Economie
Le Maroc s’impose comme locomotive industrielle de l’Afrique, selon la BAD
26/05/2026 - 22:09
Khaoula Benhaddou
Présenté le 26 mai 2026 à Brazzaville lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement, le rapport « Perspectives économiques en Afrique 2026 » consacre le Maroc comme l’une des économies les plus solides et dynamiques du continent.
Croissance soutenue, inflation maîtrisée, essor industriel et attractivité renforcée pour les investisseurs : le Royaume confirme sa montée en puissance dans un contexte mondial pourtant marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes énergétiques.
Le Maroc dépasse l’Afrique du Sud
La principale annonce du rapport concerne la place du Maroc dans l’industrie africaine. Selon l’Indice d’industrialisation de l’Afrique 2025 publié par la BAD, le Royaume dépasse désormais l’Afrique du Sud et devient la première économie industrielle du continent. Une performance portée par la diversification des exportations, la montée en gamme manufacturière et une stratégie industrielle déployée depuis plusieurs années autour de secteurs clés comme l’automobile, l’aéronautique et les énergies renouvelables.
Une montée en puissance industrielle incontestable
Le secteur automobile, emploie aujourd’hui quelque 220.000 personnes et a généré près de 17 milliards de dollars d’exportations en 2024, s’imposant comme la première industrie exportatrice du Royaume. Derrière ce succès se trouve un écosystème industriel structuré autour de Tanger Med, avec l’extension coordonnée du port, la création de zones industrielles dédiées et une politique d’attraction des grands constructeurs mondiaux. Un modèle désormais cité en exemple sur le continent.
La BAD souligne également la progression des véhicules électriques et l’intégration du Maroc dans les chaînes de valeur mondiales comme des leviers majeurs de compétitivité.
L’aéronautique et les phosphates complètent ce tableau. Le Maroc, qui détient plus de 70 % des réserves mondiales de phosphate, entend porter sa production d’engrais à 20 millions de tonnes d’ici 2027, grâce notamment à un investissement de 7 milliards de dollars dans une usine d’ammoniac vert alimentée par les énergies solaire et éolienne.
Une économie aux équilibres solides
Sur le plan macroéconomique, le Royaume affiche des indicateurs jugés robustes. Après une croissance estimée à 4,7 % en 2025, contre 3,8 % auparavant, la BAD projette une progression de 4,2 % en 2026 puis de 4,3 % en 2027. Cette dynamique est portée par la consommation des ménages, les investissements publics et la reprise de secteurs stratégiques comme l’agriculture, le tourisme, la construction et l’industrie manufacturière.
Dans le détail, l’agriculture bénéficie d’un retour de conditions climatiques plus favorables après plusieurs années de sécheresse. La BAD met également en avant le programme de reconstitution du cheptel ainsi que les investissements hydro-agricoles engagés par le Royaume.
Le tourisme poursuit lui aussi sa progression, soutenu par les grands projets d’infrastructures et les préparatifs liés à la Coupe du Monde 2030, qui accélèrent les investissements ferroviaires, autoroutiers, portuaires et hôteliers.
L’inflation a ralenti à 0,8 % en 2025 et devrait rester contenue autour de 2,4 % en 2026. La politique monétaire prudente menée par Bank Al-Maghrib a permis de maintenir un environnement relativement stable, avec un taux directeur fixé à 2,25 %. Les réserves de change couvrent désormais 5,7 mois d’importations, tandis que le secteur bancaire conserve un ratio de solvabilité confortable.
Autre signal fort : les investissements directs étrangers ont bondi de 55,4 % pour atteindre 1,6 milliard de dollars, portés notamment par les projets d’énergies renouvelables et de modernisation des infrastructures. Les préparatifs de la Coupe du Monde 2030 devraient encore renforcer cette dynamique.
Les finances publiques montrent également des signes d’amélioration. Le déficit budgétaire est revenu à 3,5 % du PIB en 2025 contre 3,8 % un an auparavant, grâce à une hausse des recettes fiscales et à une meilleure maîtrise des dépenses. Le rapport salue notamment les réformes administratives et numériques engagées pour améliorer la conformité à la TVA, à travers la généralisation des déclarations électroniques, le renforcement des audits fondés sur les risques et l’accélération des remboursements fiscaux.
Le Maroc bénéficie parallèlement d’une attractivité croissante auprès des investisseurs étrangers. La BAD souligne notamment le rôle joué par Tamwilcom, qui a mobilisé 4,75 milliards de dollars en 2024 pour financer plus de 82.000 opérations en faveur des petites et moyennes entreprises grâce à des mécanismes de partage des risques.
Le secteur financier marocain continue lui aussi de gagner en maturité. Avec une capitalisation boursière représentant 47,1 % du PIB en 2024 et le développement progressif de la finance participative, le Royaume renforce sa position de hub financier régional, notamment à travers Casablanca Finance City. La BAD estime également que le retrait du Maroc de la liste grise liée aux dispositifs de lutte contre le blanchiment a renforcé la crédibilité du pays auprès des marchés internationaux et amélioré ses conditions de financement.
Le Royaume dispose d’atouts majeurs : une stratégie industrielle ambitieuse, un système bancaire solide, une intégration croissante aux chaînes de valeur mondiales et une position renforcée comme hub financier panafricain.
Dans un environnement international toujours plus fragmenté, le rapport conclut que le Maroc confirme sa place parmi les économies de référence du continent africain et s’affirme désormais comme l’un des principaux moteurs industriels et financiers de l’Afrique.
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