Economie
Les banques russes débranchées du Swift: le Maroc impacté?
08/03/2022 - 22:30
Aïcha Debouza
Les alliés occidentaux ont adopté une nouvelle volée de sanctions financières contre la Russie. Ils ont annoncé exclure de nombreuses banques russes du système international de transactions financières Swift. Cette décision, aura-t-elle des répercussions sur les échanges entre la Russie et le Maroc ? Voici les détails.
C’est un virage très serré que prend la Russie en ce moment. Le pays vient de faire l’objet d’une expulsion partielle de Swift. À l'heure où certains pays appellent à faire preuve de fermeté dans les sanctions imposées, il est important de revenir dans le détail sur les conséquences d'une expulsion du système de messagerie financière. Mais d'abord, c'est quoi le réseau Swift? Quelle est la manière avec laquelle il fonctionne?.
Une système de messagerie sécurisé
Fondé en Belgique en 1973, ce système est l’infrastructure de messagerie financière internationale la plus utilisée, avec environ 99% des banques et compagnies d’assurance mondiales souscrites à son compte. En fait, jusqu'à l'apparition de Swift, les banques échangeaient des fax, des courriers pour faire passer des ordres de virement ou encore pour faire des structurations de type crédit documentaire. "Son apparition a permis de créer une forme de système de messagerie qui permet à une banque qui reçoit un message, de s'assurer que c'est une instruction valide et de procéder en toute sécurité à un flux financier. C’est envoyer des informations bancaires d’un point A à un point B en toute sécurité", explique Nabil Adel, professeur universitaire en économie et relations internationales.
Par exemple, dans le cas d'un achat en Russie, une banque marocaine utilise Swift pour communiquer les coordonnées bancaires à la banque russe avec le fameux code IBAN. En bannissant les banques russes de Swift, on bloque ainsi toutes les importations et exportations avec la Russie, sauf dans le secteur de l'énergie. "Le Maroc, comme plusieurs pays à travers le monde, se servait avant de ce système pour envoyer les virements aux banques des entreprises russes et vice-versa. Maintenant qu’on a en partie exclu la Russie du Swift, je m’interroge sur la façon avec laquelle les entreprises russes pourront envoyer ou recevoir de l’argent du Maroc", s'interroge l’économiste.
Un coup dur pour la Russie, puisque quelque 300 banques et institutions russes utilisent Swift pour leurs transferts de fonds interbancaires. Mais d’après le professeur universitaire, cette dernière n’est pas le seul pays concerné. "Nous n’avons toujours pas de réelle visibilité sur la situation. Mais une chose est sûre, toutes les entreprises marocaines travaillant avec les sociétés russes seront naturellement impactées. Elles ne pourront ni envoyer ni recevoir de l’argent de la part des entreprises russes", affirme Nabil Adel, qui temporise: "heureusement que le Maroc ne s’approvisionne pas principalement de la Russie. Ça aurait été un désastre si c’était la France ou l’Espagne qui s’était retirée du programme Swift". Cependant, si les conséquences sont très dures pour la Russie, elles ne sont pas totalement incontournables. Car Swift a de plus en plus de concurrents. Sur le plan géopolitique par exemple, deux alternatives à la messagerie existent. La première est le Spfs, comparable à Swift et développé en Russie à la suite de la vague de sanctions qu'a connue le pays en 2014. À l'époque déjà, les Occidentaux menaçaient les Russes d'une expulsion de Swift, ce qui les a encouragés à développer leur propre système, fonctionnant pour le moment seulement en Russie.
Et le seconde est le Cips chinois. Développé avant tout pour des motifs internes, il est tout aussi capable d'opérer des transactions transfrontalières. Des discussions sont d'ailleurs en cours entre la Russie et la Chine pour intégrer davantage de banques au système de messagerie chinois et le rendre compatible avec le Spfs. Des parades sont donc possibles, mais qui ne facilitent tout de même pas la tâche pour les Russes.
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