Economie
Les inondations frappent la filière apicole: Lourdes pertes dans le Nord et le Gharb
27/02/2026 - 17:50
Khawla Znaizini
Plusieurs apiculteurs des régions du Nord et du Gharb ont enregistré des pertes importantes au sein de leurs cheptels suite aux récentes précipitations. Ces intempéries ont provoqué la mort d'un grand nombre d'abeilles et l'isolement de nombreux ruchers, survenant à une période critique : le début de la saison de l'essaimage, étape cruciale du cycle de production annuel.
Cette situation impacte directement les coopératives et les professionnels dont l'apiculture constitue la principale source de revenus.
Évaluation des dégâts et zones sinistrées
El Hassan Benbel, président du Syndicat national des apiculteurs professionnels, a confirmé à SNRTnews que des pertes majeures ont été relevées, notamment dues aux crues ayant emporté les ruches situées à proximité des oueds. Bien que l'évaluation sur le terrain soit toujours en cours, les localités les plus touchées sont identifiées : Ksar El Kébir, Sidi Allal Tazi, Jorf El Melha, Ouezzane et Taounate.
M. Benbel a souligné que l'ampleur des dégâts varie selon l'emplacement des ruchers, précisant que certains éleveurs n'ont pas respecté les consignes des autorités locales concernant le déplacement des ruches vers des zones sécurisées.
Un paradoxe entre pertes immédiates et perspectives de production
Malgré cette crise, M. Benbel estime que les précipitations records de cette année pourraient favoriser, par ailleurs, une excellente saison pour la multiplication des colonies et l'augmentation de la production de miel. Il appelle les apiculteurs ayant conservé leurs caisses vides à exploiter la période d'essaimage (mars à juin) pour compenser les pertes.
Sur le plan national, l'impact sur la production globale devrait rester limité. Si le miel d'agrumes pourrait connaître une baisse locale, les perspectives sont prometteuses pour les miels de caroubier, d'euphorbe (Dagmous), de thym et de romarin grâce à l'amélioration de la flore. Les prix, quant à eux, affichent une stabilité similaire à celle de l'année précédente.
Des dégâts inédits depuis 2009
Pour Mohamed El Farich, apiculteur et membre de l'Union des coopératives de la région du Gharb, la situation est alarmante. Interrogé par SNRTnews, il affirme que les pertes pour la majorité des coopératives oscillent entre 40 % et 100 %, certaines ayant tout perdu. Il compare cette crise à celle des inondations de 2009.
"Une ruche qui comptait autrefois 10 cadres n'en possède plus que deux ou trois dans certains cas. La capacité productive est drastiquement réduite : la production de miel de citron pourrait ne pas dépasser 2 kg par ruche cette saison, contre 10 kg en temps normal", explique-t-il.
Appels à l'intervention de l'État
Face à cette précarité, les professionnels sollicitent un soutien gouvernemental d'urgence. Le président du syndicat a rappelé que le ministère de l'Agriculture avait déjà distribué plus de 5000 ruches lors des saisons 2025 et 2026 au profit des sinistrés des incendies de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Il préconise des mesures similaires, incluant l'augmentation du nombre de ruches distribuées pour compenser les effets des inondations.
Outre le climat, la filière fait face à d'autres défis structurels, comme la hausse des coûts de production, la concurrence du secteur informel et des produits importés et les difficultés d'accès aux ruchers isolés par l'érosion des sols et l'effondrement des infrastructures.
Malgré ces obstacles, les professionnels restent optimistes quant aux bénéfices à moyen terme des pluies sur la biodiversité, tout en reconnaissant que le coût de reconstruction du cheptel sera particulièrement lourd pour de nombreux producteurs.
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