Economie
Minerais stratégiques et critiques au Maroc: les risques de vulnérabilité selon le CESE
29/03/2023 - 12:53
Mohammed FizaziLe développement de l’écosystème des minerais stratégiques et critiques au Maroc est un enjeu de taille pour la souveraineté industrielle du pays. Cependant, selon un avis publié par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le pays fait face à deux risques majeurs qui menacent cette ambition.
Des foyers de vulnérabilité au niveau des chaines d’approvisionnement
Le premier risque est la vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement en minerais critiques à une multitude de chocs externes. La disponibilité de ces minerais dépend essentiellement des capacités de production et de valorisation locales, ainsi que de l’accès aux chaines d’approvisionnement mondiales. Or, la production minière nationale hors phosphates a connu une stagnation voire une régression ces dernières années, selon la Fédération de l’industrie minérale (FDIM).
Cette évolution serait imputable à plusieurs facteurs, notamment l’épuisement des réserves des gisements en cours d’exploitation et l’absence de découvertes significatives au cours des trois dernières décennies. Elle-même liée à la faiblesse des investissements en exploration minière avec l’absence d’un cadre fiscal incitatif spécifique pour ces phases risquées, suite à la suppression par le gouvernement en 2009, de la provision accordée aux investisseurs privés pour reconstitution des gisements.
Concernant les minerais stratégiques et critiques pour lesquels le Maroc ne dispose pas d’une production ou valorisation locales, l’approvisionnement par importation demeure la seule alternative. Or, l’examen de la liste des minerais critiques du Maroc révèle plusieurs vulnérabilités qui menacent la pérennité des approvisionnements et dont il faudra tenir compte pour garantir les trajectoires de développement ciblées.
Des risques géopolitiques et de concentration des fournisseurs
Le deuxième risque est l’insuffisance de la valorisation de nombreux minerais à portée stratégique qui bride le potentiel du pays en termes de positionnement sur les chaines de valeurs mondiales. Sur les 24 minerais stratégiques et critiques identifiés, le Maroc affiche une dépendance totale à l’importation pour environ 17 d’entre eux, soit 74% de la liste.
Il s’agit notamment des terres rares, du lithium, de l’aluminium, du graphite, du tungstène, du soufre, de la magnésite, du Molybdène, de la potasse, etc. Cette forte dépendance à l’étranger risque de fragiliser les secteurs nationaux qui dépendent de ces minerais en cas de choc géopolitique, logistique ou économique.
En outre, de nombreux minerais critiques pour le Maroc présentent des niveaux de concentration géographique élevés des fournisseurs, ce qui accroit la dépendance du pays et donc sa vulnérabilité en matière d’approvisionnement par rapport à un nombre extrêmement limité de pays fournisseurs.
En effet, sur les 17 minerais critiques pour lesquels le Maroc est totalement dépendant de l’étranger, plus de 70%, soit 12 minerais affichent un degré de concentration géographique très élevé des producteurs mondiaux. Il s’agit des terres rares, du tungstène, du graphite, du lithium, de l’aluminium, du germanium, du niobium, de la magnésite, du chrome, du silicium, borates et du molybdène.
Enfin, le risque d’instabilité politique de certains pays grands producteurs de plusieurs minerais identifiés comme étant critiques pour le Maroc est également un point de préoccupation. En effet, selon le World Mining Data, la part de la production de pays politiquement instables par rapport à la production mondiale se situe entre 75% et 90% pour plusieurs minerais tels que le graphite, le germanium, l’étain, le tungstène, la magnésite, les terres rares ou encore l’aluminium.
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