Société
L’OMS met en garde contre le MERS: Quel impact pour le Maroc et les pèlerins ?
30/12/2025 - 15:28
Khawla Znaizini | Khaoula Benhaddou
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a émis une alerte concernant le virus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV), après une hausse du nombre de cas confirmés au cours des derniers mois. L’OMS fait état de 19 cas confirmés en laboratoire jusqu’au 21 décembre 2025, dont quatre décès.
Selon l’organisation, 17 cas ont été enregistrés en Arabie saoudite et deux en France. Ces évolutions ne modifient toutefois pas l’évaluation globale du risque, qui demeure modéré aux niveaux régional et mondial, malgré la persistance de cas sporadiques, notamment dans les zones où le virus est connu pour circuler chez l’animal.
D’après les données disponibles, la France a annoncé, début décembre, ses deux premiers cas de MERS-CoV depuis plus de dix ans. Les personnes infectées avaient voyagé dans la péninsule arabique, portant à quatre le nombre total de cas confirmés dans le pays, dont un décès.
Les analyses génétiques ont confirmé que les souches détectées sont identiques à celles circulant dans la péninsule arabique. Les autorités sanitaires françaises ont suivi 34 personnes ayant été en contact avec les cas confirmés, sans enregistrer de contaminations secondaires. Les centres européens de prévention et de contrôle des maladies ont ainsi estimé que le risque de propagation à grande échelle est faible, tout en mettant en garde contre un possible retard de diagnostic en raison de la similitude des symptômes avec d’autres maladies respiratoires courantes.
Un taux de létalité élevé
Le virus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient est une maladie respiratoire virale identifiée pour la première fois en 2012 en Arabie saoudite. Il est principalement associé aux dromadaires, considérés comme le principal réservoir animal du virus.
Le MERS-CoV se caractérise par un taux de létalité élevé, compris entre 35 et 37 %. Depuis sa découverte, il a causé la mort de plus de 850 personnes et a été détecté dans plus de vingt pays à travers le monde. Sa capacité de transmission interhumaine reste toutefois relativement limitée, et il ne présente pas les caractéristiques d’une propagation rapide.
Les symptômes de l’infection varient de formes bénignes à des formes sévères, incluant fièvre, toux et difficultés respiratoires. Dans certains cas, la maladie peut évoluer vers une insuffisance respiratoire aiguë nécessitant une prise en charge en réanimation, notamment chez les personnes atteintes de maladies chroniques ou présentant une immunodépression. Des cas asymptomatiques ont également été recensés dans le cadre du suivi des contacts.
Qu’en est-il du Maroc ?
Commentant la situation, Mohamed El Youbi, directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé et de la Protection sociale, a affirmé que le niveau de risque lié au virus MERS-CoV reste faible pour le Maroc. Il a expliqué que la transmission du virus se fait principalement de l’animal à l’homme, en particulier dans les pays du Golfe, tandis que la transmission interhumaine demeure limitée.
Dans une déclaration à SNRTnews, El Youbi a précisé que la contamination survient essentiellement à la suite d’un contact direct avec un animal infecté ou de la consommation de produits animaux non pasteurisés, tels que le lait de chamelle cru. Des pratiques qui, selon lui, ne font pas partie des habitudes quotidiennes des Marocains, que ce soit au Maroc ou lors de leurs déplacements en Arabie Saoudite pour accomplir la Omra. Il a ajouté que toute maladie émergente fait l’objet d’une évaluation rigoureuse des risques par la Direction de l’épidémiologie.
Concernant le MERS, l’analyse conclut à un risque faible, sans recommandation actuelle de restrictions particulières sur les voyages, les échanges commerciaux ou les points d’entrée, tout en insistant sur le respect des mesures sanitaires générales lors des déplacements à l’étranger.
El Youbi a également souligné que l’immunité collective développée par les Marocains, grâce à la vaccination ou à l’immunité naturelle, constitue une barrière supplémentaire face aux virus dangereux.
Un virus dangereux mais peu contagieux
De son côté, le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, a rappelé que le MERS-CoV appartient à la famille des coronavirus et qu’il est historiquement lié aux pays du Golfe et du Moyen-Orient. Le taux de létalité élevé s’explique, selon lui, par la sévérité des atteintes respiratoires qu’il provoque, ce qui en fait un virus dangereux malgré sa faible diffusion.
Dans une déclaration à SNRTnews, il a précisé que la transmission se fait principalement de l’animal à l’homme, avec des cas limités de transmission interhumaine nécessitant un contact direct et prolongé avec une personne infectée. Il a ajouté que le virus ne se propage pas rapidement et que la personne infectée ne devient contagieuse qu’après l’apparition des symptômes, contrairement à d’autres virus respiratoires.
Le spécialiste a assuré qu’aucune nouvelle mutation ni signe d’évolution vers une situation épidémique n’a été détecté à ce stade. La situation au Maroc ne suscite donc pas d’inquiétude particulière, même si la vigilance reste de mise, notamment en ce qui concerne la surveillance des vols en provenance des pays touchés.
Omra : vigilance sanitaire et prévention
Concernant les pèlerins marocains, l’expert a rappelé qu’il n’existe actuellement aucun vaccin contre le MERS-CoV, les vaccins étant encore en phase expérimentale. La prise en charge des cas confirmés repose essentiellement sur l’isolement afin de contenir la propagation du virus. Aucune recommandation n’a été émise pour interdire les déplacements liés à la Omra, mais la prévention demeure essentielle.
Il n’a pas exclu la mise en œuvre de certaines mesures préventives habituellement appliquées lors des voyages à l’étranger, insistant sur l’importance de renforcer la sensibilisation sanitaire, notamment auprès des populations vulnérables. Cela passe par l’évitement des contacts directs avec les animaux et les produits d’origine animale, le respect strict des règles d’hygiène et la limitation des visites dans les établissements de santé sans nécessité.
Les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants, les patients atteints de maladies chroniques et les personnes immunodéprimées sont considérés comme les plus exposés aux complications, ce qui nécessite une vigilance accrue avant et pendant le voyage.
Enfin, l’Organisation mondiale de la santé appelle à renforcer la surveillance épidémiologique et la notification rapide des cas suspects, ainsi qu’à l’application rigoureuse des mesures de prévention des infections dans les structures de soins. Elle souligne qu’une gestion calme et scientifique de la situation, sans dramatisation, reste la meilleure approche pour contenir le virus, rappelant que "les personnes atteintes de maladies chroniques doivent éviter tout contact étroit avec les animaux, en particulier les dromadaires, lors de visites dans les fermes, les marchés ou les enclos où le virus peut circuler "
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