et d'une diplomatie clairvoyante qui est en marche pour soutenir la légitimité donc de la cause marocaine devant les instances internationales.
Quel sera l’impact de la visite du chef d’Etat français sur le plan africain?
C’est une visite évidemment qui intéresse le bilatéral Paris-Rabat bien sûr mais qui intéresse également le continent, parce que le Maroc est bien implanté en Afrique, c'est le premier investisseur vous le savez dans l'Afrique occidentale.
La France a perdu de l'influence en Afrique francophone en particulier avec ce qui s'est passé avec les pays sahéliens vous le savez et donc sur ce plan là, la France considère que le Maroc peut être un acteur important pour des formules de partenariats rénovés en direction d'Afrique sur une base donc triangulaire, une sorte de triangulation Paris-Rabat avec des intérêts communs évidemment, des intérêts économiques et des intérêts d'affluent mais aussi permettre à Paris donc d'être partie prenante dans l'expression de la politique continentale du royaume et d'implication dans les grands projets de développement qui sont ceux de l'Afrique pour les mois, les années et même les décennies à venir.
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