Economie
Volaille au Maroc: Les prix remontent, les éleveurs restent dans le rouge
14/07/2026 - 22:05
Hiba Afza
Après plusieurs semaines de baisse, les prix de la volaille repartent légèrement à la hausse dans les différents marchés du Royaume, s'établissant entre 15 et 17 dirhams le kilogramme chez les détaillants selon les régions. Si cette augmentation pèse sur le pouvoir d'achat, elle cache une crise beaucoup plus profonde chez les producteurs, pour lesquels le prix de vente du poulet reste actuellement inférieur à son coût de production
C'est une tendance qui se confirme sur les étals des marchés populaires et des boucheries. Le poulet, alternative protéinée privilégiée des ménages marocains, enregistre une hausse de prix ces derniers jours, oscillant désormais entre 15 et 17 dirhams le kilogramme selon les régions. Une tarification qui interroge, alors que la réalité des fermes et des marchés de gros est totalement différente.
Un marché de gros en baisse et une offre supérieure à la demande
Derrière le prix affiché chez le détaillant, la réalité des producteurs est tout autre. Contacté par SNRTnews, Mostafa EL Mountassir, président de l'Association nationale des producteurs de viandes de volailles (APV), révèle un paradoxe flagrant: "Aujourd'hui, le prix du poulet dans les marchés de gros varie seulement entre 11,50 et 12,00 dirhams le kilogramme, notamment sur le marché de gros de Casablanca. Au niveau des fermes, les prix de vente se situent même entre 10,50 et 11,00 dirhams".
À la lumière de ces chiffres, le prix de vente à la production est en réalité bien inférieur au coût de revient réel. Selon le professionnel, les coûts de production actuels pour les éleveurs oscillent entre 12,50 et 14,50 dirhams le kilogramme. Les éleveurs subissent donc de lourdes pertes financières à chaque vente.
De plus, contrairement aux idées reçues sur une éventuelle pénurie estivale, M. El Mountassir précise que l'offre est actuellement supérieure à la demande sur le marché national.
Le blocage des "Riyachates" et l'écart des prix au détail
Si l'offre est abondante et que les éleveurs vendent à perte aux alentours de 11 dirhams, pourquoi le consommateur paie-t-il son poulet jusqu'à 17 dirhams chez le détaillant ? Le président de l'APV pointe du doigt un problème structurel majeur au niveau des commerces de proximité: "Nous faisons face à un dysfonctionnement important dans les commerces de détail. L'arrêt de l'octroi des licences pour les tueries traditionnelles ("Riyachates") a réduit la concurrence sur le marché. Sans alternative moderne suffisante, les détaillants achètent le poulet à bas prix mais le revendent entre 15 et 17 dirhams le kilogramme selon les régions".
Cette situation met en évidence un déséquilibre de la chaîne de distribution : une mesure de régulation sanitaire a été mise en œuvre sans qu'une transition fluide ne soit assurée pour protéger le consommateur et maintenir une concurrence saine au détail.
Des éleveurs au bord de la faillite : Quel impact pour l'avenir ?
L'été est traditionnellement marqué par une hausse de la demande (mariages, retour des MRE, tourisme), mais la filière souffre d'un épuisement financier sévère. Les pertes cumulées par les producteurs depuis plusieurs mois ont poussé de nombreux éleveurs à la faillite. "Les pertes financières accumulées sont colossales. Les éleveurs qui ont vidé leurs fermes il y a un mois n'ont pas relancé de cycle de production, car leur capital a été entièrement englouti. À titre d'exemple, un éleveur qui produisait habituellement 40 000 poussins n'en produit plus que 20 000 aujourd'hui, faute de trésorerie pour financer ses charges".
Aujourd'hui, bien que l'offre actuelle reste temporairement supérieure à la demande en raison des déstockages massifs des éleveurs aux abois, cette tendance est sur le point de s'inverser. En effet, alors que la production globale sur les deux derniers mois avait atteint un pic de 13 millions de poussins, elle s'apprête à descendre à 11 millions par semaine dès les semaines à venir. Ce sont ainsi 2 millions de poussins qui ont été retirés du marché. M. Mountassir prévient que si cette saignée chez les éleveurs persiste, la baisse à venir de l'offre globale finira par provoquer, dans un avenir très proche, une hausse des prix beaucoup plus sévère pour le consommateur final.
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