Société
Tayeb El Ayadi: L’école doit former les jeunes à la conscience civique et à la responsabilité sociale
05/10/2025 - 13:15
Morad Karakhi
Alors que plusieurs villes marocaines ont récemment été le théâtre de manifestations initiées par de jeunes marocains, le professeur de sociologie à la Faculté des sciences humaines et sociales Ibn Tofail à Kénitra, Tayeb El Ayadi, estime que ces mobilisations traduisent "un tournant dans la culture de la protestation au Maroc". Ces manifestations sont organisées par des entités qui utilisent des outils numériques, ce qui leur confère une identité particulière, qu’il qualifie de "dimension numérique", les distinguant des protestations traditionnelles.
Dans une déclaration accordée à SNRTnews, Pr. El Ayadi souligne que ces mouvements se distinguent des précédents par leur dimension numérique. "Ce sont des mobilisations nées et coordonnées à travers les réseaux sociaux, sans structures ni leadership apparents. Elles expriment un mode d’organisation propre à la génération connectée", explique-t-il.
Malgré leur nouveauté, ces mouvements partagent avec les protestations précédentes la nature des revendications, fondées principalement sur l’amélioration des services sociaux, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation.
Parmi ces revendications, dit-il, figurent l’amélioration des ressources humaines, le développement des technologies, l’amélioration de l’accueil des citoyens, la réduction des délais d’attente... autant de mesures susceptibles de rehausser le système de santé.
Quant à l’éducation, elle reste présente depuis les anciennes protestations, avec des appels à des réformes concrètes à la hauteur des aspirations de la jeunesse et des citoyens.
Deux phases de mobilisation
Dans sa déclaration, Pr El Ayadi fait remarquer que les protestations se sont déroulées en deux phases principales. La première, pacifique, a vu émerger une jeunesse-née entre les années 1990 et 2010- décidée à exprimer ses revendications sociales de manière civilisée.
Ce qui caractérise cette phase, selon lui, c’est que les organisateurs restaient inconnus, ce qui a créé une forme de flou quant à la direction des mouvements et à la communication entre les participants.
La deuxième phase, poursuit-il, s’est caractérisée par des débordements et a fait basculer certains rassemblements dans la violence et le vandalisme, parfois sous l’impulsion de jeunes masqués ou de mineurs.
D’ailleurs, les chiffres officiels font état d’une forte implication de mineurs dans les incidents: jusqu’à 70%, voire 100% dans certaines régions, selon les autorités.
Préserver l’équilibre entre liberté et ordre public
Pour le sociologue, "le droit de manifester pacifiquement est garanti par la Constitution, mais il doit s’exercer dans le respect des lois et des biens publics", explique Pr El Ayadi qui plaide ainsi pour une réponse ferme mais mesurée; "Les autorités doivent sanctionner les actes de violence tout en continuant d’écouter les revendications légitimes des jeunes. L’équilibre entre ordre public et liberté d’expression est essentiel."
Il insiste sur la nécessité de réagir de façon positive et efficace à ces revendications, surtout que les protestataires appartiennent à une tranche d’âge dans laquelle l’émotion et une mauvaise évaluation des conséquences peuvent parfois l’emporter.
Le rôle clé de la famille et de l’école
Dans ce sens, El Ayadi affirme qu’il faut que la famille et l’école assument pleinement leur rôle, notamment en accompagnant les changements rapides aux niveaux social et culturel, et la large diffusion des médias sociaux et des technologies modernes.
Il appelle également à un travail de fond sur l’éducation civique et sociale. "La famille doit accompagner ses enfants dans leur rapport à l’espace public et aux réseaux sociaux. L’école, quant à elle, doit intégrer dans ses programmes des modules consacrés à la conscience civique, à la responsabilité sociale et aux valeurs citoyennes", insiste-t-il.
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