Economie
African Economics Symposium: entre financement des transitions et économie de la Coupe du monde 2030
15/07/2026 - 10:42
Malak Zougagh | Hamza BAMMOULa deuxième journée de l’African Economics Symposium a mis en lumière deux enjeux majeurs pour les économies africaines: les conditions de financement d'une croissance durable et les opportunités, mais aussi les risques, liés à l'organisation de la Coupe du monde 2030 par le Maroc, aux côtés de l'Espagne et du Portugal. Chercheurs, économistes et responsables institutionnels ont plaidé pour des politiques publiques capables de transformer les grands investissements en leviers durables de développement.
La première partie de la journée, consacrée au thème "Financing Transitions for Sustainable Growth", a exploré les défis liés au financement des transformations économiques, énergétiques et numériques auxquelles sont confrontés les pays africains.
Les intervenants ont insisté sur la nécessité de mobiliser davantage de financements publics et privés afin d'accompagner les transitions structurelles tout en préservant les équilibres macroéconomiques. Plusieurs échanges ont porté sur la modernisation des infrastructures, l'amélioration de la productivité, l'innovation et le renforcement des capacités institutionnelles comme conditions indispensables à une croissance inclusive.
Au cœur des discussions figurait également la question de la qualité des investissements. Les participants ont rappelé que le succès des politiques de transition dépend moins du volume des dépenses que de leur capacité à générer des gains de productivité, à attirer les investissements privés et à renforcer la résilience des économies africaines face aux chocs extérieurs.
La Coupe du monde 2030, un accélérateur plutôt qu'une stratégie de développement
La deuxième séquence de la journée, intitulée "Managing the World Cup Economy", s'est intéressée aux retombées économiques potentielles de l'organisation de la Coupe du monde 2030.
Pour les experts réunis lors de cette session, l'événement ne constitue pas une stratégie de développement en soi. Il représente avant tout un accélérateur susceptible de renforcer des réformes et des investissements déjà engagés. L'expérience internationale montre que les bénéfices des grands événements sportifs restent limités lorsqu'ils ne s'inscrivent pas dans une vision de développement à long terme.
S'appuyant sur les exemples de l'Allemagne (2006), de l'Afrique du Sud (2010), du Qatar (2022) ou encore des Jeux olympiques de Barcelone (1992), les intervenants ont souligné que les infrastructures doivent répondre aux besoins des populations bien au-delà de la compétition. Routes, transports ferroviaires, aéroports, infrastructures numériques ou encore équipements touristiques doivent être pensés comme des investissements utiles après 2030.
Des retombées économiques réelles, mais accompagnées de risques
Une étude présentée durant la session a évalué les effets économiques du programme d'investissements prévu pour la Coupe du monde au Maroc, estimé à près de 30 milliards de dollars, répartis entre infrastructures sportives, extension des aéroports, développement du réseau ferroviaire à grande vitesse, modernisation des autoroutes, investissements touristiques et déploiement de la 5G.
Les simulations économiques montrent que ces investissements pourraient soutenir la croissance et stimuler particulièrement les secteurs de la construction, des transports et des télécommunications. Les infrastructures ferroviaires et numériques apparaissent comme les projets offrant les retombées économiques les plus importantes grâce à leurs effets durables sur la productivité.
Les chercheurs ont toutefois mis en garde contre plusieurs risques: tensions inflationnistes, hausse des importations, pression sur les finances publiques et effets d'éviction sur la consommation des ménages. Selon eux, la réussite du projet dépendra largement de la capacité à maîtriser ces contraintes budgétaires et à maximiser les effets de long terme.
Une ambition qui dépasse le sport
Au-delà des chiffres, plusieurs intervenants ont insisté sur les bénéfices immatériels que pourrait générer l'organisation de la Coupe du monde. L'événement constitue une occasion de renforcer l'image internationale du Maroc, d'améliorer son attractivité économique et touristique, mais aussi de consolider la confiance des citoyens dans les capacités du pays à mener des projets d'envergure.
Le principal enseignement de cette journée est que les grands projets de transformation, qu'ils concernent les transitions économiques ou l'organisation d'un méga-événement sportif, ne produisent des résultats durables que lorsqu'ils s'intègrent dans une stratégie cohérente de développement. Pour les participants de l'African Economics Symposium, l'enjeu n'est donc pas seulement de réussir la Coupe du monde 2030, mais d'en faire un catalyseur de la transformation économique du Maroc et, plus largement, du continent africain.
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