Société
L’INPPLC unifie les données et crée un baromètre anticorruption
25/11/2025 - 17:04
Youness Oubaali
L’INPPLC adoptera une plateforme numérique centrale pour unifier, standardiser et sécuriser les données anticorruption, et lancera un baromètre national aligné sur les normes internationales. Cette avancée marque une étape déterminante sur la voie de la ratification par le Maroc des conventions pénale et civile du Conseil de l’Europe.
Fatima Ezzahra Azayit, cheffe de la division de la veille et de l’analyse des données à l’Observatoire de l’INPPLC, a annoncé l’imminent déploiement de cette plateforme dédiée à la réception et à la collecte de données provenant des institutions nationales et d’organismes internationaux d’évaluation. Présentée lors d’une rencontre d’étude organisée par l’INPPLC et le Conseil de l’Europe sur l’évaluation de l’impact des politiques de lutte contre la corruption, le mardi 25 novembre 2025, l’initiative vise à offrir un tableau de bord unifié, à harmoniser les formats d’échange et à faciliter le partage interinstitutionnel d’informations de qualité.
Mme Azayit a précisé que ces données, à l’origine publiques, peuvent être échangées entre institutions, dans le respect strict des normes de sécurité et de la confidentialité des données personnelles. L’objectif est de garantir une information fiable, actualisée et interopérable au service de la décision publique.
Parallèlement, l’Observatoire développe un indice composite intégrant les perceptions des citoyens et des entreprises ainsi que les indicateurs émis par les institutions constitutionnelles. Selon Amine El Basri, directeur de l’Observatoire, cet indice alimentera un baromètre national répondant aux standards internationaux, fondé à la fois sur les données nationales et sur des indicateurs reconnus à l’échelle mondiale pour mesurer l’impact et l’efficacité des politiques anticorruption.
La présentation du système national "Mapping Data Anticorruption" a constitué l’un des temps forts de la rencontre. Ce dispositif repose sur quatre piliers complémentaires :
- Des indicateurs internationaux permettant de situer le Maroc sur la scène mondiale ;
- Des données institutionnelles issues des statistiques judiciaires, des audits et des rapports de comptes ;
- Des données de cartographie des risques sectoriels (marchés publics, santé, urbanisme, etc.) ;
- Des mesures de perception et d’expérience vécue à travers des enquêtes nationales et des baromètres.
Fatima Ezzahra Azayit a souligné que la pertinence de l’évaluation dépend de la disponibilité de données fiables, précises et intégrées, capables de refléter objectivement la réalité du phénomène. Elle a mis en évidence les contraintes structurelles actuelles : dispersion de l’information entre acteurs, hétérogénéité des méthodes statistiques et difficulté d’accès à des données à jour et correctement archivées. Pour y répondre, elle a insisté sur la nécessité d’élargir la couverture des données et de renforcer la coopération institutionnelle, rappelant que la donnée statistique est un bien public et que le partage d’information relève d’un engagement éthique et institutionnel au service de la transparence et d’une gouvernance durable.
Sur le plan international, Yassir Chakiri, directeur du pôle Coopération et Partenariat à l’INPPLC, a rappelé que le partenariat avec le Conseil de l’Europe, amorcé en 2012, a permis d’aligner les pratiques, de mettre en œuvre des recommandations et d’évaluer la conformité du Maroc aux conventions pénale et civile du Conseil. À l’issue de programmes triennaux, ces travaux ont identifié et comblé des écarts, conduisant le Maroc à demander l’adhésion aux deux conventions. L’INPPLC multiplie ateliers et séminaires pour mobiliser l’ensemble des parties prenantes en vue de la ratification finale. Une fois celle-ci obtenue, le Maroc rejoindra le Groupe d’États contre la corruption (GRECO), un groupe restreint de pays ayant adhéré aux deux instruments.
Pour sa part, Carmen Morte-Gómez, cheffe du Bureau du Conseil de l’Europe à Rabat, a salué une étape clé du partenariat, répondant à une demande explicite des acteurs nationaux. Elle a rappelé que la question centrale n’est plus "Que faisons-nous?" mais: "Qu’est-ce qui a changé grâce à ce que nous faisons?". L’évaluation d’impact s’impose désormais comme un levier majeur pour améliorer l’efficacité des politiques publiques, orienter les réformes, renforcer les mécanismes de prévention et accroître la confiance des citoyens. Le processus de mesure lui-même constitue un signal fort de volonté de réforme et d’engagement envers la transparence.
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