Société
Les dessous du retrait des tests rapides antigéniques des officines
21/07/2021 - 13:00
Khaoula Benhaddou
Le bras de fer entre les biologistes, les pharmaciens et le ministère de la Santé concernant la vente des tests salivaires rapides dans les officines continue. Après une note adressée par les biologistes à la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP), le ministère de la Santé a ordonné le retrait des tests rapides des officines. Cette décision a été largement critiquée par les professionnels du secteur. Premières réactions.
La tension monte entre les pharmaciens, les biologistes et le ministère de la Santé. La cause ? La vente des tests salivaires rapides dans les officines. Ces tests permettent de détecter la présence du coronavirus dans la salive des patients, synonyme de contamination par la covid-19.
Rétropédalage de la tutelle
Le mois de juin dernier, ce test salivaire 100% marocain développé par Gigalab, a reçu l’Attestation de mise sur le marché (AMM) de la part du Département de Khalid Ait Taleb ainsi que l'autorisation de sa mise en vente dans les pharmacies.
Quelques jours après sa commercialisation, le ministère de la Santé se rétracte et ordonne le retrait de ces tests des officines. Pour Mohamed Lahbabi, président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, cette décision est incompréhensible. "Nous avons commencé la commercialisation des tests salivaires au niveau des officines. Bien évidemment, la vente de ce dispositif est autorisée par le ministère de la Santé qui a lui-même signé le certificat d’enregistrement. À notre grande surprise, une semaine après, les fournisseurs nous informent que la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP) leur a demandé d’arrêter les livraisons. Par la suite, nous avons reçu une note pour retirer les lots déjà livrés. On a été obligé d’exécuter parce que c’est une décision ministérielle même si on ne connaît pas ses vraies raisons".
Même son de cloche chez Oualid Amri, président de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc. "Nous avons été surpris par l’interdiction de vente des tests par la tutelle. Le pays connaît une crise sanitaire et toutes les parties prenantes du système sanitaire doivent se mobiliser pour dépasser cette période difficile. Les pharmaciens ont également un rôle important à jouer. Le Maroc compte 12.000 pharmaciens qui sont présents même dans les zones où il n y a pas de centre de santé ni de médecins. Nous souhaitons participer aux efforts de l’État et permettre de désengorger les établissements de soins. En vendant ou en effectuant les tests à la pharmacie, nous allons pouvoir diagnostiquer rapidement quelques cas positifs", argue-t-il. Et d’ajouter, non sans indignation : "en France, les pharmaciens font des tests antigéniques et vaccine même la population. Je ne comprends pas pourquoi le ministère nous exclut de cette opération et nous interdit de vendre les tests salivaires".
Un forcing des biologistes ?
En l'absence d'une communication officielle du ministère de la Santé, les pharmaciens tentent de justifier la réaction de la tutelle: "l'interdiction de vente des pharmaciens est incompréhensible. Les officines n’allaient gagner que quelques dirhams en vendant des tests salivaires. Le pharmacien allait acheter ce dispositif à 70 dirhams et le vendre à moins de 100 dirhams. En vendant ces tests dans les officines, nous allons démocratiser l'accès au diagnostic, mais apparemment, ce n’est pas l’objectif de certains qui veulent protéger leurs affaires au détriment de la santé publique ! ", déplore Oualid Amri.
Pour Mohamed Lahbabi, la vente des tests dans les pharmacies menacerait l’activité des biologistes. "Il y a quelques jours, les biologistes ont envoyé une lettre à la Direction des médicaments et de la pharmacie pour retirer les tests des officines. Je précise que le prix réel d’un PCR est de 8 dollars et on le facture à la population à plus de 600 dirhams . Alors que ces tests salivaires sont vendus à 115 dirhams au maximum. Au lieu de penser à l'intérêt de la population, les biologistes continuent de générer 520 dirhams de bénéfices de chaque test réalisé. C’est trop!".
Les raisons du ministère de la Santé
Pour le moment, le ministère de la Santé s’est contenté d’adresser une note à l’ordre des pharmaciens annonçant le rappel de lot du réactif à usage de diagnostic in vitro Gigalab Covid-19 Ag Gold Salive. Le ministère précise que le dispositif a été mis en vente dans les officines à travers des établissements pharmaceutiques sans autorisation préalable de la tutelle.
Pour Mohamed Lahbabi, cette annonce est incompréhensible. "Avant de vendre un produit pharmaceutique ou parapharmaceutique, il doit absolument avoir un certificat de mise en marché. Une commission interministérielle s'est réunie et a statué sur la fiabilité des tests salivaires. Je suppose que le ministère a pris cette décision parce qu’il s’agit d’un test pour diagnostiquer une maladie à déclaration obligatoire. Si c’est vraiment le cas, le ministère aurait commis une grave erreur puisqu’on ne donne pas un certificat d’enregistrement sans définir un cahier des charge précis", explique davantage le pharmacien. Et d’ajouter : "ce cahier des charges n’a pas été précisé ou bien n’a pas été transmis par les fournisseurs aux officines. À mon avis, le ministère devrait mettre en place une plateforme de déclaration des cas covid-19 qui sont dépistés dans les officines. Cela aurait réglé le problème. C’est donc une erreur du ministère qui n’a pas établi un protocole de mise en place de ce produit dans les officines".
Mohamed Lahbabi soulève un autre problème encore plus sérieux. "Nous avons décelé un problème plus grave, c’est la vente des tests rapide sur les réseaux sociaux. Comment peut-on avoir la traçabilité de ce dépistage?", s’interroge notre interlocuteur.
Contacté par SNRTnews le ministère de la Santé n'a pas donné suite à nos sollicitations.
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