Economie
L’intégration économique des jeunes, un défi structurel persistant
06/10/2025 - 14:02
Mohammed Fizazi
Face à un marché du travail saturé, la jeunesse marocaine peine à s’intégrer économiquement. Entre précarité, désenchantement et obstacles institutionnels. Mohamed Moutii, jeune économiste, appelle à ce propos à des réformes institutionnelles profondes.
Le marché du travail marocain fait face à un paradoxe inquiétant: alors que le pays compte une jeunesse nombreuse et éduquée, son intégration économique demeure limitée.
Selon les chiffres du Conseil économique, social et environnemental (CESE), le taux de chômage chez les jeunes atteint 36,7%, tandis que leur participation économique ne dépasse pas 22,6%.
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) confirme cette fragilité structurelle. À la fin de l’année 2021, près de 73,2% des jeunes salariés exerçaient sans contrat écrit, révélant la prépondérance du travail informel et l’instabilité qui caractérise les premiers emplois. Cette précarité accentue le sentiment de découragement et renforce le désintérêt des jeunes envers un marché du travail perçu comme inéquitable et peu porteur d’avenir.
Dans une déclaration à SNRTnews, l’économiste Mohamed Moutii, chercheur affilié au "Arab Center for Research" et contributeur à "l’Institute for Research in Economic and Fiscal Issues", souligne que l’intégration économique des jeunes ne peut être envisagée sans réformes institutionnelles profondes. Malgré les dispositions de la Constitution de 2011, notamment son article 33 qui encourage la participation des jeunes, le cadre institutionnel reste, selon lui, marqué par la centralisation, la lenteur bureaucratique et une faible ouverture à la concertation.
L’expert rappelle que les initiatives destinées à promouvoir la jeunesse ont souvent été interrompues ou retardées. "La Stratégie nationale intégrée de la jeunesse (2015–2030) a été gelée, et le Conseil consultatif de la jeunesse, prévu par la loi de 2017, n’a toujours pas vu le jour", déplore-t-il. Cette situation, selon M. Moutii, alimente une crise de confiance durable: environ 70% des jeunes Marocains déclarent ne pas croire à l’efficacité de l’action politique, et seulement 5% estiment que les institutions sont capables d’apporter des changements concrets.
À ces blocages institutionnels s’ajoute la question du système éducatif, qui peine à préparer les jeunes aux réalités économiques. "L’école marocaine forme à la mémorisation, pas à la réflexion. On apprend à répéter, pas à comprendre", affirme-t-il, soulignant que le système éducatif n’intègre pas suffisamment les notions d’entrepreneuriat, de finance personnelle ou de fonctionnement des marchés. "Cette orientation, trop théorique et centrée sur l’emploi public, limite la capacité des jeunes à innover et à s’insérer dans un environnement économique compétitif", ajoute-t-il.
Pour favoriser une meilleure intégration, l’économiste plaide pour une réforme pédagogique en profondeur. Il propose d’introduire des cours de culture économique, de gestion, d’histoire institutionnelle et de compétences entrepreneuriales, tout en privilégiant des méthodes d’apprentissage interactives telles que le débat, la simulation de politiques publiques ou les projets communautaires.
Enfin, sur le plan économique, Mohamed Moutii estime que les obstacles à l’entrepreneuriat ne sont pas seulement financiers, mais avant tout institutionnels. Selon lui, les jeunes Marocains font face à "une bureaucratie lourde, un accès restreint au crédit et une concurrence dominée par des intérêts établis". Pour y remédier, il recommande de "simplifier les procédures de création d’entreprise, libéraliser l’accès au financement et renforcer la transparence des règles du jeu économique".
L’intégration économique des jeunes marocains dépend ainsi de la capacité du pays à instaurer un environnement plus ouvert, transparent et inclusif. Seule une réforme conjuguant éducation, gouvernance et confiance institutionnelle permettra de transformer la jeunesse marocaine en acteur central du développement national.
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