Société
Les jeunes face au monde numérique: Entre isolement et nouvelles formes d'expression
06/10/2025 - 11:00
Khawla Znaizini
Le débat s'est élargi dernièrement autour du changement dans les modes d'interaction de la jeunesse. Un nombre croissant d'entre eux préfèrent en effet s'éloigner de l'intégration sociale dans l'environnement réel au profit de passer plus de temps dans l'isolement ou de s'engager dans des espaces virtuels alternatifs. Au lieu de participer aux activités sociales traditionnelles de partage et de communication, le monde numérique est devenu un exutoire pour l'expression et l'échange.
Alors que certains considèrent ce comportement comme un retrait négatif de la société, d'autres y voient simplement un nouveau choix pour s'exprimer et inventer des formes alternatives d'interaction en l'absence d'espaces réels capables de répondre à leurs aspirations.
Le spécialiste en psychologie sociale Mohssine Benzakour,explique que le processus de communication entre les êtres humains représente l'essence de la vie humaine, car il permet à l'individu d'influencer et d'être influencé par son environnement. Cependant, les transformations technologiques rapides et le déclin de l'attrait pour les institutions traditionnelles de socialisation, telles que les maisons de jeunes et le théâtre, ont créé une rupture entre les jeunes et les moyens d'expression et de communication classiques, les poussant à chercher de nouvelles alternatives.
Il affirme que le monde numérique, avec les smartphones et les réseaux sociaux qu'il offre, a comblé le vide laissé par ces institutions.
Dans sa déclaration à SNRTnews, M. Benzakour souligne que ce changement reflète une modification profonde des modes d'interaction, mais qu'il révèle en même temps une tendance croissante à l'isolement et à la faiblesse de l'intégration dans la réalité.
Il explique: "Nous ne parlons pas ici d'un isolement pathologique, mais plutôt d'une conséquence d'une situation sociale imposée par l'absence d'alternatives réelles, le numérique étant considéré comme un moyen de communication et d'élaboration de nouvelles formes d'expression, que ce soit dans la musique, la création de contenu ou même dans le domaine académique", mentionnant la réussite de nombreux jeunes grâce à ces plateformes.
Il précise que les réseaux de communication permettent à l'individu d'accéder à une énorme quantité d'informations et de données et lui donnent l'opportunité d'apprendre, de stocker et de produire, mais qu'ils n'offrent pas la profondeur de la communication humaine que procurent les relations réelles.
Du point de vue de la psychologie sociale, M. Benzakour affirme que les motivations de l'isolement diffèrent d'un jeune à l'autre: certains le choisissent pour échapper à la frustration et au manque de confiance en soi, tandis que d'autres l'adoptent comme un mécanisme de défense les protégeant des relations ratées ou des conflits sociaux.
De plus, le recours à la communication virtuelle dispense le jeune de l'effort de développer ses compétences sociales, comme affronter l'autre ou tolérer la critique. En contrepartie, il lui accorde une reconnaissance symbolique de sa valeur et lui offre un espace pour exprimer ses énergies.
Et d'ajouter: "L'écran donne la possibilité de mettre fin à une relation d'un simple clic, alors que dans la réalité, cela demande effort, patience et dialogue, ce qui peut ne pas correspondre à la nature de certains jeunes qui penchent vers la rapidité et la superficialité dans l'interaction."
Il estime que l'engagement dans des activités collectives, comme le sport, libère l'individu de son isolement car il y trouve un espace où il se sent appartenir et exprime ses énergies. Lorsque le jeune trouve quelqu'un qui parle son langage et interagit avec lui, son besoin fondamental de communication est satisfait, tandis que celui qui ne trouve pas cet environnement reste privé d'opportunités d'intégration.
Responsabilité de l'école, des partis et de la société civile
M. Benzakour ne se limite pas à l'analyse psychologique du phénomène, mais le relie également à la responsabilité sociétale, soulignant que les jeunes ont trouvé dans les réseaux sociaux un moyen d'exprimer leurs préoccupations, d'organiser des protestations et de mobiliser des manifestants. Ces plateformes, grâce à leur capacité de réponse rapide, sont devenues une alternative aux espaces partisans ou associatifs qui ont manqué ou tardé à suivre l'évolution de la jeunesse.
Il ajoute que les protestations menées par les jeunes aujourd'hui reflètent cette réalité, ayant débuté à travers des espaces virtuels, pour confirmer que l'expression de grandes préoccupations peut s'unifier et prendre forme, même si elle manque de l'encadrement intellectuel ou partisan qui prévalait autrefois.
M. Benzakour conclut que le monde virtuel n'est pas la cause directe de l'isolement, mais qu'il a réussi à attirer les jeunes avec un discours séduisant et des contenus appropriés, à un moment où les institutions politiques et civiles ont tardé à renouveler leur discours ou à fournir des alternatives pratiques. Les plateformes numériques deviennent ainsi la nouvelle structure d'accueil pour les jeunes, comblant des vides sociaux.
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