Economie
Les voitures chinoises s’étendent sur le marché national: Ont-elles séduit les Marocains?
16/01/2026 - 12:45
Ouiam Faraj
Le marché automobile marocain connaît, ces dernières années, une montée en puissance notable des voitures chinoises. Après une présence longtemps limitée, ces marques sont devenues des acteurs à part entière, capables de rivaliser avec les constructeurs européens, coréens et japonais, tant par la diversité des modèles proposés que par les prix et les réseaux de distribution.
Plusieurs marques chinoises ont fait leur entrée au Maroc, parmi lesquelles BYD, Chery, Chang’an, ainsi que Lynk & Co, qui a récemment annoncé son arrivée officielle sur le marché marocain. À cela s’ajoute MG, marque d’origine britannique aujourd’hui détenue par un groupe chinois, entre autres. Cette dynamique a élargi l’offre disponible pour le consommateur marocain, notamment dans le segment des véhicules économiques et de milieu de gamme.
Du marché intérieur à une stratégie d’exportation
Dans ce contexte, le président de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), Abdelouahab Naciri, explique que la présence des voitures chinoises au Maroc "n’est pas récente", mais que son rythme s’est nettement accéléré au cours des deux dernières années. Quatre nouvelles marques chinoises ont intégré le marché marocain en 2024, avant que leur nombre ne dépasse la dizaine en 2025.
Selon lui, cette expansion s’inscrit dans un tournant stratégique de l’industrie automobile chinoise, arrivée à un stade avancé de maturité sur son marché intérieur, estimé à près de 30 millions de véhicules vendus chaque année. Dans une déclaration à SNRTnews, il précise que les marques chinoises, autrefois concentrées sur la demande locale, se sont désormais tournées vers l’exportation après avoir atteint de grandes capacités de production.
Il souligne également que la Chine compte plus de 150 marques automobiles, alors qu’environ 16 seulement sont présentes au Maroc, des marques qui opèrent également sur les marchés européens, au Moyen-Orient et en Afrique du Sud, y compris dans des pays développés.
Une compétitivité fondée sur les prix
Concernant la qualité des voitures chinoises, le président de l’AIVAM affirme qu’"aucun problème majeur n’a été signalé", estimant que ces marques disposent aujourd’hui de références suffisantes pour évaluer leurs produits. Il précise que la majorité des marques entrées sur le marché marocain en 2025 se positionnent sur les véhicules électriques et hybrides, en phase avec la transition mondiale vers des technologies plus propres.
Il ajoute que la compétitivité des prix constitue l’un de leurs principaux atouts, en particulier pour les véhicules électriques et hybrides. Cette compétitivité s’explique par l’avance de la Chine dans la fabrication des batteries et leur disponibilité en grande quantité, permettant de proposer des véhicules à des prix inférieurs à ceux des modèles européens, tout en offrant des équipements complets.
Les ventes de voitures en hausse de 33 %
Malgré cette dynamique, Abdelouaheb Naciri précise que la forte visibilité des marques chinoises ne reflète pas nécessairement leur part réelle des ventes. En 2025, leur part de marché n’a pas dépassé 8% du total.
Selon lui, les ventes de voitures neuves au Maroc ont enregistré une hausse de 33% en 2025, passant de 176.000 véhicules en 2024 à 235.000 en 2025, un record historique. Les voitures chinoises représentent environ 8% de ce volume.
Il insiste sur le fait que la confiance du consommateur demeure un facteur déterminant pour l’évolution des ventes et l’ancrage durable de ces marques sur le marché marocain. Il estime également que l’évaluation réelle de la qualité des marques récemment introduites nécessite plusieurs années d’observation.
Une évolution des critères de choix
De son côté, Younes Aït Hmadouch, professeur d’économie et de finance à la Faculté d’économie et de gestion de Kénitra, explique que le consommateur marocain base ses décisions d’achat sur le rapport qualité-prix, tout en tenant compte de critères traditionnels comme le nom et l’image de marque.
Il souligne que ce dernier critère évolue progressivement, notant que l’industrie chinoise a connu un développement majeur au cours des dix dernières années, notamment en lien avec les enjeux environnementaux et climatiques. Ces transformations ont entraîné un recul du diesel et un durcissement des réglementations, au profit des véhicules électriques et hybrides.
Dans une déclaration à SNRTnews, il estime que ces mutations ont constitué une véritable opportunité pour la Chine d’élargir ses exportations, en s’appuyant sur ses avantages technologiques, non seulement dans l’automobile, mais aussi dans d’autres secteurs.
Il ajoute que l’entrée des grandes marques allemandes et américaines sur le marché des véhicules électriques, en concurrence directe sur le terrain chinois", a renforcé l’ambition des entreprises chinoises de s’imposer à l’international. Les comparaisons réalisées entre les véhicules électriques chinois et leurs homologues allemands et américains ont contribué à changer la perception du consommateur, y compris marocain, de plus en plus attiré par ces modèles, notamment en raison de leurs prix attractifs.
Une dynamique d’exportation renforcée
L’analyste économique souligne enfin que, bien que la Chine soit présente depuis longtemps sur les marchés internationaux, elle accordait auparavant une importance limitée au marketing et à la publicité. Cette situation a récemment évolué, notamment après l’imposition de droits de douane par les États-Unis, poussant la Chine à lancer d’importantes campagnes promotionnelles et à élargir ses marchés d’exportation.
Il conclut que l’intérêt croissant pour les voitures chinoises doit être analysé à la lumière du contexte mondial, marqué par les changements climatiques et les pressions réglementaires et commerciales. Selon lui, d’ici trois à quatre ans, ces véhicules pourraient s’imposer fortement face aux modèles allemands et américains, au regard des nouvelles orientations du secteur automobile mondial.
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