Société
Maîtrise de l’anglais: le Maroc accélère sa progression et confirme un virage linguistique majeur
23/11/2025 - 10:35
Khaoula Benhaddou
Alors que la demande en anglais augmente chez les jeunes et dans le marché du travail, le Maroc enregistre en 2025 une progression notable en ce qui concerne l'apprentissage de la langue.
Selon l’édition 2025 du EF English Proficiency Index, le Royaume gagne 13 points et confirme un basculement linguistique profond, porté par les transformations économiques, culturelles et éducatives du pays.
D’après cette étude, considérée comme la plus vaste évaluation internationale des niveaux d’anglais, le Maroc occupe désormais la 68ᵉ place mondiale avec un score de 492 points, soit une hausse de 13 points par rapport à 2024.
Dans le détail, la région Fès-Meknès arrive en tête en matière de maîtrise de l’anglais, suivie par Tanger-Tétouan-Al Hoceima puis Rabat-Salé-Kénitra. Marrakech-Safi et Casablanca-Settat complètent le top 5. À l’opposé, Drâa–Tafilalet ferme la marche.
Pour ce qui est des villes, Rabat demeure la plus anglophone du Royaume, devant Fès, Ben Guerir, Khemisset, Marrakech, Tanger, Safi, Essaouira, Casablanca et Berkane. Béni Mellal, Ouarzazate et Nador sont les villes où l’anglais est le moins maîtrisé.
À l’échelle africaine, le Maroc se positionne 10ᵉ du continent et 2ᵉ au Maghreb derrière la Tunisie, tandis que les Pays-Bas conservent la première place mondiale. Malgré cette progression, le Maroc reste classé parmi les pays à "faible maîtrise" de la langue.
Interrogée par SNRTnews, Rkia Slaoui, experte linguistique et fondatrice d’un centre de langues à Casablanca, confirme cette tendance; "Ces dernières années, nous avons constaté un intérêt particulier pour l’anglais chez les jeunes. Motivés par la curiosité et le désir de s’ouvrir à de nouveaux horizons, ils se tournent naturellement vers cette langue mondiale, essentielle pour accéder à de nouveaux marchés d’emploi ou poursuivre leurs études à l’étranger. Le monde des affaires est de plus en plus anglo-saxon, et de nombreux postes exigent désormais un bon niveau d’anglais".
L’étude met en évidence un point sensible: l’expression orale constitue le principal défi, car elle est encore insuffisamment valorisée dans les systèmes éducatifs. Tester la compétence orale de chaque élève s’avère difficile, ce qui conduit souvent à la négliger.
Un constat confirmé par Rkia Sloui; "Les séries, films et chansons en anglais encouragent l’apprentissage de la langue. D'ailleurs plusieurs jeunes préfèrent regarder un film en version originale pour améliorer leurs niveaux ou apprendre des nouveaux mots, sans oublier les applications de langue, les plateformes ou les chaînes Youtube qui connaissent un grand succès, notamment chez les jeunes. Mais cet apprentissage spontanée entraîne des erreurs linguistiques à l'oral comme à l'écrit puisqu'il n y pas de base solide".
L’étude internationale recommande ainsi aux gouvernements de renforcer l’évaluation des élèves et des enseignants, d’adapter les examens pour intégrer davantage les compétences communicatives, notamment l’expression orale, et d’intégrer l’anglais dans la formation initiale des enseignants, même ceux qui ne maîtrisent pas encore la langue. Elle suggère également de proposer des cours d’anglais via les agences d’emploi ou les programmes de lutte contre le chômage.
Qu’est-ce qui se fait au Maroc?
Conscient des enjeux, le ministère de l’Éducation Nationale, du Préscolaire et des Sports a engagé plusieurs réformes. La généralisation progressive de l’anglais dans les collèges est en cours, avec de nouveaux curricula et outils pédagogiques adaptés.
D'ailleurs, l'expérimentation des manuels scolaires de référence pour l'anglais a été lancée l'année dernière pour les première et deuxième années du collège.
Au primaire, une phase expérimentale a été lancée par le ministère. L’anglais est enseigné en sixième dans quelques établissements, une initiative qui pourrait être étendue en fonction des résultats.
En ce qui concerne les ressources humaines, environ 650 enseignants d'anglais ont été recrutés au cours de l'année scolaire 2023-2024
Par ailleurs, des plateformes numériques, comme Altissia pour le français et l’anglais, sont mises à la disposition des élèves pour faciliter l’apprentissage.
Des mesures insuffisantes
Contacté par SNRTnews, l’expert en éducation Abderrahim Lih précise que "Les jeunes Marocains montrent une préférence croissante pour l’anglais, qu’ils perçoivent comme la langue du futur. La demande sur les centres de langues et les applications d’apprentissage en témoigne. La politique de généralisation dans les collèges est notable, mais les heures de cours restent très limitées par rapport au français".
Il rappelle également que la loi-cadre 17-51 prône la pluralité linguistique et l’alternance des langues d’enseignement, incluant l’arabe, l’amazigh, l’anglais et l’espagnol. "Cette pluralité n’est cependant pas pleinement appliquée puisque le français reste dominant, y compris dans les matières scientifiques", explique le spécialiste.
En outre, il soulève un problème de taille; "Nous manquons d’enseignants formés pour enseigner ces matières en anglais. Il faut une stratégie permettant de renforcer la formation des enseignants, notamment des professeurs de matières scientifiques, afin qu’ils puissent dispenser leurs cours en anglais", conclut l’expert qui précise que cette stratégie pourrait ouvrir d’importantes opportunités d’emploi, en particulier dans les secteurs de la tech, des startups, de l’outsourcing ou du travail à l’international.
L’anglais, longtemps langue complémentaire, s’impose désormais comme un véritable levier d’ouverture, d’opportunités et d’ambition pour toute une génération. Si les réformes éducatives se poursuivent et que la formation des enseignants s’adapte aux besoins des jeunes et du monde de travail, le Maroc pourrait franchir un cap décisif dans les prochaines années.
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