Société
L’UNICEF mobilisée contre le décrochage scolaire et pour une éducation plus inclusive au Maroc
27/04/2026 - 20:32
Khaoula Benhaddou
Le Maroc poursuit sa mobilisation face à un défi persistant : celui de la déperdition scolaire. Selon le rapport annuel 2025 de l’UNICEF, près de 280.000 élèves ont quitté le système éducatif au cours de l’année, un chiffre qui illustre l’ampleur des efforts à déployer dans le cadre de la feuille de route 2022-2026 de réforme de l’éducation.
Intitulé "Accompagnement aux réformes structurantes relatives aux droits de l’enfant", ce rapport dresse un état des lieux des avancées et des défis dans plusieurs secteurs clés, dont l’éducation, la santé et la protection sociale. Au cœur de cette analyse, la question de la rétention scolaire s’impose comme une priorité nationale.
Un modèle innovant pour freiner le décrochage
Dans le domaine éducatif, Laura Bill met en avant une approche novatrice "Un modèle innovant de maintien des filles à l’école a été mis en place avec des résultats remarquables : certaines écoles ont presque éliminé le décrochage. L’évaluation recommande son institutionnalisation."
Développé en partenariat avec le Ministère de l’Éducation Nationale, du Préscolaire et des Sports, ce modèle multisectoriel repose sur un accompagnement individualisé des élèves et l’amélioration de l’environnement scolaire. Il s’appuie également sur une série d’outils pédagogiques et de gestion : guides pour directeurs et enseignants, programmes d’innovation sociale inspirés de l’approche UPSHIFT, dispositifs de soutien à l’hygiène menstruelle ou encore initiatives de plaidoyer portées par les élèves eux-mêmes.
Dans les régions pilotes de Béni Mellal-Khénifra, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et l’Oriental, plus de 5 500 jeunes, dont une majorité de filles, ont bénéficié de ces programmes. Les résultats sont significatifs : dans certaines zones, des établissements ont réussi à atteindre un taux de décrochage nul durant l’année scolaire 2024-2025.
L’évaluation finale du projet dédié à la transition des adolescents vers l’âge adulte confirme l’efficacité de cette approche, fondée sur la participation entre pairs, l’engagement communautaire et le travail en réseau. Elle recommande désormais une généralisation à l’échelle nationale.
Vers une école plus inclusive
Au-delà de la lutte contre l’abandon scolaire, l’année 2025 a été marquée par des avancées en matière d’inclusion. L’intégration des enfants migrants et réfugiés a notamment fait l’objet d’initiatives ciblées, avec le développement d’un kit d’inclusion comprenant des outils de transition linguistique en arabe et en français, ainsi que des guides d’accueil scolaire. Une trentaine de formateurs ont été mobilisés pour accompagner son déploiement.
Cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large : celle d’une école capable de s’adapter à la diversité des profils et des parcours, tout en garantissant l’égalité des chances.
Des écoles plus résilientes face aux crises
Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique et les séquelles du séisme de 2023, l’UNICEF a également investi dans l’amélioration des infrastructures scolaires. Sept établissements situés dans les régions de Marrakech et de Souss-Massa ont été réhabilités, intégrant des services d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) adaptés aux défis climatiques.
Ces infrastructures rénovées, accessibles et sensibles au genre, bénéficient désormais à plus de 3.300 élèves, offrant des conditions d’apprentissage plus sûres et plus inclusives. Les enseignements tirés de cette expérience alimentent actuellement l’élaboration des premières normes nationales WASH en milieu scolaire.
Parallèlement, un kit de préparation aux situations d’urgence a été conçu pour les enseignants, incluant des modules de soutien psychosocial et des outils pédagogiques adaptés aux contextes de crise. Ce dispositif, en cours de finalisation, vise à renforcer la résilience du système éducatif face aux chocs futurs.
Les enfants, acteurs du changement
L’année 2025 marque également un tournant dans la participation des enfants aux politiques publiques. Pour la première fois au Maroc, 372 enfants ont contribué à l’élaboration d’un rapport destiné au Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, avec l’appui du Conseil National des Droits de l’Homme.
Cette implication directe traduit une évolution des pratiques: les enfants ne sont plus seulement considérés comme bénéficiaires, mais comme des acteurs à part entière du changement. Cette dynamique est également portée par de jeunes ambassadeurs engagés, à l’image de Meryem Amjoune ou encore d’une nouvelle génération de défenseurs des droits de l’enfant, mobilisés dans des campagnes nationales et internationales.
Protection sociale : des avancées significatives
Sur le plan social, le rapport met en lumière des progrès notables avec un taux de couverture passant de 58 % en 2021 à 80 % en 2025.
Les transferts monétaires mensuels prévisibles atteignent désormais 5,6 millions d’enfants vulnérables. Pour limiter les risques d’exclusion dus à l’enregistrement numérique, l’UNICEF a réalisé des exercices de benchmarking et plaidé auprès de l’Agence nationale du soutien social pour une gouvernance territorialisée.
Ce plaidoyer a contribué, en juillet 2025, au lancement de la première représentation territoriale de l’Agence au niveau de la province d’El Jadida, fondée sur une médiation humaine de proximité. Il a également abouti à la conception de programmes pilotes intégrés, qui seront lancés en 2026, afin que les aides financières se traduisent par un meilleur accès aux services sociaux de base et favorisent l’insertion socio-économique des familles.
Une dynamique à consolider
En filigrane, le rapport de l’UNICEF met en évidence une transformation progressive du système éducatif et social marocain, désormais plus inclusif, plus résilient et davantage centré sur les droits de l’enfant.
Mais les défis restent considérables. Entre la nécessité de généraliser les bonnes pratiques, de réduire les disparités territoriales et de maintenir les élèves dans le système scolaire, la lutte contre le décrochage demeure un chantier prioritaire.
"Ces progrès ont été rendus possibles grâce à la mobilisation de l’ensemble de nos partenaires : gouvernement du Maroc, institutions nationales, société civile, médias, monde académique, partenaires techniques et financiers et secteur privé. À l’approche de l’échéance des ODD, une étape clé pour les ambitions du nouveau modèle de développement du Royaume, notre engagement reste total. Ensemble, nous poursuivrons les transformations durables pour chaque enfant" conclut Laura Bill, la Représentante de l’UNICEF au Maroc.
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