Société
Les jeunes, les victimes "silencieuses" de la pandémie
21/02/2021 - 20:27
Khaoula Benhaddou
Si le coronavirus n’a pas touché une grande partie d’enfants et adolescents, ses conséquences psychiques ont été plus importantes pour cette catégorie de la société. Tel est le constat de l’association Sourire de Reda.
La « Helpline » de l’association Sourire de Reda, une association marocaine dont la mission principale est de venir en aide aux jeunes en souffrance et prévenir le suicide, a enregistré un taux d’appels supplémentaires de +78%, entre janvier et juin 2020, par rapport à la même période de l’année 2019, avec un pic de 92 % entre mars et juin. Les responsables de l’association ont traité 700 demandes d’aide en 2020. Ces chiffres révélateurs ont été publiés début février dans le rapport annuel de l’association, dont SNRTnews détient copie.
Covid, une crise de plus
Les résultats de ce rapport montrent que le confinement et la crise sanitaire ont eu un impact direct sur le moral des jeunes. Le lien de causalité est établi puisque l’association a noté une augmentation des appels entre mars et juin 2020 par rapport à la même période en 2019. « Ceci dénote d'un climat psychique marqué par l'angoisse et l'isolement chez les jeunes pendant la pandémie », explique Myriam Bahri, directrice générale de l’association Sourire de Reda. Cette association a créé et gère depuis une décennie une ligne de soutien émotionnel anonyme, gratuite et confidentielle « Stop Silence ».
Parmi les sources d’angoisse pour cette catégorie de la société : le manque de visibilité sur le cursus scolaire, apprend-on de la même source. La responsable de l’association évoque aussi « la frustration des jeunes et moins jeune due au manque d’activités exutoires qui permettent de libérer les émotions telles que le sport ou l’art ».
Autre phénomène inquiétant lié à la Covid-19: la recrudescence des cas de cyberharcèlement expliquée par l'allongement du temps que passent les jeunes sur le web. Le rapport a indiqué aussi que la pandémie a augmenté la fragilité psychique de certains jeunes. Cela pourrait être le résultat « du décès d’un membre de la famille sans avoir la possibilité d’assister aux rituels de deuil, de l’arrêt brusque de suivi psychologique et/ou du traitement psychiatrique pour des raisons logistiques ou matérielles ou encore le confinement avec un parent exerçant des abus physiques, sexuels ou moraux sur le jeune », détaille la directrice.
Quid du taux de suicide ?
En dépit de cette crise sanitaire à fort impact psychologique, le taux des jeunes ayant fait une ou plusieurs tentatives de suicide reste inchangé par rapport à l’année 2019. Selon les statistiques établies sur la base des sondages réalisés par l’association, on note que 35% des jeunes qui appellent sur la helpline « Stop silence » ont déjà fait une ou plusieurs tentatives de suicide, 65% ont des idées suicidaires. Des taux quasi similaires de ceux enregistrés en 2019.
La responsable de l’association Sourire de Reda relève, par ailleurs, que le nombre global des appelants ayant commis des tentatives de suicide dans l’année a augmenté en 2020 par rapport à l’année précédente.
Renforcement des actions
L’augmentation du nombre d'appels entrants au niveau de la helpline « Stop Silence » a amené l’association à mobiliser des ressources exceptionnelles afin de répondre à toutes les sollicitations. « Nous avons renforcé nos effectifs pour traiter les demandes d'aide reçues par mail et sur les réseaux sociaux de Sourire de Reda », explique la directrice. L’association a également élaboré un e-book MY CARE pour aider les jeunes à mieux vivre le confinement.
Qui plus est, l’association a investi les réseaux sociaux pour toucher le maximum de jeunes. Après Instagram et Facebook, Sourire de Reda vient de lancer un compte sur Tik Tok. « Ces canaux de communication nous permettent de toucher davantage de jeunes », précise la directrice de l’association. Et d’ajouter que ces communautés virtuelles sont animées par un comité constitué de jeunes. Il s’agit d’un comité opérationnel de 20 collégiens et lycéens, membres de Sourire de Reda. Ces derniers, qui « ont été formés sur la thématique du suicide », jouent un rôle « clé » dans la sensibilisation des jeunes souvent du même âge.

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